L’économie circulaire, une opportunité économique pour l’Allemagne

Les organisations professionnelles publient leur feuille de route

Recycler plus et mieux, économiser les ressources énergétiques et aquatiques, lutter contre le réchauffement climatique : tels sont les objectifs d’une dizaine d’organisations professionnelles allemandes* qui ont publié en mai dernier, leur feuille de route sur l’économie circulaire (StatusBericht des deutschen Kreislaufwirtschaft). Où l’on constate entre autres que sur le volet de la gestion des déchets, la part de la valorisation énergétique est aussi nécessaire qu’un recyclage à forte valeur ajoutée.

Si pour de nombreux pays européens, l’économie circulaire est un moteur écologique qui permet de protéger ses ressources, renforcer la collecte et le tri de ses déchets, recycler plus pour enfouir moins, en Allemagne, les enjeux sont un peu différents. Outre-Rhin, la question du recyclage de qualité est importante tout comme l’amélioration des réseaux d’assainissement ou les économies d’énergie. Mais ce qui suscite le plus de motivation, c’est la formidable opportunité de relancer l’activité économique à travers de nouvelles technologies, la création d’emplois ou encore la compétitivité des entreprises allemandes.

Chiffres 2016. Sur 400 millions de tonnes de déchets produits, 38 % (151 Mt) sont traités, triés, broyés. Une part de 30 % (déchets inertes) sert de remblais ou comble mines et carrières.

Chaque année, l’Allemagne collecte, transporte, trie, retraite, recycle ou valorise en énergie, quelque 400 millions de tonnes de déchets. Cela correspond plus ou moins à 4,8 tonnes par an et par habitant. La plus grosse contribution provient des déchets de construction et de chantier ou issus de l’exploitation des ressources minières. Mais dans le cadre de l’économie circulaire qui anime les principales organisations professionnelles allemandes, certaines catégories de déchets sont plus concernées que d’autres. L’enjeu porte en effet sur la gestion des 58 millions de tonnes de déchets générés par le monde industriel et des entreprises ainsi que sur les 52 millions de tonnes de déchets urbains, dont 37 millions de tonnes sont produites par les ménages. L’ensemble de ces déchets allemands sont traités aujourd’hui sur près de 15 800 sites de tri, de broyage, de démontage, mais aussi de traitement mécano-biologique, thermique et de stockage et par environ 11 000 entreprises spécialisées. Sur ce nombre, environ 6000 entreprises représentent le segment de la collecte et de la propreté ainsi que le traitement et le recyclage des déchets. Près de 1300 établissements travaillent sur la partie technique de l’activité déchets. Enfin, plus de 3500 entreprises sont liées au négoce de matières secondaires, en vue de leur recyclage.

Une économie circulaire à 76 milliards d’euros

 

L’industrie allemande du recyclage a montré et montre encore ses performances et sa compétitivité technologique à l’échelle européenne et internationale. Mais pour Eric Rehbock, le directeur du BVSE, la fédération des entreprises du recyclage et de la valorisation, cela ne suffit plus pour entrer de plain-pied dans l’économie circulaire. C’est ainsi que plusieurs organisations professionnelles provenant des secteurs du machinisme, de la gestion des déchets, de la métallurgie, de l’eau, de l’assainissement mais aussi de la plasturgie, de la transformation du bois ou de la valorisation énergétique ont choisi de publier une feuille de route commune pour expliquer leurs actions et leurs objectifs. Ce document s’adresse à la sphère économique et politique allemande ainsi qu’à tous les experts intéressées par ces thématiques.

L’économie circulaire, au sens industriel du terme, atteint en Allemagne un chiffre d’affaires d’environ 76 milliards d’euros (soit 1,1 % de croissance par an) et emploie plus de 290 000 personnes (+0,8 % par an). Parmi les secteurs les plus attractifs, l’énergie et le marché de l’eau. Avec une création de richesses de l’ordre de 21,5 milliards d’euros (+3,4 % par an), cette branche est devenue la plus importante sur le plan économique. Selon les organisations professionnelles signataires, l’économie circulaire appartient avant tout aux activités industrielles et économiques innovantes en Allemagne. Par comparaison, en France, les acteurs de l’économie circulaire semblent avant tout attendre des signaux politiques forts pour investir et innover. La mise en œuvre de la FREC lancée par le gouvernement français le laisse penser, même si les avancées sont déjà visibles. En Allemagne, le poids politique est sans doute présent pour donner une direction. Mais l’économie circulaire est davantage tirée par l’industrie qui voit surtout dans ce concept un formidable moyen de rebondir et de faire preuve de compétitivité. Selon le BVSE, le taux de croissance continu enregistré dans l’activité de valorisation des déchets, par exemple, résulte d’une amélioration constante des infrastructures de traitement à haute valeur technologique. L’importance économique du concept de circularité s’amplifie depuis des années. Le renforcement des spécialités dans le monde du travail, et des nouvelles formations, les normes toujours plus élevées pour favoriserla circularité des matières et le déploiementnécessaire des technologies fournissentla base d’un développement dynamique de l’ensemble desbranches d’activité,souligne le rapport.

Favoriser un recyclage à forte valeur ajoutée

 

Selon le « Statusbericht », l’économie circulaire peut jouer un rôle clé dans la croissance économique à travers ses nouvelles perspectives de production et de services. Pour la mettre en œuvre, d’importants investissements sont nécessaires pour améliorer les standards, développer les formations et plus de 270 000 emplois qualifiés sur toute la chaîne de valeur. Au-delà de cette croissance au niveau national, l’industrie allemande par le biais de ses technologies et de son savoir-faire, compte bien relancer son marché à l’export. En 2016, les constructeurs de machines et d’installations de traitement pour le segment déchets avaient réalisé 4,2 milliards de chiffre d’affaires à l’international. Parmi les pays destinataires : les Etats-Unis, la Chine et la France.

Chiffres 2016. L’Allemagne est en 5e position, la France au 10e rang.

Pour la branche d’activité consacrée à la valorisation et au traitement, il faut consolider l’industrie existante et développer des marchés robustes en vue d’accueillir plus de matières issues du recyclage sur le territoire. Une tendance vers une diminution des exportations de matières à recycler le montre. Sans un recyclage de qualité et à haute valeur ajoutée, les objectifs de circularité ne pourront pas être atteints, insiste le directeur du BVSE : « Pour ce faire, les fédérations professionnelles allemandes veulent s’assurer que le gisement croissant de recyclats produits dans le pays trouve des débouchés pérennes sur place. L’économie circulaire a besoin de marchés. Et de fait, les instances publiques s’avèrent aujourd’hui un peu plus actives dans ce domaine. L’État et les Länder sont des acteurs incontournables pour donner une impulsion à cette industrie en consommant plus de matières recyclées ».

Statusbericht des deutschen Kreislaufwirtschaft (chiffres 2016)

 

*BDE (Organisation fédérale de l’économie des ressources et de l’économie circulaire ), BVSE (Fédération des entreprises du recyclage et de la valorisation), BDSV (Organisation de l’industrie allemande du recyclage des ferrailles), ITAD (Communauté d’intérêt pour le traitement thermique des déchets en Allemagne), PlasticsEurope (Association européenne des producteurs de matières plastiques), VDM (Organisation allemande de l’industrie des métaux), VDMA (Fédération allemande des constructeurs de machines), VHI (Fédération de l’industrie de seconde transformation du bois) et VKU (Organisation des entreprises municipales).

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

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