Le ministère de l’Agriculture a qualifié la filière forêt-bois, de stratégique pendant la pandémie Covid-19. L’emballage bois représente 25 % du secteur. Pour les palettes, l’activité se poursuit tant bien que mal. Plusieurs sites travaillent en effectifs et volumes réduits. Si certaines industries se maintiennent comme l’agro-alimentaire, la grande distribution ou la pharmaceutique, d’autres sont en sommeil. Selon leur portefeuille clients et leur localisation, fabricants et réparateurs de palettes vivent la situation au jour le jour, avec des tensions sur la trésorerie et les stocks.
Le monde de la palette bois est bien plus complexe et technique qu’on ne le croit. Il englobe plusieurs activités qui vont du sciage à la production de palette neuves, en passant par le tri, la réparation et la mise en marché des palettes d’occasion. Pendant sept ans en moyenne, une palette en bois assure des milliers de rotations au service de l’industrie. La pandémie Covid-19 a mis comme pour beaucoup d’activités économiques, l’accent sur des secteurs dits stratégiques et essentiels à la population. Depuis le 16 mars 2020, la mise en confinement de la population a stoppé net de nombreuses industries comme l’automobile ou le BTP et a assuré au contraire à d’autres, le maintien, voire un sursaut de leur activité. C’est le cas bien sûr de l’alimentaire, de la grande distribution, de la chimie, de la santé. Pour assurer la logistique des produits essentiel, il faut garantir leur conditionnement et leur transport. La palette n’a jamais été autant sollicitée en ce moment par ces activités, et pourtant, l’heure n’est pas forcément à l’euphorie. Côté matière première, les scieurs pour la construction sont à l’arrêt, et les scieurs généralistes censés approvisionner les producteurs de palettes neuves travaillent bien souvent en mode dégradé. Des régions sont plus touchées que d’autres, comme le Grand Est ou accueillant des industries actuellement fermées. « Les capacités de production ne manquent pas pour répondre à une demande réduite et spécifique, explique Jean-Philippe Gaussorgues, président de la Commission Palettes SYPAL de la FNB (Fédération nationale du bois), président de EPAL France et directeur des comptes stratégiques chez PGS. Nous bénéficions en tant que secteur stratégique, de mesures d’assouplissement sur les conditions de travail. Cependant, il faudrait déjà réfléchir à l’après-crise pour faire face à une augmentation de la demande ».
Inquiétudes pour avril

Pour autant, la filière enregistre des hauts et des bas. Une légère amélioration se profile néanmoins depuis quelques jours. Dans le cadre d’un observatoire réactualisé chaque semaine sur l’état d’activité du secteur, la FNB enregistrait au 8 avril, un niveau d’activité de 53 % au niveau national (contre 48 % la semaine précédente), tous secteurs confondus, et un taux d’activité pour les palettes (fabrication et réparation) en hausse à 58 % contre 40 % le 1er avril. Le chômage partiel concerne actuellement près de 50 % des entreprises. Selon les régions et les bassins industriels, ces résultats sont bien sûr à nuancer. Jusqu’à fin mars, les professionnels de la palette ont plutôt bien travaillé. Les stocks tampons et la surcharge d’activité leur ont permis d’assurer la période de calme économique, amorcé depuis un mois. C’est le cas notamment de l’entreprise Burban Palettes dont le siège est à Orléans. « Notre clientèle dominée par l’agro-alimentaire et l’industrie pharmaceutique nous a permis jusqu’à présent de travailler à 70 % de nos capacités. Nous risquons de percevoir néanmoins les effets de la pandémie en avril, avoue le dirigeant Didier Burban. Jusqu’à la fin mars, nous étions plutôt sur la même tendance de croissance que depuis deux ans, à savoir, + 10 % par an. Le rebond de la grande distribution pour répondre à une forte demande nous a sauvé ».
Présent partout en France à travers une quinzaine d’agences, Burban collecte, trie et réemploie plusieurs milliers de palettes d’occasion chaque année, soutenu par son réseau de reconditionneurs Valorpal. Dans certaines régions comme l’Ile-de-France, plusieurs entreprises ont fermé, entraînant l’immobilisation d’un certain nombre de palettes d’occasion. « Nous avons encore de quoi tenir trois semaines, mais déjà nous commençons à partir à la chasse aux palettes en contactant certains clients qui disposeraient de palettes vides. Il n’est pas exclu dans les jours à venir, de faire la jonction avec des palettes neuves, explique le chef d’entreprise, via notre réseau Coop Pal ». Didier Burban ne souhaite pas recourir au chômage technique actuellement. La diminution de l’activité ambiante permet à la direction de se consacrer à ses projets informatiques pour optimiser la performance de l’entreprise. Concernant sa filiale Bois Développement Energie Concept (BDEC) qui transforme en biomasse quelque 35 000 t/an de palettes en fin de vie, elle continue d’alimenter parmi d’autres sources, le réseau de chaleur de l’agglomération orléanaise, et la demande reste élevée. Cela permet d’évacuer rapidement les déchets de bois, mais à ce rythme, évalue Didier Burban, la matière pourrait se tarir d’ici la fin avril.
