Amorim pousse le bouchon liège au recyclage

La collecte française s’étoffe avec la grande distribution

Créé en 2010 en France, le programme Ecobouchon by Amorim a permis au transformateur de liège Amorim de collecter 1000 tonnes de bouchons en liège. Cela ne représente que 15 % du gisement disponible par an. Pourtant, les débouchés industriels ne manquent pas. Collecteurs de la première heure, le réseau de cavistes Nicolas et le monde associatif sont désormais rejoints par un géant de la grande distribution. Amorim compte sur ces opérations en France mais aussi en Europe pour inscrire son activité dans l’économie circulaire.

Avec 737 000 hectares plantés, soit 32,5 % de la surface mondiale, le Portugal est le principal producteur mondial de chêne-liège. Le groupe portugais Amorim en assure la transformation avec comme principal débouché : le bouchon. Amorin en a vendu 5,7 milliards en 2017 et représente 28 % des parts du marché mondial, pour 706 millions d’euros de chiffre d’affaires. Le marché français, estimé à 3,4 milliards de cols dont 2,62 milliards en liège est son premier client devant les Etats-Unis. La partie bouchonnable de l’écorce de liège représente 70 % de sa valeur globale. Le reste peut être utilisé pour fabriquer d’autres produits à forte valeur ajoutée. Dans le liège, finalement tout est bon et rien ne se perd. Amorim l’a compris et c’est pourquoi le groupe a diversifié ses activités. Tout au long du processus de production, les déchets de la fabrication de bouchons sont valorisés dans de nouvelles applications industrielles ou en combustible biomasse dans le cas des fines et des poussières de liège. Grâce aux caractéristiques remarquables du liège en termes de légèreté, d’isolation et de barrière naturelle anti-feu, Amorim entrevoit le recyclage des bouchons en liège dans de nouveaux produits, comme une solution environnementale et économique intéressante.

1000 tonnes de bouchons collectées en France

Partant de ce principe, Amorim a développé depuis une dizaine d’années, des programmes de collecte avec les principaux pays producteurs et/ou consommateurs de vin : en Grande-Bretagne, en Afrique du Sud, aux Etats-Unis (ReCORK), en Italie (Etico), au Portugal (Green Cork Program). En France, ce partenariat a donné naissance à l’opération Ecobouchon by Amorim. Depuis son lancement en 2010, le programme français aurait permis de collecter plus de 1000 tonnes de bouchons en liège, soit environ 250 millions de bouchons. De son côté, la Fédération française du liège rassemble par le biais de son site Planète Liège, un réseau de collecteurs sur l’ensemble du territoire, dont le groupe Nicolas. Avec plus de 500 magasins en France, le caviste est collecteur de la première heure. Depuis cinq ans, il a permis de récupérer plus de 76 tonnes de bouchons. « Nous reversons les fonds issus de la vente de ces bouchons à l’Institut Méditerranéen du Liège qui finance la plantation de chênes-lièges dans les Pyrénées Orientales. Notre opération a contribué à la plantation de plus de 2500 arbres, sur six hectares de terrain » indique Laurence Lemarchand, directrice qualité et développement durable chez Nicolas.

Borne de collecte dans l’une des boutiques Nicolas

Les associations demeurent cependant les principaux collecteurs pour Amorim avec pour certaines, plusieurs tonnes de bouchons en liège récupérées chaque mois. En contrepartie, cela permet à plusieurs structures bénévoles de percevoir de l’argent pour mener leurs actions humanitaires et caritatives. « S’il n’existe pas vraiment de marché officiel pour le cours du liège, en raison principalement des fluctuations climatiques sur la quantité et la qualité des plantations, le prix de rachat du bouchon à recycler a été fixé quant à lui autour de 330 euros la tonne (soit 250 000 bouchons), compte tenu du coût de sa transformation en granulés et des pertes de matière sous forme de fines et de poussières » indique Jean-Marie Aracil.

