Inciter les collectivités françaises à s’investir dans une démarche d’économie circulaire, c’est l’une des missions prioritaires de l’Ademe qui vient d’inaugurer son programme de labellisation des territoires ECi (économie circulaire). Une première liste de lauréats a été retenue fin juillet 2020 pour ce premier palier, basé sur l’engagement politique. D’autres paliers plus qualitatifs sur la notation et la performance seront déployés en 2021.
Comment définir ou valoriser des actions en faveur de l’économie circulaire dans une collectivité ou un territoire ? Sur quels critères objectifs s’appuyer pour accompagner une agglomération dans sa démarche ? Après la création de labels orientés climat et énergie, l’Ademe est à l’origine d’un nouveau programme de labellisation sur l’économie circulaire. Fin juillet, la liste des premiers lauréats de ce dispositif a été validée par l’Ademe. Ils seront présentés lors des 4e Assises de l’économie circulaire, les 7 et 8 septembre prochains, en tant que précurseurs dans cette démarche. Pour réaliser cette sélection, l’Ademe s’est appuyé sur son centre de ressource économie circulaire et déchets, accessible en ligne sur le site Optigede.
Le volet destiné aux collectivités propose un programme d’accompagnement et de reconnaissance des démarches territoriales en faveur d’une économie circulaire. Dans ce cadre, l’Ademe propose un référentiel d’actions, associé à un tableur complet et opérationnel. En le remplissant, la collectivité peut réaliser un état des lieux de ses actions en faveur d’une politique déchets et économie circulaire, établir une stratégie, suivre dans le temps et mesurer les résultats obtenus dans une optique de progrès et d’amélioration continue. Cet outil a d’ores et déjà séduit de nombreux territoires. Elaboré avec leur aide, le référentiel a été testé entre 2016 et 2019 avant d’être mis à la disposition de tous. Les avantages directs sont nombreux aux yeux des collectivités : « il balaye la totalité des champs de l’économie circulaire et permet d’évaluer les acquis et les marges de progrès. C’est un outil exigent, novateur et transversal et peut s’appliquer à toutes les collectivités quel que soit leur de degré d’implication » explique Eric Buffo, directeur du développement au Smicval.

A partir de cet outil référentiel, l’Ademe a ainsi sélectionné une trentaine de territoires volontaires. Parmi les conditions requises, les candidats devaient être en conformité réglementaire sur les ICPE, impliqués dans une démarche zéro déchet et avoir conduit avec succès un programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés (PLPDMA). Après examen des dossiers, l’Ademe a retenu seize territoires au titre du label « engagé en faveur de l’économie circulaire » : CC du Pays de Lesneven et Côte des Légendes (Bretagne) ; CC Pays d’Iroise (Bretagne) ; Communauté de communes Coeur du var (PACA) ; Cyclad (NA) ; Syndicat du Bois de l’Aumône (AURA) ; Semoctom (NA) ; Smicval (NA) ; ValOrizon (NA) ; Caux Seine Agglomération (Normandie) ; Eurométropole Strasbourg (Grand Est) ; Amiens Métropole (Hauts-de-France) ; Syvedac (Normandie) ; BilTaGarbi (NA) ; CA de Pau (NA) ; Trivalis (Pays de la Loire) ; Cinor (La Réunion).
Nouveaux paliers en 2021
Il s’agit bien sûr d’un premier niveau de reconnaissance, qui ne reflète en aucun cas les meilleurs territoires en matière d’économie circulaire, indique Jerry Schmidt, coordinateur Economie Circulaire au Service des Politiques Territoriales, de l’Ademe. Cela met en lumière ceux qui ont une longueur d’avance et inscrit l’économie circulaire dans leur stratégie politique globale. C’est pourquoi, on retrouve par exemple sur cette liste, cinq territoires de Nouvelle-Aquitaine, l’une des régions françaises les plus impliquées depuis plusieurs années. Les paliers suivants basés sur le score de l’intégralité du référentiel et de la performance seront disponibles en 2021. « Pour l’instant, nous sommes encore dans un processus d’amélioration continue et restons soucieux de garantir une reconnaissance qualitative pour les premiers pas de ce label », explique Jerry Schmidt. Ce premier palier est valable pendant quatre ans, période pendant laquelle le territoire labellisé va pouvoir suivre ses marges de progression et s’investir sur ses points faibles.

Pour certains, c’est surtout une marque de reconnaissance pour un engagement de longue date. C’est le cas du syndicat de traitement des déchets Trivalis en Vendée qui vient de fêter ses dix ans dans le prêt de gobelets réutilisables lors des rassemblements festifs. En 2010, Trivalis a décidé de travailler avec Eco-Cup, jeune société du Gers. Depuis, les événements vendéens ont vu la rotation de près de 1,8 million de gobelets réutilisables, à l’effigie de Trivalis. Les associations et les organisateurs d’événements viennent d’année en année, solliciter le syndicat pour bénéficier des gobelets réutilisables. Le principe du service : Trivalis prête les gobelets, les fait livrer propres avant la fête, les fait récupérer sales après la fête. Rien à laver, rien à stocker chez les organisateurs. Tout gobelet manquant est facturé pour favoriser leur retour.

