MyTroc Pro stimule le réemploi au travail

Marketplace en services internes

La lutte contre le gaspillage entre dans les habitudes du quotidien. Grâce à la création de sites de réemploi et d’échanges en ligne, le grand public n’a plus d’excuse pour réparer, vendre ou acheter des produits de seconde main. Mais au niveau professionnel, qu’en est-il ? Pas grand-chose. Pour combler cette lacune, les deux fondatrices de MyTroc.fr ont décidé de s’occuper des entreprises et des collectivités en créant l’outil MyTroc Pro : des marketplaces en interne pour faciliter le réemploi et la mutualisation.

Bureaux, ordinateurs, matériels de laboratoire, véhicule de service, salle de réunion, heures d’expertises, autant de produits donnés, ou de services échangés qui ne finiront pas au fond des placards poussiéreux et éviteront l’achat de neuf, grâce aux plateformes internes mises en œuvre par MyTroc Pro depuis 2018. A l’origine de cet outil numérique, les deux co-fondatrices de la plateforme grand public MyTroc.fr dont l’objectif est de promouvoir le don et l’échange de produits inutilisés entre particuliers. Si cela fonctionne avec quelque 250 000 utilisateurs grand public, pourquoi le concept ne marcherait-il pas au sein de l’entreprise ou d’une institution publique ?

Floriane Addad et Tiphaine Bézard : « avec MyTroc Pro, nous voulons désormais que le réemploi et la consommation d’occasion deviennent un réflexe sur tous les lieux de travail »

Partant de ce principe, Floriane Addad et Tiphaine Bézard ont créé MyTroc Pro en 2018. Les grands groupes et les collectivités peuvent désormais créer leur propre plateforme en marque blanche pour troquer, réemployer et mutualiser le matériel inutilisé en interne. Et ce ne sont pas les ressources qui manquent. « Bien souvent, il y a beaucoup d’objets stockés en entreprise, qui ne servent à rien, car en général, non répertoriés. Notre ambition, est d’aider les professionnels à mieux gérer leurs biens et réemployer quand cela peut servir à d’autres. Nous proposons des plateformes collaboratives, où la tâche est divisée par le nombre d’agents. Ainsi, il est très facile pour chaque salarié de répertorier les objets dont il n’a plus besoin et de poster des annonces avec photo » explique Tiphaine Bézard. Les plateformes peuvent être consultéessur smartphone ou ordinateur et accueillir également des fichiers d’inventaires. MyTroc Pro propose deux types de support numérique : la solution standard de troc, moyennant un abonnement par salarié et la plateforme sur mesure, avec options comme un calculateur de carbone évité ou une messagerie reliée à une autre entité logistique par exemple. Pour chaque client, la plateforme en marque blanche est entièrement personnalisable sous formes d’annonces, avec ou sans monnaie virtuelle.

SNCF, premier client

 

D’ores et déjà, l’idée a fait son chemin dans les services de plusieurs grandes entreprises, à commencer par la SNCF, premier client de MyTroc Pro. Lancée en juin 2018, la plateforme de mise en relation réservée aux salariés de SNCF, La Boutique Eco a permis à plus de 7000 ressources professionnelles de trouver un repreneur en interne, générant plus de 700 000 euros d’économies pour l’entreprise. Ainsi 30 000 salariés se sont inscrits et réalisent des échanges, contribuant à la politique d’économie circulaire et RSE du groupe.

« On s’aperçoit que le troc, les échanges entre salariés de grands groupes sont fréquents et souvent informels. Nous nous appuyons juste sur ces pratiques pour mieux organiser la démarche à l’échelle de l’entreprise et permettre à la direction de réaliser des économies, car c’est quand même le but recherché au final ». Si la mise en œuvre d’un tel outil peut varier entre 30 000 et 60 000 euros au départ, l’investissement est généralement amorti au bout de trois mois. En créant sa plateforme collaborative, Enedis, deuxième gros client de MyTroc Pro, a par exemple réalisé 500 000 euros d’économies au bout de six mois.

L’équipe de MyTroc Pro, constituée à ce jour de deux commerciales et deux développeurs accompagne ses clients dès le début du projet et pendant toute la durée du contrat. Elle analyse leurs problématiques, apporte des conseils sur la meilleure solution possible, propose aussi la modération et l’animation des plateformes via des événements numériques ou physiques, des challenges. Si certaines ressources ne trouvent pas preneur, MyTroc Pro peut mettre en place des boucles sortantes vers les associations partenaires de ses clients.

Monnaie virtuelle et service public

 

Une initiative unique au sein du secteur public que les fondatrices de MyTroc espèrent voir se déployer dans d’autres régions

Les acteurs publics ne manquent pas au rendez-vous, même si le reconnaît Thiphaine Bézard, les temps de décisions sont souvent un peu plus longs qu’en entreprise. En utilisant leur propre plateforme interne de prêt et d’échanges pour promouvoir le réemploi et inciter à l’allongement de la durée de vie des objets, le Centre des Arts et Métiers et la préfecture Bourgogne Franche-Comté, pour ne citer qu’eux, contribuent à une commande publique plus responsable et circulaire. « C’est dommage que les acteurs publics n’utilisent pas toujours les moyens existants tels que les leviers innovants pour des marchés inférieurs à 100 000 euros. Notre outil pourrait tout à fait s’inscrire dans cette démarche », insiste la co-fondatrice de MyTroc Pro

La plateforme développée pour la préfecture de Bourgogne Franche-Comté, Cambiomut recense les ressources et compétences disponibles au niveau des services de l’Etat en région pour déployer leur mutualisation (véhicules de service, salles de réunion, équipements informatiques, heures d’expertise). Cela consiste en un système de prêt fonctionnant avec sa propre monnaie virtuelle et favorise une meilleure circulation des biens et des savoir-faire entre des services qui jusqu’ici ne collaboraient que rarement. Soutenue par une aide au financement du PIA (Programme d’investissement d’avenir), la plateforme est aujourd’hui en phase de lancement.

Une offre gratuite pour convaincre

 

De la même manière, les campus des Arts et Métiers disposent désormais de leur plateforme Troc Aux Arts pour donner ou prêter des biens (notamment du matériel de laboratoire) souvent coûteux ainsi que des services. Troc aux Arts regroupe déjà de nombreux personnels sur les différents campus à travers la France. Tous les échanges sont réalisés en monnaie virtuelle. Pour la cheffe de projet, MyTroc Pro a permis de trouver des alternatives à l’achat en utilisant les ressources et expertises disponibles dans les campus. Afin de toucher un maximum d’acteurs professionnels du monde de l’entreprise et du secteur public, MyTroc Pro lancera une offre d’essai gratuite de trois mois en septembre 2021, sur la base d’une plateforme collaborative standard. Suffisant pour que l’entreprise ou la collectivité puisse évaluer rapidement les bénéfices environnementaux et économiques, assure l’équipe de MyTroc. Et sans doute transformer l’essai en une collaboration durable.

A savoir :

La plateforme grand public gratuite de prêt, troc de biens et services MyTroc.fr fonctionne avec une monnaie virtuelle éthique, la noisette, duplicable aujourd’hui aux clients BtoB. MyTroc est agréé ESUS (entreprise solidaire d’utilité sociale) et labellisé GreenTech Innovation par le ministère de la Transition écologique.

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