L’Europe recycle 32,5 % de ses déchets plastiques

Retard de la France et objectifs politiques contradictoires

Les déchets plastiques collectés en Europe représentaient en 2018, 1 % de la totalité des déchets post-consommation, soit 29 millions de tonnes. Cette fraction, aussi modeste soit-elle, fait pourtant l’objet d’un arsenal réglementaire croissant depuis quelques années, pour venir à bout de la valorisation du gisement. Dans sa dernière étude, PlasticsEurope montre plusieurs signaux positifs concernant le recyclage des déchets plastiques en Europe. La France accuse encore du retard, plombé notamment par la mise en décharge.

Tous les indicateurs sont en hausse. L’Europe affiche depuis 2018 un taux de valorisation des déchets plastiques post-consommation de 75 % contre 72,7 % en 2016 et une mise en décharge qui passe pour la première fois sous la barre des 25 %. Cela représente tout de même 7,2 millions de tonnes de plastiques. Selon PlasticsEurope, association européenne des producteurs de matières plastiques, moins de 20 % des plastiques enfouis concernent les déchets d’emballages. De son côté, le recyclage des déchets plastiques affiche une progression à 32,5 %. Les emballages tirent leur épingle du jeu à l’échelle européenne avec la valorisation matière de 700 000 tonnes supplémentaires en 2018, soit un taux moyen de 42 % – quand il n’est encore que de 26 % en France. Pour réduire encore la part de déchets plastiques mise en décharge, PlasticsEurope milite pour deux types d’actions : la collecte séparée et l’interdiction réglementaire de l’enfouissement.

Dans son étude européenne, le tableau des 28 Etats membres associés à la Suisse et à la Norvège montre une nouvelle fois que cette interdiction dans les pays qui l’instaurent, favorise non seulement la valorisation énergétique mais également le recyclage. Sur les dix pays concernés par l’interdiction de mise en décharge, huit affichent un taux de recyclage supérieur à la moyenne européenne (34 % aux Pays-Bas, 39 % en Allemagne et en Suède, 37 % au Danemark etc.). Pour ce qui concerne la collecte des déchets plastiques, l’étude de PlasticsEurope rappelle que la collecte en mélange ne favorise pas le recyclage, puisqu’il s’élève à seulement 6 %, alors que son taux passe à 62 % en collecte séparée.

Arsenal réglementaire

 

La progression des modes de traitement constatée en Europe depuis deux ans résulte de plusieurs facteurs. Tout d’abord le contexte réglementaire sur les déchets, révisé en 2019 est plus favorable. Les objectifs ont été réactualisés avec de nouvelles directives Cadre Déchets, Décharge et Emballages. La directive SUP sur la réduction de certains plastiques à usage unique intègre également des obligations en matière de recyclage et d’incorporation de matière recyclée. Par ailleurs, Un green deal de la Commission européenne vient d’être annoncé, et présente des ambitions significatives sur les plastiques et l’économie circulaire. A l’échelle de l’industrie, la création de la Circular Plastics Alliance a été lancée en septembre 2019 pour utiliser d’ici à 2025, l’équivalent de dix millions de tonnes de plastiques recyclés dans les produits fabriqués en Europe. La France devrait y contribuer à hauteur d’un million de tonnes. Des programmes d’actions sont en cours.

Ces mesures incitatives ne doivent pas faire oublier par ailleurs les effets d’événements extra-communautaires invitant à une meilleure prise en compte du recyclage en Europe. En 2018, 40 000 tonnes de matières plastiques à recycler générées en France ont été exportées en Chine, selon les estimations de Federec alors qu’en 2019, les chiffres sont tombés à zéro. Que ce soit en France ou ailleurs en Europe, les déchets plastiques restent désormais en grande majorité sur le territoire. Depuis deux ans, les observations sont unanimes : le recyclage progresse en Europe et la fermeture des frontières chinoises aux déchets plastiques y est sans doute pour quelque chose. Selon PlasticsEurope, en 2018, 80 % des déchets plastiques européens ont été traités en Europe. La valorisation énergétique a porté sur 12 millions de tonnes en moyenne tandis que le recyclage a concerné 9,4 millions de tonnes, dont 20 % sont partis au grand export (hors Europe).

20% de plastiques recyclés dans les films agricoles

Au final, ce sont quatre millions de tonnes de déchets plastiques post-consommation qui ont été recyclées en Europe et consommées par des transformateurs européens. Sur le marché des applications, le BTP arrive en tête avec deux millions de tonnes de plastiques recyclés utilisés (revêtements de sol, tubes, géomembranes, fenêtres etc.). Le secteur de l’emballage a consommé pour sa part un million de tonnes de plastiques recyclés (bidons, bouteilles boissons, flacons ménagers, rubans adhésifs, papier bulle, sacs poubelles, etc.).