Engagé dans une politique zéro déchets, le Smicval collecte les déchets sur un territoire de 2000 km² (du Saint-Emilionnais au Blayais). En 2017, le syndicat lance son premier Smicval Market sur la commune de Vayres, concept inédit en France basé sur le don et le réemploi. À la façon d’un supermarché inversé, on donne les objets ou matières dont on n’a plus l’utilité et on prend ce que l’on souhaite, gratuitement. En un an d’activité, ce sont plus de 1000 tonnes de produits ainsi échangés, plutôt qu’enfouis. Encouragé par ce succès, le Smicval va dupliquer cette opération en lançant un Smicval Market à Libourne, sur un terrain de 11 000 m² en remplacement d’une ancienne déchèterie. Plusieurs concertations avec les habitants et riverains ont été organisées en 2019 pour mieux répondre aux questions et aux attentes des citoyens et des collectivités. De nouvelles idées ont émergé pour améliorer le concept, comme la création d’ateliers de réparation, d’expositions, d’espaces de vente (produits en vrac ou up-cyclés), d’espaces de réflexion sur l’économie circulaire. Son ouverture est prévue pour 2022.
Un levier d’attractivité et de soutien
Directeur de ValOrizon (ex-Smicval47), Eric Marty est convaincu que le référentiel va devenir un préalable à toute demande de soutien pour développer l’économie circulaire : « l’Ademe va de plus en plus flécher ses aides vers cette thématique et se servira de cet outil pour évaluer rapidement, les candidats éligibles. Nous avons choisi de saisir cette porte d’entrée, d’autant plus que notre démarche ne date pas d’hier ». Labellisé « Territoire zéro déchet, zéro gaspillage » en 2015, ValOrizon est aujourd’hui investi dans une démarche de gestion innovante des déchets et d’économie circulaire. Dans cette perspective, une feuille de route opérationnelle a été élaborée en 2018 avec l’ensemble des acteurs du territoire et de la filière. Elle engage le syndicat et ses partenaires à développer neuf actions regroupées dans trois thématiques : réduire la production de déchets, améliorer les performances de collecte des déchets en Lot-et-Garonne et déployer des activités économiques sur l’écoparc de Damazan.

Sur cette ancienne friche industrielle rachetée par le syndicat, suite à la liquidation en 2012 de l’usine Xilo France, plusieurs activités de réemploi et de recyclage sont déjà opérationnelles. C’est le cas de Veolia, d’Archi’mède, centre de destruction d’archives médicales, Ecoréso autonomie 47, centre de réemploi d’aides techniques médicales. De nouvelles activités devraient voir le jour sur le site à partir de 2021, comme l’usine de recyclage de matières plastiques, Valoregen, ou encore le centre de tri des emballages ménagers prévu fin 2022. Plus qu’une reconnaissance, cette première labellisation pour ValOrizon apporte une garantie supplémentaire de confiance pour les investisseurs économiques et industriels. « Sur l’écoparc, nous avons créé un écosystème rassurant et attractif. Nous allons désormais poursuivre nos actions en travaillant sur nos points faibles, comme par exemple les achats responsables, l’une des priorités pour l’an prochain » indique Eric Marty.
L’attractivité des entreprises, c’est aussi ce qu’espère Caux Seine Agglo, détenteur du label Territoire ECi. Sur l’axe normand de la Seine, entre Rouen et le Havre, ce territoire de cinquante communes (plus de 77 000 habitants) œuvre pour sa résilience. « Nous sommes situés dans une région au lourd passé industriel (textile et pétrochimie en particulier), ce qui signifie que très tôt les collectivités locales ont travaillé en symbiose avec les entreprises pour améliorer le cadre de vie et réduire l’impact environnemental, explique Pierre Van Caenegem, responsable du Pôle développement entreprises et attractivité chez Caux Seine Développement. Nous travaillons aussi bien à l’échelle industrielle pour soutenir la récupération et l’exploitation de la chaleur fatale, qu’au niveau local avec la mise en œuvre d’unités de méthanisation et le déploiement d’un réseau de ressourceries, de matériaux de réemploi et de circuits courts ». Organisateur des trophées du développement durable et reconnu Cap Cit’ergie en 2014, ce territoire normand souhaite désormais jouer un rôle actif dans l’économie circulaire. Le référentiel a révélé plusieurs actions à succès mais aussi des pistes à creuser pour améliorer le score, ajoute Camille Brou, chargée de mission territoires d’industrie chez Caux Seine Développement. Au cours des prochaines années, l’économie de la fonctionnalité, secteur toujours sous-estimé au plan national, devrait être au coeur des futurs projets de Caux Seine Agglo.
Crédit : Trivalis, Smicval, Studio Huon Caudebec en Caux (couverture : Boucle de la Seine)
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