Le Club Ademe International et Business France explorent les opportunités commerciales à l’export en matière d’économie circulaire et de gestion des déchets. Une réunion d’information à distance a été organisée en avril 2020 pour les entreprises françaises désireuses d’en savoir plus sur la Finlande, le Danemark et les Etats-Unis. L’occasion de recevoir des conseils stratégiques dans des secteurs phares, en vue d’investir, de créer des Joint Venture ou d’exporter de nouvelles technologies.
L’intérêt pour le marché international des entreprises françaises, expertes en technologies de l’environnement, est en croissance selon Olivier Chazal, responsable du Club Ademe International. Depuis quelques années, des secteurs spécifiques liés à la gestion des déchets et plus largement à l’économie circulaire sont de plus en plus ciblés par les entreprises de l’Hexagone. En 2019, une enquête de l’Ademe menée sur l’économie circulaire et les déchets révèle une grande attirance des entreprises françaises pour l’Europe et en particulier pour les pays limitrophes à la France, mais aussi pour les pays nordiques et d’Europe de l’Est. Dans ces régions, les développements dans la valorisation des déchets, le recyclage des plastiques et la lutte contre le gaspillage semblent être les plus visibles. Outre-Atlantique, le marché nord-américain et en particulier le Canada a permis aux entreprises françaises d’exporter leurs compétences, mais les Etats-Unis n’affichent jusqu’à maintenant que 6 % d’intérêt aux yeux des entreprises françaises, toujours selon l’enquête de l’Ademe. Pourtant, les opportunités ne manquent pas, en particulier sur le marché des équipements pour le recyclage et des sociétés de services, où persiste encore beaucoup de retard.
Vers plus de recyclage

L’Ademe coopère étroitement avec ses homologues (agences environnementales) nordiques. Marché de 5,52 millions d’habitants sur un territoire de 338 424 km², la Finlande possède de nombreux atouts pour favoriser les investissements français dans l’économie circulaire. En 2017, près de 99 % des déchets municipaux ont été récupérés et 58 % ont été valorisés en énergie, contre 41 % en matière recyclée (contre 43 % en France). Pourtant, selon l’antenne de Business France basée à Helsinki, on estime que 76 % des déchets municipaux pourraient être recyclés. A ce jour, la valorisation énergétique domine les modes de traitement avec le recours à la cogénération et au biogaz, mais les autorités souhaitent inverser la tendance et atteindre rapidement l’équilibre 50/50. Le pays enregistre un retard sur la valorisation des emballages plastiques affichant un taux de recyclage inférieur à la moyenne européenne. La marge de manœuvre est donc importante pour optimiser le recyclage de ces emballages et des papiers-cartons, alors que les performances sur le verre et les métaux atteignent plus de 90 %.
Depuis 2006, les capacités de traitement des biodéchets ont presque doublé, et le savoir-faire français pourrait être un plus, selon Vincent Joly, coordinateur pour les pays nordiques chez Business France : « la Finlande recherche actuellement des partenaires industriels étrangers pour développer de nouveaux procédés technologiques et gagner en compétitivité sur le marché des produits circulaires. C’est le cas dans le recyclage des plastiques, mais aussi des textiles, où la Finlande dispose déjà d’une grande expertise. Outre le marché des emballages recyclables et réutilisables, le pays s’intéresse de près au bâtiment durable et au réemploi de matériaux de déconstruction ».
124 actions répertoriées par Sitra
D’ores et déjà, de nombreuses actions émergent. Outre les engagements de quatre grands groupes comme le papetier UPM Raflatac, Fiskars (outillage), Fortum (traitement de déchets) ou Gasum, plus de 120 actions ont été répertoriées par Sitra (Fonds public d’investissement pour l’innovation en Finlande). Parmi elles, figurent le projet pilote d’un centre commercial fournissant des services de location et de réparation dans la ville de Kerava ; l’emploi et la circulation des matériaux entre entreprises dans les parcs éco-industriels ; ou bien la création d’un éco-système innovant autour de la filière batterie en partenariat avec la région de Tampere, Business Finland et des universités.
