L’économie circulaire s’invite au Grand Débat national

Alors que les échanges autour du Grand Débat national se clôturent le 15 mars prochain, l’économie circulaire est venue s’ajouter tardivement aux thématiques discutées. Le report du projet de loi FREC à l’été prochain aurait permis au ministère de l’Ecologie d’inscrire le sujet dans cette démarche. Certes, la transition écologique était déjà à l’ordre du jour, mais jusqu’à présent, rien de bien défini sur les REP, le recyclage, l’éco-conception, le réemploi ou les achats responsables. Depuis plusieurs jours, les réunions se succèdent où se mêlent experts, associations, entreprises, simples citoyens et ministres.

Brune Poirson, la secrétaire d’État au ministère de l’Ecologie se dit inspirée par ces échanges citoyens. A l’occasion d’une réunion organisée par l’association Orée et Comité 21, elle n’a pas caché son espoir de voir certaines conclusions du Grand Débat alimenter cette fois-ci la future loi sur l’économie circulaire. « Rien n’est tranché, et j’espère que ces discussions pourront continuer au-delà de ce périmètre, a-t-elle ajouté. Il faudra juste obtenir les arbitrages du premier ministre ». En attendant, les représentants du gouvernement accueillent les doléances des citoyens. Qu’ils soient fins connaisseurs du sujet, chefs d’entreprise ou membres d’associations parties prenantes, les citoyens se questionnent finalement sur le sens à donner à cette transition écologique. Où veut-on aller, et par quels moyens ?

Plusieurs entreprises présentes ont reproché aux pouvoirs publics de dire mais sans passer à l’acte. Le réemploi et la commande publique c’est bien, mais lorsque certains ministères s’apprêtent à renouveler leur mobilier, ils refusent de le destiner au marché de l’occasion pour des associations ou des PME du secteur privé, déplore le responsable d’une start-up de l’ESS et du réemploi : « dans ce cas précis, le discours n’est pas suivi d’effet. Pour éviter tout litige ou problème juridique, l’administration préfère choisir le recyclage matière encadré par un appel d’offres » explique-t-il. Même scénario dans la commande publique. La réglementation en vigueur incite à des achats plus responsables sur le plan social et environnemental. Pourtant, dans les faits, rien ou peu de choses se passe. Et un promoteur de la commande publique dans la salle de rappeler qu’un guide méthodologique existe à destination des 800 acheteurs publics, mais par crainte ou frilosité, ceux-ci ne l’utilisent pas.

« Déjargonner » l’écologie

 

Premier enseignement de ces échanges : plutôt que de créer de nouvelles lois, les citoyens demandent à l’Etat d’appliquer et de faire respecter celles en vigueur. Plusieurs questions ont été posées sur la communication et l’enseignement de l’économie circulaire. Et un dirigeant de l’INEC (Institut national de l’économie circulaire) de rappeler qu’il y a encore quelques mois, l’économie circulaire signifiait souvent pour le quidam, blanchiment d’argent. Communiquer sur l’économie circulaire semble compliqué pour tous ces politiques. Brune Poirson est la première à l’avouer : « comment expliquer précisément ce que représente la transition écologie, le bilan carbone ou l’économie circulaire ? C’est pour cela que je suis ici ; le contact avec les citoyens peut nous aider à déjargonner. Je ne supporte plus d’entendre le mot écologie à longueur de journée, déplore-t-elle. Ce concept est à la fois trop connoté à gauche, alors qu’il devrait concerner tout le monde ». Que faudrait-il employer à la place alors ? Cet aveu donne l’impression que le gouvernement a peur des mots, peur qu’ils les entraînent dans un cadre qu’il ne veut surtout pas intégrer. Comme s’il fallait choisir son camp sans toutefois opposer écologie et croissance.

De g à d : Bettina Laville (Comité21), Brune Poirson et Patricia Savin (Orée)

Si l’économie circulaire est un concept abstrait, ce qu’il renferme est très précis et compréhensible par tous. Comme le souligne une représentante d’association auprès des jeunes, « si l’on parle compostage de biodéchets, chacun peut comprendre que ce geste permet de réduire sa poubelle grise et de fait sa taxe sur les ordures ménagères. De même, on pourrait tout à fait communiquer sur les bienfaits de l’eau au robinet, qui non seulement évite de générer des déchets plastiques mais en plus, fait du bien au porte-monnaie ». Encore faut-il que le politique ait envie de suivre. Cette défiance vis-à-vis des pouvoirs publics fait qu’aujourd’hui, les citoyens s’interrogent. Et ils n’ont pas tout à fait tort. Brune Poirson ne le cache pas : « si des politiques n’ont pas la réponse, ils sont déstabilisés et cela peut engendrer de la violence des deux côtés. Trop souvent, pour faire reconnaître la place de l’environnement, au sein de l’industrie, c’est souvent le parcours du combattant car le ministère de l’économie n’a pas pour habitude de faire pression sur les entreprises dans ce domaine ». L’exemple de l’économie d’usage illustre parfaitement la frilosité des pouvoirs publics qui attendent des avancées concrètes avant de s’engager davantage. Si le gouvernement accueille cette notion avec enthousiasme, elle semble encore trop abstraite aux yeux des politiques car conduit à d’importants changements. Pourtant, elle fait partie des réflexions déjà engagées au sein des entreprises et des territoires. Certains estiment qu’il faut dès à présent donner plus de place aux syndicats professionnels pour aider à intégrer ce nouveau modèle économique.

Former, éduquer, sensibiliser

 

Et la place de l’éducation nationale dans tout cela ? Alors que des débats émergent sur la nécessité d’intégrer dans les programmes scolaires plus d’informations sur l’environnement et les enjeux climatiques, Brune Poirson a clairement indiqué qu’il ne fallait pas compter sur l’éducation nationale pour jouer ce rôle. N’y a t-il pas là une énorme contradiction avec la volonté politique de mieux former les jeunes aux nouveaux métiers de l’économie circulaire ? Car pour attirer les futurs professionnels dans des activités émergentes en lien avec le recyclage, l’économie d’usage, le réemploi, la réparation, il faudra sans doute sensibiliser et accompagner dès le plus jeune âge. Qui d’autre que l’école peut remplir cette mission ?

Sur la fiscalité, la secrétaire d’État rappelle que sur les 50 à 80 milliards d’euros annuels nécessaires à la transition écologique, il manque à ce jour entre 10 et 30 milliards d’euros. Où les trouver ? « Une chose est sûre, affirme Brune Poirson, ce n’est pas l’argent des contribuables qui va servir à financer la transition écologique. L’argent privé doit permettre de financer le risque climatique et contribuer au développement de projets durables ». Par ailleurs, la création d’une TVA réduite a été remise sur la table, alors qu’à ce jour, la FREC n’en a pas tenu compte. L’équilibre est encore difficile à trouver, selon Brune Poirson qui n’ose rien promettre à ce sujet. Si les politiques semblent souvent craintifs à faire le premier pas, les citoyens font souvent preuve d’une grande maturité et intelligence. Les initiatives et les démarches collectives durables en témoignent. Quelle que soit l’issue du Grand Débat national, il aura au moins révélé une chose : la compréhension et la prise de conscience des enjeux écologiques restent encore bien loin des sphères du pouvoir.

A savoir :

L’éco-organisme Citeo organise une réunion sur l’économie circulaire dans le cadre du Grand Débat, le 11 mars à 19h à la mairie du 4eà Paris. En présence de Brune Poirson, du maire du 4e et du directeur général de Citeo.

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

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