Pas d’exutoire pour les déchets bois

La gestion des déchets de bois représente une inquiétude dans la plupart des entreprises de réparation de palettes. De la PME au grand groupe, le problème est le même. Alors que les plateformes de recyclage et de broyage de bois sont fermées et en l’absence de débouchés dans l’industrie du panneau, elle aussi en sommeil, les problèmes d’exutoire se posent. Chez les réparateurs, il s’agit d’un enjeu crucial, alors que la pénurie de débouchés pour les déchets de bois pré-existe à la crise sanitaire. « Nous avons les autorisations pour augmenter nos capacités de stockage mais au bout d’un moment, l’espace physique risque simplement de manquer » souligne Christophe Beneton, PDG de la société Enviris. Avec un chiffre d’affaires de 35 millions d’euros et 300 salariés, Enviris a son siège à Toulouse mais dispose d’une quinzaine de sites sur le territoire. A ce jour, deux sont fermés et six tournent au ralenti. « Notre activité porte essentiellement sur du tri et de la réparation de palettes. Nous fonctionnons à 60 % de notre capacité grâce aux secteurs d’activité dits essentiels. En temps normal nous tournons avec 24 millions de palettes à recycler et fabriquons un million de palettes neuves ».
Implanté sur quarante sites en France, et transverse avec ses activités de sciage, fabrication de palettes de neuves et réparation, le groupe PGS a réduit son activité de 30 % en moyenne. Tout dépend de la localisation des sites et des industries à proximité : « il est nécessaire de ne pas rompre l’un des maillons de la chaîne. Sans sciage, pas de palette neuve et sans palette neuve, pas de palettes d’occasion. Actuellement, la fabrication semble s’en sortir un peu mieux que le reconditionnement, mais lors de la reprise, nous devrons être vigilants sur les garanties en termes de production et de réparation, comme par exemple, l’ouverture rapide des plateformes de recyclage pour écouler les déchets de bois » insiste Jean-Philippe Gaussorgues.
Tensions économiques à venir
Deux difficultés se profilent pour la profession. La première, d’ordre économique, concerne les créances non payées dues aux tensions de trésorerie. Si des entreprises font faillite, elles risquent d’entraîner avec elles d’autres sociétés fragilisées. La seconde difficulté, c’est l’impossibilité de trouver suffisamment de masques de protection. « Alors que nous sommes activité essentielle, nous manquons de protections élémentaires ; la seule commande que j’ai pu obtenir arrive dans trois semaines ! » déplore Christophe Beneton. Chez Burban Palettes, le stock de masques utilisés en temps normal pour les salariés exposés aux poussières de bois, ne devrait garantir la protection que pendant une dizaine de jours. Le redémarrage s’annonce également laborieux pour le secteur, car la plupart des entreprises devront reconstituer leur stock de palettes et cela ne peut pas se faire du jour au lendemain. Sans compter le risque de voir flamber les prix des palettes neuves et d’occasion, après la crise. Le fait est qu’en utilisant une partie du parc de palettes, on les use plus rapidement. Lors du redémarrage de toute l’industrie, il faudra s’assurer du renouvellement rapide de palettes pour répondre à la demande.
AER Recyclage possède cinq sites de reconditionnement et de stockage à Nantes, Rennes, Angers, Le Mans et Tours. Son activité a été divisée par deux, passant à 12 000 palettes en circulation par semaine. Résultat, trois dépôts fermés et deux sites qui tournent avec 50 % des effectifs : « nous poursuivons notre activité de collecte pour nos clients de l’agro-alimentaire et du médical. En revanche, la collecte semi-professionnelle comme les achats au comptoir, est suspendue, explique Jessica Cuvigny, directrice de AER Recyclage. Le risque, si le ralentissement économique dure trop longtemps, est de se retrouver avec moins de palettes reconditionnées et de devoir basculer sur de la palette neuve, plus chère, d’ici quinze jours ». Cette situation révèle au grand jour l’utilité des palettes d’occasion pour l’économie circulaire, ajoute Jean-Philippe Gaussorgues : « leur réparabilité permet d’allonger leur durée de vie jusqu’à sept ans en moyenne pour la palette Europe. En ces moments difficiles de pandémie, l’activité de réparation se poursuit et permet de maintenir opérationnel tout un pan de l’économie ». En témoigne la plateforme d’échanges de palettes d’occasion MagicPallet crée il y a un an. C’est un changement de rythme radical pour s’adapter aux besoins, principalement ciblés sur l’industrie alimentaire et emballage, selon la direction de MagicPallet. La plateforme est régulièrement contactée le jour-même pour une solution dans les deux heures qui suivent, là où d’habitude, cela s’effectue sur plusieurs jours.
Une note d’espoir au coeur de ce confinement ? Début avril, plusieurs opérateurs ont perçu un frémissement du côté de l’industrie non essentielle. Des entreprises renouent des contacts pour savoir si des palettes sont disponibles pour le transport de leurs marchandises. Des conteneurs bloqués dans les ports pourraient également être traités à court terme. Dans certaines régions, les conditions de recyclage du bois devraient redevenir normales avec la réouverture de quelques plateformes. Enfin, il est question pour les professionnels du bâtiment de reprendre progressivement la route des chantiers. La moitié des négociants en matériaux ont repris en mode dégradé. Est-ce pour autant le signe d’une relance économique à court terme ? Si elle se fait, ce sera sans aucun doute progressif et pas avant le 11 mai 2020, selon le président Macron dans son allocution du 13 avril 2020. Les professionnels de la palette devront donc tenir encore un mois avec l’espoir de voir s’élargir peu à peu leur champs d’action. Côté FNB, on assure la sécurité des adhérents. Une grosse commande de masques doit être livrée cette semaine. Alors que chez nos voisins espagnols, le BTP vient de repartir et que les usines allemandes tournent à régime quasi normal, une nouvelle étape attend fabricants et réparateurs de palettes, celle de préparer la sortie de crise, en évitant la casse.
Crédits : CM, AER Recyclage, Enviris
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