Aider les entreprises à concilier démarche environnementale et gains financiers, c’est la mission que se donne la toute jeune Association Var Economie Circulaire (AVEC). L’initiative a été insufflée il y a trois ans par la CCI du Var qui avait organisé avec les entreprises et les institutions locales, diverses commissions sur les métiers de la mer, le commerce en centre-ville, la transition numérique. L’économie circulaire en faisait partie pour promouvoir la préservation des ressources naturelles et la réduction drastique des rejets.
Malgré la création d’une charte économie circulaire et l’élaboration d’un recueil de bonnes pratiques, initié par la CCI du Var, la démarche des entreprises se limitait souvent au recyclage et aux circuits courts. Face à ce constat, plusieurs membres de la commission économie circulaire dont Serge Vuillod, conseiller auprès des entreprises depuis 30 ans, ont imaginé la façon dont ce changement de modèle pouvait s’inscrire à l’échelle d’un département. « Comment faire comprendre qu’une ressource qui finit à la poubelle signifie qu’on n’a pas su l’utiliser correctement, et que le recyclage n’est que le dernier recours ? » explique Serge Vuillod. Percevant néanmoins l’intérêt des entreprises varoises pour cette démarche, une vingtaine de membres de la commission économie circulaire décident de créer fin 2018 l’Association Var Economie Circulaire. Son ambition : informer et accompagner les entreprises dans une démarche à la fois vertueuse et rentable. Dès sa création, AVEC a reçu le soutien de partenaires fondateurs comme la CCI du Var, la chambre des métiers et de l’artisanat du Var, le Pôle d’activités Toulon-Est (Afuzi), la jeune chambre économique de Toulon et sa région ainsi que de l’Adeto (association de développement des entreprises de Toulon). Association de loi 1901, l’association dont Serge Vuillod est le président, exerce une activité bénévole avec pour seule condition, une adhésion de 20 euros pour les particuliers, associations et entreprises de moins de 10 personnes et de 60 euros pour les entreprises de 10 personnes et plus, et pour les collectivités.

En expliquant et en montrant qu’on peut économiser des ressources et arrêter de jeter, l’association a commencé à accueillir ses premiers adeptes, chefs d’entreprises de TPE, PME ou bien des responsables développement durable de grands groupes. Parmi les premières démarches volontaires, celle d’une petite entreprise de collecte de déchets dangereux. Pour Collecte-eco, cette opération a été bénéfique sur tous les plans grâce à diverses actions menées avec l’association comme par exemple la mise en œuvre un logiciel d’optimisation de tournées (gains de temps et de km), l’aménagement d’une imprimante dans la camionnette de collecte pour éditer et imprimer les bordereaux de suivi de déchet en temps réel (plus de « préparation de tournée », gain de temps et de consommables), et la réutilisation de sacs plastiques de collecte selon leur état et leur contenant d’origine (réduction de 50 % des consommations). Au final, un potentiel de gain de l’ordre de 30 000 euros par an. Pour cette TPE comme pour un grand groupe, la démarche a été la même : comment agir sur un poste ou optimiser telle opération pour favoriser l’environnement tout en réduisant ses dépenses ou au mieux, en gagnant de l’argent.
Gisement de progrès dans le BTP
Après identification des actions et méthode de justification économique, Veolia Eau a convenu de l’intérêt de laver et de réintégrer en remblais lors de travaux de voirie, le sable utilisé comme filtre dans ses stations d’épuration. Du sable qui trouve aujourd’hui un nouveau débouché pérenne, au lieu de finir en centre d’enfouissement et un gain de plusieurs milliers d’euros par an. Autre démarche, autre contexte, celui d’une entreprise de vente et de pose de carrelage : la mise en vente à prix coûtant des stocks de matériaux (carrelage et revêtements de sol) provenant de retours de chantier. Résultat : libération de surfaces importantes et bénéfice net pour l’entreprise qui aurait dû payer pour se débarrasser de ces matériaux.