La grande distribution dans la boucle

 

Le fabricant compte sur le développement de nouveaux partenariats dans le cadre d’Ecobouchon by Amorim pour augmenter cette collecte. Le dernier en date est une double satisfaction pour le fabricant. Pour la première fois en France, un géant de la grande distribution, Auchan, a décidé de rejoindre les collecteurs existants.

C’est à l’occasion de la foire aux vins automnale, que l’enseigne a choisi de mettre en place dans ses 600 points de vente, des bornes de collecte pour les bouchons en liège. Cette opération ponctuelle devrait selon Amorim être renouvelée au printemps. Le fabricant espère ainsi voir la collecte de bouchons en liège augmenter car le potentiel reste élevé. Sans prévoir les résultats à l’avance (connus d’ici à fin octobre), Auchan compte atteindre quelques tonnes complémentaires non négligeables. La collecte des bouchons en liège dans le monde n’est pas nouvelle. Certaines initiatives remontent aux années 90, mais sont toujours restées dans une approche associative. Les quantités limitées collectées n’ont sans doute pas permis la mise en œuvre d’une filière plus structurée. « Sans filière REP, la collecte du liège progresse doucement mais sûrement, assure Jean-Marie Aracil, chargé de mission à la fédération française du liège. Mais les partenariats se multiplient et la sensibilisation environnementale fait évoluer les mentalités. Pour autant, les moyens logistiques ou financiers ne doivent pas être supérieurs aux gains engendrés par la collecte des bouchons et à leur recyclage ». Cela reste donc aujourd’hui encore une démarche volontaire. Pour Amorim, cette opération de collecte et de recyclage doit surtout rester la plus vertueuse possible sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Les camions venant du Portugal pour acheminer les bouchons en France chez les bouchonniers ou viticulteurs ne repartent donc pas à vide. L’ensemble des flux collectés sont regroupés sur l’entrepôt de Thiais du groupe Nicolas qui les achemine ensuite sur le site et siège social d’Amorim France à Eysines près de Bordeaux. En général, les bouchons en plastique collectés ne sont pas repris par Amorim. Ils sont triés au préalable par des associations de type Esat, partenaires du caviste.

Déchets valorisés à 90 %

 

Les transporteurs repartent ensuite au Portugal chargés de bouchons usagés. Direction, l’usine de recyclage Amorim Cork Composites, située à Santa Maria da Feira, près de Porto. La cargaison est directement acheminée vers un broyeur pour produire des granulés. En 2017, le groupe Amorim a recyclé dans ses usines, l’équivalent de 342 tonnes de bouchons usagés, contre 279 tonnes en 2016.

Dans l’usine de recyclage et de transformation

Le site reçoit également les parties moins nobles de l’écorce en liège, non destinés au bouchon. Les déchets de liège générés par la fabrication et qui ne présentent pas les caractéristiques requises pour les bouchons sont aussi valorisés. Les fines et les poussières issues du broyage sont utilisées comme source d’énergie. Chaque année ce sont plus de 410 000 GJ de biomasse qui servent à la production d’énergie dans les usines du groupe, représentant environ 59 % des besoins énergétiques de celles-ci. De cette façon, Amorim valorise au total 90 % des déchets de liège.

Les granulés issus de tous ces flux sont transformés en panneaux ou blocs pour des applications industrielles à haute valeur ajoutée. Ce liège est ainsi utilisé pour l’aéronautique et l’aérospatiale (protection thermique de navettes spatiales), pour l’industrie automobile (moteur, transmission et joints de soupape), pour la construction (matériaux d’isolation acoustique), pour de grandes infrastructures (matériels de contrôle de vibration pour routes, ponts et chemins de fer). D’autres applications dans le design (aménagement de maisons et bureaux, revêtements de sols et accessoires de décoration) mais aussi la mode (chaussures, vêtements et accessoires) sont en train d’émerger. Si le bouchon en liège ne représente qu’une faible partie des déchets valorisés par Amorim, il est  devenu emblématique pour le groupe, qui a inscrit le recyclage dans son modèle économique.

Crédit : Amorim, CM, Plus Belle Ma Terre

En plus :

Rapport développement durable 2017 Amorim

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

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