UpCycl’Arve : des entreprises de la vallée de l’Arve mutualisent leurs ressources

Mieux gérer ses déchets signifie avant tout améliorer l’éco-conception des produits. C’est le premier enseignement du projet UpCycl’Arve, lancé en 2019 dans la vallée de l’Arve. Le chantier réunit à ce jour dix entreprises pilotes issues de deux réseaux d’entreprises locales. Objectif : identifier et déployer des boucles simples sur l’échange des ressources.

Quels points communs entre du sport outdoor, du décolletage, de l’usinage, de la grande distribution, de la gestion d’autoroute, ou de la cure thermale ? Ces activités sont implantées en Vallée de l’Arve et ont comme représentantes, des entreprises volontaires pour mutualiser leurs ressources dans le cadre d’une démarche d’écologie industrielle. Le projet s’appelle UpCycl’Arve et a été lancé en septembre 2019 sous l’impulsion de deux réseaux d’entreprises locales : G.R.E.En et Mont-Blanc Industries qui comptent environ 400 structures en Haute-Savoie. Soutenue par l’Ademe et le cabinet d’ingénierie savoyard Ecocline qui accompagne entreprises ou collectivités dans leur transition écologique, le projet fédère actuellement une dizaine d’entreprises volontaires pour établir un diagnostic des flux et développer les premières boucles circulaires.

La vallée de l’Arve est réputée pour ses industries de décolletage et d’usinage. L’activité génère des flux de déchets métalliques conséquents

Cette demande formulée par les entreprises de la Vallée de l’Arve s’appuie à l’origine sur les difficultés rencontrées dans la gestion de certains flux de déchets. Un besoin de partage d’expériences et de bonnes pratiques a été exprimé pour trouver des solutions de valorisation durables et locales. En l’absence de filières de traitement proches des gisements, les entreprises concernées ont réfléchi sur des possibilités d’échanges de flux. « Partant d’une problématique déchets, nous avons pris conscience que nous abordions en réalité la question des ressources et des matières premières. Nous avons donc entrepris de localiser les gisements, d’ identifier et de qualifier les flux entrants et sortants de matières » explique l’un des initiateurs du projet et fondateur du réseau GREEn, Olivier Colloc, chef de projet développement durable RSE chez Decathlon Sports de montagne. Parmi les ressources dominantes, figurent le bois, le métal, le textile et le plastique. Et de prendre l’exemple des chiffons d’essuyage souvent utilisés dans l’usinage : « ces produits à usage unique sont fabriqués souvent loin. Pourtant des entreprises locales génèrent des déchets textiles qui partent à l’incinération ou sont collectés et triés avant d’être exportés pour leur recyclage en chiffons. Cela n’a pas de sens », souligne Oliver Colloc.

Upcyclea met en valeur des synergies locales

 

Avec l’aide de la plateforme numérique Upcyclea, à laquelle le projet a souscrit, des synergies et des besoins en ressources ont été mis en évidence, comme la récupération de gisements pré-triés, la sous-traitance de la collecte et de la transformation des textiles à des entreprises comme Tri-vallées pour répondre au besoin de chiffons d’essuyage. « Cette thématique rassemble aujourd’hui des entreprises aux profils très variés, et c’est le sens qu’on veut donner à notre projet UpCycl’Arve, souligne Justine Jacquart, coordinatrice du projet. C’est ainsi qu’on a constaté qu’au sein des entreprises, les vêtements en coton blanc étaient mélangés aux autres textiles, mais qu’en isolant ce flux, on peut envisager une piste de valorisation pérenne pour la fabrication locale de chiffons d’essuyage. Idem avec les peignoirs usagés des thermes de Saint-Gervais ». Les déchets de bois sont également au coeur d’une réflexion territoriale. Selon leur nature, rebuts ou sciures, plusieurs pistes sont envisagées localement pour fabriquer du mobilier et des granulés. Dans la même optique, le polyamide (PA6) issu des cordes d’alpinisme usagées venant de Simond pourraient être recyclées par Redeem Equipment, spécialiste de l’upcycling à partir de matières récupérées dans le monde du sport et de l’outdoor (sacs à dos, tentes, baudriers, cordages, sacs de couchages, parapentes). Les articles, destinés à servir la pratique de sport de montagne, sont ensuite conçus et fabriqués à Passy, au pied du Mont-Blanc.