Dans le même esprit, BTP 83, organisation professionnelle affiliée à la fédération française du bâtiment, a demandé à AVEC de présenter le concept d’économie circulaire à une vingtaine d’entreprises locales à Toulon, Fréjus et Draguignan. Dans un souci d’exemplarité, BTP 83 a souhaité s’engager immédiatement dans cette démarche au sein de ses locaux. Avec deux grands changements : la mise en œuvre de repas « zéro déchet » et le recours à du matériel téléphonique reconditionné à la place de matériel neuf renouvelé jusqu’à présent tous les deux ans dans le cadre d’un forfait opérateur. Répercussions immédiates sur la facture téléphonique et sur la gestion des déchets. « Ces idées, souvent, nous ne les avons pas apporté à l’entreprise, précise Serge Vuillod. La plupart du temps, elles étaient déjà dans l’air, mais le fait de recourir à un tiers pour étudier ces possibles mutations, et de chiffrer rigoureusement leur intérêt économique, favorise le passage à l’acte : nous sommes là pour montrer noir sur blanc les bénéfices environnementaux et économiques de tels changements ». Bien souvent, l’inertie résulte d’une résistance au changement induite par la force et la facilité des habitudes associées à la pression permanente du quotidien, ajoute-t-il.
Toujours dans le secteur du BTP, AVEC a collaboré avec une agence d’intérimaires locale, dont le siège, situé à Paris, propose un service d’achats centralisé couvrant tous les besoins, fournitures, consommables, ordinateurs, téléphones, imprimantes, EPI, et même véhicules, autant d’achats pouvant être relocalisés sous réserve d’une vraie justification (prix, disponibilité, mais aussi intérêts commerciaux, image locale de l’Entreprise, etc.). Suite à une démarche menée en partenariat avec l’association, l’entreprise a décidé de mener un véritable plan d’action « achats éco-responsables » pour relocaliser dans le département ou dans la région une part importante de ses achats. Résultats : une réduction des coûts de transport, de l’emploi local favorisé et des économies financières. Cette initiative varoise, bien perçue par le siège de la société, pourrait peut-être se généraliser à toutes les agences régionales de l’entreprise, se réjouit Serge Vuillod. Une action en entraînant une autre, ce dernier imagine désormais de nouvelles synergies dans le BTP. Chacune à leur niveau, TPE, PMI et agence d’intérimaires ont entrepris une démarche d’économie circulaire. Pour aller plus loin, elles pourraient se rejoindre sur un projet commun, basé sur un ou plusieurs piliers de l’économie circulaire. Celui de la gestion des EPI par exemple. Une réflexion est en cours.
Collectivités et exploitations agricoles
Aujourd’hui, l’association AVEC fédère une trentaine de structures (artisans, PME du BTP, CCI, institutionnels). « L’objectif à terme serait de dupliquer cette initiative à d’autres départements limitrophes. Présente sur des événements régionaux comme les 2e Assises de la transition écologique de Toulon en mars dernier, ou lors d’actions locales pendant la semaine du développement durable en juin prochain, l’association est aujourd’hui sollicitée par les collectivités.

Des réunions en mairies sont prévues pour accompagner notamment des élus dans leur démarche d’économie circulaire. Dans cette perspective, l’association souhaite également s’adresser aux particuliers en impliquant des associations locales à caractère social pour organiser des Ateliers « Economie Circulaire et pouvoir d’achat ». Un quatrième projet est en cours, celui d’accompagner les entreprises de l’agriculture, en forte majorité dans le département, explique Serge Vuillod. A travers son site Internet, AVEC permet aux structures membres d’accéder à toutes les initiatives mises en œuvre dans le Var et de se faire connaître. Par ailleurs, une bourse varoise de l’économie circulaire invite entreprises, associations ou collectivités à échanger, vendre, louer, donner, partager, mutualiser des équipements, du mobilier, des salles de réunion, des services divers, des matières recyclables ou recyclées. Autant d’outils et de moyens de communication ciblés à l’échelle d’un département, pour transformer des comportements obsolètes en actions durables.
Crédit : Serge Vuillod
En savoir plus :
« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »