Et si les professionnels de santé étaient plus éco-responsables ?

L’Ademe montre les bénéfices écologiques et financiers de certaines pratiques

Quand la gestion des déchets, le gaspillage alimentaire et les achats responsables s’invitent dans les établissements de santé en France. C’est l’objet d’une étude publiée par l’Ademe fin 2019 pour mieux connaître et améliorer certaines pratiques à l’hôpital et à l’Ehpad. Pendant six mois, 17 établissements ont joué le jeu en adoptant des pratiques vertueuses et en ont analysé les effets sur l’environnement et leur porte-monnaie. Bilan de l’expérience : un total de 390 000 euros d’économies, et plus de 160 tonnes de déchets évités.

Dans le cadre de l’opération Santé Témoin* , l’Ademe a voulu en savoir plus sur la place de l’économie circulaire dans le secteur de la santé et en particulier au sein des établissements hospitaliers et les Ehpad. En 2017, 17 structures de taille différente (entre 100 et 900 lits) et réparties dans toute la France ont servi de terrains d’expérience à 77 actions sur les déchets, le gaspillage alimentaire et les achats responsables. Volontaires dans cette démarche, les chefs d’établissement ont pu ainsi analyser leurs pratiques et en améliorer certaines. Mission remplie puisque dans tous les cas, l’opération a permis une économie financière totale de 390 000 euros par an et plus de 160 tonnes de déchets évités. En luttant contre le gaspillage alimentaire, les établissements témoins de santé ont pu économiser un total de 231 000 euros ce qui correspond à une réduction de 90 tonnes par an de biodéchets ; une meilleure gestion des déchets a entraîné une économie de 134 000 euros, avec à la clef une valorisation supplémentaire de 48 tonnes de biodéchets par an et une diminution des quantités de Dasri de 74 tonnes par an. Enfin des achats responsables mieux ciblés sur des produits labellisés et une dématérialisation de certaines tâches ont permis une baisse de 535 kg par an de déchets papier et de 710 kg de déchets plastique.

Eviter des centaines de kg de pain jetés

Au centre hospitalier de la Rochelle accueillant 1729 lits, deux actions ont été menées sur le gaspillage alimentaire et les déchets, sans investissement au départ. La démarche a ciblé plus spécifiquement le pain jeté. Après analyse du problème, une réorganisation de sa distribution a été mise en place, ainsi que la vente à dix centimes du premier petit pain. Résultat : 28 000 euros par an de gain issus de la vente et de la réduction des achats de pain en lien avec les besoins réels. Avec comme conséquence, plus d’une tonne de pain jeté en moins chaque année. Pour les déchets (hors Dasri), l’établissement a remis à plat ses contrats en impliquant davantage ses prestataires dans la valorisation, plutôt que la mise en décharge. Au final, un meilleur tri en interne et la création de cinq filières de traitement. Les coûts de collecte et de traitement ont été de ce fait réduits, entraînant pour l’hôpital une économie de 11 700 euros.

Réduire les quantités de Dasri

 

A Ecully dans le Rhône, la clinique du Val d’Ouest (241 places) a agi sur la gestion de ses Dasri (déchets de soin à risque infectieux), en évaluant les quantités, les coûts et la qualité du tri. Le budget pour ce poste était de 45 000 euros par an pour 89 tonnes traités. Toutefois des dysfonctionnements ont été mis en lumière et une révision des consignes de tri a été proposée, pour favoriser la valorisation de certains déchets. Ainsi les déchets de soins ne présentant pas de risque chimique (médicaments) ou infectieux (poches de perfusion ou gants) ont intégré le flux des DAE qui partent en valorisation énergétique plutôt qu’en enfouissement. Résultat de l’opération : une économie annuelle de 18 000 euros et un flux de Dasri allégé de 47 tonnes. Le passage à l’incinération permet également d’anticiper l’augmentation de la TGAP sur la mise en décharge. Pour les 410 tonnes de DAE générés annuellement, l’enjeu financier porte sur 73 000 euros en 2024. Par ailleurs, l’établissement a mis en place le tri et la collecte de son papier, pour se mettre en conformité avec la réglementation, moyennant un investissement de 3600 euros pour du matériel de collecte et de transport en interne.

Des structures de santé se lancent aussi dans le tri des nombreux contenants en plastique

Dans certains cas, cela fait aussi prendre conscience que le poste déchets est méconnu et sous-estimé en termes de coûts. Avec comme conséquences, quelques dérives sur les prix de prestation de collecte et de traitement. C’est l’expérience qu’a vécu la polyclinique du Val de Loire (groupe Elsan) en se penchant sur la gestion de ses déchets d’activité économique (DAE), facturée 450 euros la tonne contre un prix moyen de marché à 200 euros. Après évaluation de son gisement de déchets, l’établissement a constaté un flux important de produits à usage unique, susceptibles d’être remplacés par des alternatives basées sur le réemploi ou de l’optimisation. Enfin, l’étude a mis en évidence la pertinence d’investir dans un compacteur pour réduire les volumes de déchets à stocker et à enlever. En investissant 3400 euros dans un équipement pour tasser différents types de déchets (carton, plastique étirable, papier), la polyclinique a réalisé une économie annuelle de l’ordre de 11 000 euros. Principaux avantages : diminution du nombre de bacs à enlever et réduction du nombre de passage. Fort de ce constat, le groupe Elsan pourrait envisager de dupliquer cette action en interne dans tous ses établissements.

Recycler le matériel en inox

 

Encore plus ambitieux, l’action engagée par l’hôpital parisien Bichat (900 lits) concernant le recyclage des équipements médicaux en acier inoxydable. Jusqu’à présent mis au rebut et finissant dans le flux des Dasri, ce matériel n’est pas trié par le personnel. L’idée a été de définir en interne la liste des produits concernés. Comme par exemple, les lames de laryngoscope à usage unique ou les équipements stérilisés non réparables, en retour de maintenance. Malgré la réticence des hygiénistes sur le processus de traitement et la mise en place d’une organisation interne de tri et de collecte, la démarche peut s’avérer prometteuse, source de bénéfice environnemental avec le recyclage des métaux, et de gain financier, encore sous-estimé à ce jour. Pour le coordinateur logistique de l’hôpital, cela doit passer avant toute chose,  par l’implication du personnel, qui fait preuve de motivation et d’idées éclairées sur la pratique d’un soin sans gaspillage, plus responsable et tout autant qualitatif.

Ustensiles métalliques recyclables à 100%

En sollicitant les acteurs de la santé, l’Ademe voulait non seulement observer les pratiques actuelles mais aussi influencer les professionnels à des gestes plus économes en ressources, en émissions de CO2 et en budget. Ces expériences grandeur nature ont aussi montré qu’elles pouvaient devenir bénéfiques pour l’établissement, les salariés et leurs patients ou résidents. Les actions menées dans chaque établissement de santé sont répertoriées par l’Ademe dans des fiches détaillées pour en faire un outil de réflexion et une source d’inspiration pour les autres établissements du territoire. A l’heure des restrictions budgétaires dans les services publics de la santé, renforcer le geste de tri, réfléchir au juste besoin, réorganiser ses parcours d’achats et privilégier les circuits courts, pourraient alléger la facture globale et donner un peu d’oxygène à des établissements qui ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts.

* En partenariat avec la FHF (Fédération hospitalière de France), la FHP (Fédération des hôpitaux privés), la FEHAP (Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne privés et non lucratifs) et l’ANAP (Agence nationale d’appui à la performance)

Crédits : CM

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