« Cette première exploration autour de la gestion des déchets d’entreprises a permis de changer de paradigme et de s’intéresser à de nouveaux modèles, Nous avons appris à raisonner en matières, en circuits courts, en produits éco-conçus et surtout à qualifier les rebuts pour faire évoluer les produits, en terme de sourcing, et d’incorporation de matières recyclées », avance Olivier Colloc. Aux termes d’une première phase exploratoire, le projet UpCycl’Arve a donné naissance à un pool d’entreprises formées à l’outil UpCyclea et motivées pour avancer dans l’ économie circulaire. L’échantillon des entreprises est représentatif du tissu d’activité territorial, rassemblant aussi bien des TPE, des PME, que des ETI. Chaque entreprise a fait un diagnostic individuel pour mesurer les flux potentiels à mettre en lien. Elles ont ensuite été accompagnées à l’utilisation de la plateforme et à la conduite du changement. Le groupe pilote va s’élargir au fur et à mesure des avancées du projet. « Nous savons désormais que cette démarche prend du temps, à la fois pour s’acculturer dans le domaine des rebuts/ressources et se familiariser avec l’outil Upcyclea qui nécessite un certain degré de maturité des entreprises, souligne Justine Jacquart. Le chantier a fait prendre conscience de l’importance d’une caractérisation poussée des matières pour créer des boucles pérennes. Notre ambition est de mettre en lumière les gisements existants sur ce territoire de la vallée de l’Arve, de développer des standards favorisant les échanges de matières et de construire des démonstrateurs ».

Déployer des boucles circulaires

 

La seconde phase de UpCycl’Arve a démarré en juillet 2021, recentrée sur l’humain et l’opérationnel, puisqu’elle va profiter du retour d’expériences de la première phase pour créer de réelles boucles sur le territoire, voire initier de nouvelles filières. Au cours des mois à venir, les objectifs fixés vont porter sur la concrétisation des premières boucles identifiées comme la valorisation des mégots, des masques, et des chiffons d’essuyage. Une animation collective et individuelle sera déployée pour accompagner les entreprises dans leur montée en compétence et la création de boucles de matières qualifiées. « Si l’entreprise n’a pas de personne référente dans la gestion de la plateforme, chacun doit pouvoir comprendre et utiliser les outils. Nous sommes là aussi pour faire sauter quelques verrous tel que le cloisonnement des services achats et gestion des déchets. Le projet va servir à créer des passerelles et du dialogue au sein même des entreprises » insiste Justine Jacquart. Une cartographie des solutions circulaires sur le territoire permettra par ailleurs d’inclure davantage d’entreprises et en particulier le secteur de l’ESS et des start-up innovantes pour favoriser les échanges entre tous les acteurs économiques du territoire.

L’équipe encadrante d’UpCycl’Arve cherche aujourd’hui à toucher l’ensemble de la chaîne de valeur, en accueillant à la fois des entreprises prêtes à intégrer de la matière recyclée ou réemployée dans des fournitures d’exploitation, et des entreprises spécialisées dans la transformation des ressources, via des opérations de collecte, tri, séparation, broyage, refonte. L’objectif est de construire des synergies significatives et durables à partir des besoins des entreprises. Le cercle du projet s’élargit avec l’arrivée de nouveaux partenariats comme le réseau SoluCir ou l’adhésion à « Entrez dans la Boucle », opération menée par InnoVales. Situé à Saint-Pierre-en-Faucigny, au coeur de la vallée de l’Arve, ce Pôle territorial de coopération économique (PTCE) œuvre depuis 2013 dans le domaine du développement durable et de l’économie sociale et solidaire sur le Genevois français et la Haute-Savoie.

Upcyclea identifie les ressources

Pour caractériser les ressources d’une entreprise, d’une collectivité ou d’un territoire, Upcyclea met plusieurs outils numériques à disposition de ses clients (plateforme personnalisée avec myUpcyclea, banque de données, accès gratuit et pour tous à la librairie internationale des passeports circulaires via Upcyclea.cloud). Avec comme priorité, travailler en amont pour définir une nomenclature des matériaux afin de parler le même langage entre producteurs et utilisateurs. Upcyclea accède à tous types de demande mais s’est spécialisée dans le secteur du bâtiment où elle propose une banque de données matériaux, destinée aux promoteurs, bailleurs, déconstructeurs et MOA. Selon Christine Guinebretière, co-fondatrice de cette plateforme, il s’agit de créer des outils facilitateurs s’intégrant aux contraintes des REP. au programme également, une méthodologie pour lever les contraintes normatives ou assurantielles. Upcyclea est présent sur toute la chaîne de valeur, de l’éco-conception au réemploi en passant par les modes de traitement. De la même façon, les acteurs de l’ESS peuvent venir sur la plateforme consulter et suivre les données.

Bon à savoir :

Les représentants de UpCycl’Arve vous donnent rendez-vous le 8 octobre 2021 à Thonon-les-Bains pour le Forum transfrontalier de l’économie circulaire.

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