Les instances européennes à travers les directives poussent l’emploi de matières recyclées dans les produits sans vraiment imposer des taux d’incorporation. Mises à part quelques marques de boissons qui commercialisent des bouteilles contenant plus de 50 % de plastiques recyclés, aujourd’hui la teneur en régénéré va de 2 à 20 % selon les secteurs. Les films plastiques pour l’agriculture affiche le taux le plus élevé, suivis par le bâtiment (14%) et l’emballage (5%). Pour renforcer cette pratique, des projets industriels sont soutenus par l’Europe en particulier dans le recyclage chimique. Des producteurs comme Sabic, BASF, Dow, Repsol, Total investissent lourdement dans de la technologie à pyrolyse pour traiter plusieurs types de résines.

A l’épreuve d’objectifs parfois contradictoires

 

A la lumière des performances de traitement de ses déchets plastiques, la France montre toujours un retard qu’on a parfois du mal à comprendre. Si le pays connaît une progression de son recyclage plus élevée que la moyenne européenne depuis deux ans, il reste cependant à la traîne des autres pays membres avec seulement 24,2 % de recyclage (contre 32 % en Europe), 43,3 % de valorisation énergétique et 32,5 % de mise en décharge. Le recyclage des emballages affiche 26,4 % contre 42 % en Europe, mais est plus élevé dans d’autres secteurs comme l’automobile (26,7 % contre 19 en Europe) et l’électronique (35 % contre 24%). La valorisation énergétique ne décolle pas depuis deux ans et cela peut devenir un frein à la réduction d’une mise en décharge, alors que la collecte des déchets continue d’augmenter. Au nom d’un principe ancré depuis des décennies, ouvertement hostile à la valorisation énergétique, la France maintient l’enfouissement à l’instar de pays comme l’Italie, le Portugal ou l’Espagne.

Les objectifs de la future loi sur l’économie circulaire invitent selon Hervé Millet, directeur des affaires techniques et réglementaires chez PlasticsEurope France, à franchir le cap avec une réduction de la mise en décharge pour les déchets non dangereux valorisables. Si la législation française existe déjà sur le sujet, elle n’a jamais été réellement appliquée, tant que le coût d’enfouissement n’était pas dissuasif. La hausse de la TGAP envisagée devrait porter ses fruits, espère PlasticsEurope. A ce jour, on voit bien toutes les difficultés rencontrées pour basculer vers d’autres modes de traitement.

68 % des déchets plastiques sont collectés en mélange

PlasticsEurope regrette qu’aujourd’hui à l’échelon politique français, on veuille résoudre en partie ce problème par l’interdiction pure et simple de produits en plastiques sur le marché. Inscrite dans la future loi sur l’économie circulaire, la disparition de plusieurs emballages plastiques à usage unique d’ici à 2040 risque de compromettre l’atteinte de taux élevés de recyclage voulus par les objectifs européens, souligne Hervé Millet. De plus, cette mesure gouvernementale vient sur-transposer la directive SUP sans tenir compte des impacts environnementaux possibles liés à l’emploi d’autres matériaux, selon Eric Quenet, DG de PlasticsEurope pour l’Europe de l’Ouest : « la remise en cause de l’usage unique ne devrait pas à tout le moins, ne concerner que les plastiques ».

En raison d’un manque d’encadrement et de sensibilisation des consommateurs, les déchets plastiques post-consommation estimés en France à 3,7 millions de tonnes, se retrouvent collectés en mélange dans une proportion de 68 %. Dans ces conditions, les plastiques finissent à 53 % en valorisation énergétique et à 43 % en décharge, déplore PlasticsEurope. Une collecte séparée permet au contraire de recycler 67 % des déchets plastiques. Un changement de comportement est indispensable selon l’association européenne, qui considère l’extension des consignes de tri à tous les emballages plastiques comme une aubaine.

Certaines mesures établies par la future loi sur l’économie circulaire pourraient aussi lever des freins, en particulier la collecte séparée pour les déchets d’emballages hors foyer d’ici à 2025 et une obligation plus stricte d’une collecte séparée pour les acteurs économiques (mesure qui renforce le décret cinq flux). Enfin, comme au niveau européen, la France soutient les développements apportés dans le recyclage chimique. Outre le projet du groupe Total soutenu par Citeo et Nestlé, un appel à manifestation d’intérêt (AMI) sur ce thème, porté par le CSF chimie et matériaux, a été lancé le 14 novembre 2019 avec une clôture des dossiers le 14 février 2020. Entre mesures sensées inscrites dans la future loi et objectifs politiques contradictoires, la France pourra-t-elle un jour faire partie des meilleurs élèves européens ?

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