La première feuille de route sur l’économie circulaire a été réalisée en Finlande en 2016, mettant en valeur plusieurs boucles fermées par sous-secteur : alimentaire, biomasse, technologies, transport et logistiques. Dès 2018, plus de 500 entreprises finlandaises se sont engagées dans les opérations liées aux cycles des matériaux. Le chiffre d’affaires généré par ces actions est estimé en Finlande à 11 milliards d’euros (5 % du PIB). Le pays s’est fixé comme objectif de devenir d’ici à 2025, pays leader en économie circulaire. A ce titre, un plan d’actions public a été défini en 2017 avec trois priorités : mise en œuvre de plateformes expérimentales, marchés publics durables et innovants, soutien aux nouvelles technologies. Par ailleurs, un plan de gestion des déchets tourné vers l’économie circulaire a été lancé à échéance 2030. Enfin, un programme pour le développement de l’économie circulaire est en discussion au gouvernement qui devrait publier ses recommandations d’ici la fin de l’année. Pour les entreprises françaises, c’est l’occasion de montrer toutes leurs compétences dans la consommation responsable, l’allongement de la durée de vie, l’approvisionnement durable, l’économie de la fonctionnalité et le recyclage, selon Vincent Joly.
Le Danemark, berceau de l’économie circulaire
C’est dans les années 1970 dans la ville de Kalundborg au Danemark qu’est née l’économie circulaire basée sur l’organisation et l’exploitation en circuits courts des ressources matières et énergétiques. Toutefois, cette approche ne s’est pas déployée tout de suite à grande échelle. L’économie circulaire a ressurgi il y a seulement quelques années avec la transition verte et la mise en œuvre d’une stratégie plus globale qui inclut la réduction des émissions de CO2 et de l’empreinte environnementale. Selon Business France à Copenhague, d’ici à 2035, la conversion du Danemark vers un modèle circulaire pourrait accroître le PIB national de six milliards d’euros et créer 13 000 emplois. En 2013 et 2015 le gouvernement a fixé des objectifs ambitieux sur le recyclage. Si jusqu’à présent, le pays n’a pas intégré de REP dans son dispositif de gestion de déchets, la réglementation européenne devrait y remédier. L’objectif pour le Danemark est en effet d’accroître sa part de recyclage en misant un peu moins sur la valorisation énergétique, dominant jusque-là les modes de traitement. La vision d’un modèle plus circulaire passera sans doute par l’emploi d’énergies renouvelables, de matériaux biosourcés et recyclés, l’extension de la durée de vie et le déploiement de l’usage plutôt que de l’achat d’un produit. En 2018, le gouvernement danois a énoncé une stratégie circulaire en 15 points, misant sur l’aide aux PME, l’accès aux financements, le soutien aux politiques d’achat circulaire, le développement de la démolition sélective ou encore l’augmentation de la valeur de la biomasse.
Vestas vers des éoliennes recyclables

Comme en Finlande, le Danemark présente un retard dans le recyclage de ses déchets par rapport aux autres pays nordiques et en particulier des plastiques, valorisés à 60 % en énergie. Chaque année, les entreprises et les ménages génèrent en moyenne 340 000 tonnes de déchets plastiques. Certains entreprises emblématiques comme Carlsberg ont toutefois anticipé en commercialisant la première bouteille de bière en fibre cellulosique biodégradable. De même, l’enseigne de grande distribution Coop met tout en œuvre pour réduire de 25 % l’emploi d’emballages plastiques d’ici à 2025 et privilégier davantage le carton, le papier et les bio-plastiques dans les emballages de ses produits. Dans un autre registre, le projet Circle House veut apporter à la filière du bâtiment, de nouvelles connaissances sur la réutilisation des matériaux, des systèmes de construction modulables, démontables et sans perte de valeur. Enfin, le premier fabricant mondial d’éoliennes Vestas s’engage à produire des mâts zéro déchet d’ici 2040, et à commercialiser des pales recyclables. En aval, le groupe va travailler sur le démantèlement des éoliennes en ciblant de nouvelles technologies pour recycler les matériaux composites.
