Opération Revue chez le lunetier Optic 2000

La profession se diversifie sur la réparation et la seconde vie

Le groupement Optic 2000 lance le programme Revue pour allonger la durée de vie des lunettes. L’initiative, unique sur le marché français à ce jour, invite à une consommation plus responsable. Au niveau législatif, le dispositif anticipe la REP sur les aides techniques de santé opérationnelle au 1er janvier 2025 qui encourage la mise en œuvre d’actions sur le réemploi.

En France, ce sont plus de 16 millions de paires de lunettes de vue vendues chaque année et cinq millions de paires de lunettes de soleil en 2021, pour un chiffre d’affaires total estimé à 7 milliards d’euros selon Xerfi. Parmi les grands acteurs de cette industrie, le groupement Optic 2000 a annoncé un chiffre d’affaires de 1,2 milliard d’euros en 2022, s’appuyant sur près de 1500 points de vente Optic 2000 et Lissac. Depuis 2015, l’enseigne Optic 2000 a choisi de développer le tri et le recyclage des verres de présentation fabriqués en plastique technique. C’est ainsi que plus de 10 millions de verres de présentation soit 20 tonnes de matière ont pu être recyclées par la société partenaire Reviplast. Cela représente actuellement trois tonnes de matière recyclée par mois. Le tri s’effectue à l’atelier de fabrication des deuxièmes paires, situé au siège d’Optic 2000 à Clamart, et également dans plus de 660 magasins de l’enseigne.

Transformés en granulés, le polymère est ensuite réintégré dans la composition d’objets du quotidien comme des cintres, des fournitures de bureau, mais également dans des applications pour le bâtiment. Dans ce même registre, le groupement de lunetiers a décidé récemment de se pencher sur l’allongement de la durée de vie des produits en créant le programme Revue, qui s’articule autour de plusieurs services : la réparation pour faire durer plus longtemps les lunettes, la reprise et la remise en état des lunettes solaires pour leur donner une nouvelle vie, la redistribution à des associations et le recyclage des équipements optiques.

Lunettes de vue cet automne

 

Magasin Beaugrenelle à Paris où une boutique éphémère met en vente des lunettes solaires de seconde main

Le dispositif a été lancé début juin 2023 dans un concept store dédié, dans le 15e arrondissement de Paris puis dans une douzaine de boutiques sur tout le territoire y compris les DOM-COM. Les clients peuvent ainsi se procurer des montures solaires de seconde main à prix compétitifs entre 40 et 90 euros selon la marque. Pour créer cette nouvelle offre, les consommateurs ont été invités depuis avril dernier à ramener leurs anciennes paires en magasin contre un bon de réduction. L’opticien vérifie alors les montures et définit si elles peuvent être revendues. Dans ce cas, le client repart, s’il le souhaite, avec un bon de réduction variant de 10 à 50 euros. Les montures sont ensuite remises à neuf dans l’atelier à Clamart par un artisan lunetier puis repartent dans le circuit de vente. Pour Benoît Jaubert, directeur général du groupement Optic 2000, cette activité repose sur le savoir-faire des 150 salariés de l’atelier : « aujourd’hui les opérations de réparation et de remise en état conduisent l’entreprise à renforcer ses effectifs et ses compétences. Si l’assemblage de lunettes neuve relève plutôt du process industriel, la réparation reste un métier artisanal sur lequel nous avons actuellement 200 postes à pourvoir ».

Le lunetier français souhaite donner une nouvelle vie aux montures solaires dans un premier temps, puis à toutes les lunettes optiques dès l’automne 2023 afin de proposer des produits de qualité, et à des prix accessibles. Au-delà de cette démarche circulaire qui s’invite sur le marché des lunettes, la future filière REP sur les aides techniques facilite et accélère le mouvement alors que la réparation et le réemploi seront au coeur du dispositif. Benoît Jaubert ne cache pas que son opération Revue vise à prendre un peu d’avance sur la législation ; car oui, les lunettes devraient être concernées par cette REP au même titre que les fauteuils roulants ou les lits médicalisés.

Une REP Aides techniques en 2025

L’Ademe travaille à l’élaboration d’une nouvelle filière REP sur les aides techniques. Celle-ci doit entrer en vigueur le 1erjanvier 2025, en conformité avec la loi AGEC. Il s’agit de gérer l’usage, le réemploi et la fin de vie des matériels médicaux (fauteuils roulants, déambulateurs, béquilles…) souvent abandonnés et jetés après leur première utilisation. A ce titre, une étude pré-figurative a été confiée à plusieurs cabinets. Des acteurs comme Envie ont déjà été auditionnés. Les travaux actuels portent notamment sur une évaluation du gisement. C’est un sujet central car le champ des aides techniques est très large allant des lunettes au lits médicalisés. Selon le DGA de Envie Autonomie, la mise en place de cette filière REP soulève toutefois quelques problèmes : elle va couvrir du matériel qui relève déjà d’éco-organismes comme ecosystem pour les lits médicalisés ou Valdelia pour les fauteuils de confort. Cela interroge donc sur la pertinence de créer un éco-organisme gestionnaire d’une telle REP. Et naturellement, sur la place qui sera accordée au réemploi.

Crédits : Pixabay, Optic 2000

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