Novus : premier site de recyclage de big-bags en France

La première usine française de big-bags voit le jour en Normandie. La société Novus, filiale du groupe All Sun démarrera son activité dans quelques mois, après derniers rodages des procédés. Cette relocalisation d’une partie de l’industrie du recyclage des plastiques est le fruit d’un AMI lancé en 2019 par Adivalor. La filière de gestion des déchets plastiques issus de l’agro-fourniture a réussi à mobiliser metteurs en marché et distributeurs d’engrais et d’amendement. L’usine pourra ainsi traiter 10 000 t/an de big-bags provenant pour moitié du monde agricole.

L’installation prévoit de traiter une tonne de big-bags à l’heure

Dix ans après la fermeture de l’usine Altuglas (Arkema) qui produisait du PMMA (Plexiglas), la plasturgie fait son retour sur le site, avec une nouvelle activité de recyclage de big-bags. Chaque année, 40 000 tonnes de ces emballages industriels complexes sont commercialisés en France. Et pourtant, aucune filière de valorisation n’existe jusqu’à présent sur le territoire, bien souvent envoyés en balles vers l’Europe ou l’Asie pour être valorisés. Les big-bags sont constitués de deux résines : un PP non -tissé extérieur pour assurer la résistance de l’emballage et une sache interne en PE pour garantir la sécurité des produits. Ils sont utilisés dans de nombreux secteurs industriels, pour transporter des matériaux volumineux ou pondéreux. En France, le secteur agricole en consomme 10 000 t/an pour acheminer des engrais, des semences ou des amendements. C’est la raison pour laquelle, en 2019, la filière de gestion des déchets de l’agro-fourniture s’est penchée sur la fin de vie de ces emballages. Adivalor a décidé de lancer un Appel à Manifestation d’Intérêt pour développer une solution de recyclage à l’échelle nationale, en partenariat avec Soveea (Société de valorisation des emballages des Eco-actions des engrais et d’amendements) et Ares (association de récupération et recyclage des emballages de semences et de plants).

Lauréat de ce projet, le groupe familial All Sun (120 salariés pour un chiffre d’affaires de 225 millions d’euros en 2023) est à la tête de plusieurs activités dans le secteur agricole (négoce de céréales, importateur de fertilisants, etc.). Son dirigeant Luc Letierce souhaitait ajouter une nouvelle corde à son arc, qui avait du sens. Après plusieurs essais sur un procédé de broyage innovant, le groupe a recruté un expert en plasturgie et crée sa filiale Novus en 2021. L’investissement total s’élève à 11,5 millions d’euros dont environ deux millions d’euros d’aides et de prêts à taux zéro de la part de l’Ademe, de l’agence de l’eau Seine Normandie, de BPI France, de la région Normandie, du département de l’Eure.

10 000 t/an de capacité

 

Lors du broyage, les résines PP et PE sont séparées en vue de leur extrusion

Repoussée de quelques mois, l’activité démarrera au plus tard à l’automne 2024. L’usine disposera d’une capacité de traitement de plus de 10 000 t/an de matières entrantes, soit un peu plus de dix millions de big-bags. Cela représente grosso modo la quasi-totalité des big-bags utilisées par les filières agricoles en France. Toutefois, Adivalor s’engage à fournir 50 % du gisement ; le reste proviendra d’autres secteurs industriels comme le bâtiment, l’agro-alimentaire ou l’activité pharmaceutique. Pour faire tourner le site, Novus prévoit la création d’une trentaine d’emplois. Les ballots de big-bags sont tout d’abord décompactés, et un tri manuel est effectué pour extraire les plus gros indésirables (résidus de bois, métal etc.) Les emballages sont ensuite acheminés dans un trommel pour éliminer les résidus plus fins. Le flux passe ensuite par une étape de broyage, qui va également permettre de séparer le gisement en deux flux : d’un côté, la fraction PP, de l’autre, les fines en PE. Ce procédé de tri, gardé secret par l’entreprise, possède déjà un brevet international. Plusieurs opérations de nettoyage sont ensuite effectuées, par procédé aéraulique et en phase aqueuse par friction. Après séchage de la matière, les résines sont extrudées pour produire des granules de PP et de PE, inférieures à 80 microns, afin d’assurer une pureté élevée.

L’inauguration de l’usine Novus a eu lieu le 14 mai 2024 avec les partenaires industriels et institutionnels locaux. Luc Letierce (2e à gauche)

Le site en rythme de croisière pourra traiter une tonne de matière à l’heure. La direction du groupe espère écouler son produit dans plusieurs applications, avec en ligne de mire, la possibilité de réintégrer du plastique recyclé dans de nouveaux big-bags. La réglementation européenne sur les emballages et déchets d’emballages (PPWR) le permet puisque l’objectif d’incorporation est fixé à 35 % en 2030 pour les big-bags. Des industriels transformateurs sont déjà entrés en contact avec Novus. L’entreprise de Luc Letierce s’appuie sur la qualité exemplaire de sa matière première recyclée, digne d’une résine vierge, pour la vendre correctement. « Au-delà de la qualité recherchée, nous devrons aussi compter sur des industriels prêts à s’engager dans l’approvisionnement de plastiques régénérés produits en France, mais aussi sur l’inversement des cours du marché pour enrayer les importations importantes de résines vierges chinoises » assure le dirigeant du groupe. Pour Adivalor, l’usine normande de Novus n’est que le début. Au regard des gisements disponibles à recycler, et d’une politique publique sur la transition écologique, d’autres sites de traitement sont d’ores et déjà envisagés.

Crédit : Novus

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