Pour entrer sur le marché danois, les entreprises françaises doivent envisager une approche régionale selon Business France. La transition verte est pour le Danemark un moteur de reprise économique après la pandémie Covid-19. Parmi les marchés porteurs, la lutte contre le gaspillage énergétique et le gaspillage de l’eau, le renforcement du recyclage et des emballages biodégradables, l’éco-conception ou encore les solutions numériques au service du partage de données.
Les Etats-Unis s’intéressent à leurs déchets
Avec 773 kg/an/hab, les Etats-Unis sont le premier producteur mondial de déchets. Non seulement ils en produisent beaucoup, mais ils ne valorisent que très peu ; la majorité des gisements finissant en décharge. Autant dire que l’économie circulaire qui incite à réparer, composter ou recycler n’est pas un réflexe. Société de consommation et du jetable par excellence, le pays part quasiment de zéro. Moins de 10 % des déchets plastiques et moins de 5 % des batteries et piles usagées sont actuellement recyclés. Pourtant, une prise de conscience a émergé depuis la fermeture des frontières chinoises en 2018. Plus moyen d’exporter plastiques, cartons et autres déchets en Asie. Aujourd’hui les entreprises et de nombreuses collectivités et organisations locales s’impliquent de plus en plus, suivies de près par des législations d’Etats en faveur du recyclage des plastiques et des vieux papiers ou du réemploi. Les déchets aux Etats-Unis représentent un marché de 76 milliards de dollars dont 25 % (19 milliards de dollars) concernent la mise en décharge, alors que le traitement n’atteint encore que neuf milliards de dollars.

Deux priorités environnementales apparaissent aujourd’hui pour les autorités fédérales : la gestion des plastiques et la disponibilité des métaux critiques (Cobalt et Lithium) pour approvisionner l’industrie. Pourtant si le recyclage était généralisé sur certains produits comme les batteries, cela permettrait de subvenir à 30 % des besoins en matière première dans cette filière. Des industries dans le textile et la mode ont déjà pris les devants en misant sur le réemploi et l’éco-conception tout comme certains grands groupes informatiques comme Dell, qui depuis 15 ans a mis en place un dispositif de recyclage en boucle des plastiques dans ses équipements. Le cabinet de consulting ING a interrogé 300 entreprises en 2019, révélant que 62 % d’entre elles prévoient de s’orienter dans une démarche circulaire. Parmi les sociétés les plus avancées la gestion des déchets et l’économie circulaire figurent Dell, Timberland, Levi’s, Energizer, Cox Enterprises et Coca-Cola.
Selon Business France, le marché américain a besoin de solutions pour répondre à la crise des déchets dans trois secteurs : le tri et le recyclage des déchets plastiques, le traitement des déchets de construction, la lutte contre le gaspillage alimentaire alors que 40 % de la nourriture produite est jetée. Certaines entreprises françaises sont déjà implantées sur le territoire comme Suez, Veolia, Derichebourg ou Pellenc ST. Mais elles ne suffiront pas pour déployer de nouvelles stratégies d’éco-conception, de réemploi ou d’économie d’usage. L’industrie française a donc toutes les chances de gagner quelques marchés dans un pays qui commence seulement à découvrir le bien-fondé de telles démarches.
A savoir :
- La Direction générale du Trésor a lancé un appel à projets le 15 mai 2020 sur les solutions pour la réduction et valorisation des déchets. Une enveloppe globale de 10 millions d’euros du Fonds d’études et d’aide au secteur privé (Fasep) sera attribuée à une vingtaine de projets retenus avant la fin de l’année. Parmi les critères à l’éligibilité des candidats, figure le soutien à l’export.
- Circularity 2020 Atlanta (25-27 août 2020)
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