Renforcer la collecte séparée de papiers et de cartons pour améliorer la qualité et optimiser leur recyclage, c’est l’objectif de la commission européenne. En 2015, elle a financé le projet ImpactPapeRec, à travers le programme Horizon 2020. Il a permis à plusieurs Etats membres de confronter leurs approches, avant d’envisager une harmonisation des bonnes pratiques à l’échelle de l’UE. Témoignage du partenaire français du projet, Trivalis, syndicat mixte de traitement des déchets en Vendée.
Le projet ImpactPapeRec a rassemblé un consortium de 19 partenaires* provenant de 8 pays (Autriche, Belgique, Bulgarie, France, Allemagne, Pologne, Roumanie et Espagne). Pendant trois ans, visites de sites et assemblées générales se sont succédées pour échanger, partager les expériences et les propositions sur les meilleures pratiques possibles à mettre en œuvre dans la filière papiers. La commission européenne qui a financé ImpactPapeRec, se servira des retours d’expérience pour prendre ses décisions sur la gestion des flux de papiers en Europe.
L’un des représentants de la France, Trivalis, est le syndicat mixte départemental d’études et de traitement des déchets ménagers et assimilés de Vendée. Luc Guyau, son vice-président a suivi les travaux de bout en bout. La première grande difficulté à surmonter selon lui, a été d’harmoniser la terminologie employée. Le vocabulaire anglais utilisé dans la filière de gestion des papiers et cartons ne couvrait pas toujours les mêmes produits ou procédés d’un pays à l’autre. Une fois cet obstacle passé, le projet a en outre permis à chaque partie prenante de se faire connaître par-delà ses frontières.
Le champion français du recyclage

Pour Trivalis, c’est aussi une chance de mettre en avant un savoir-faire et de le valoriser à l’échelle territoriale et nationale. « Nous avons désormais plus de poids pour négocier avec nos partenaires comme Citeo, mais aussi avec les syndicats territoriaux en charge de la collecte, estime Luc Guyau. En Vendée, la gestion des emballages se veut exemplaire, avec un taux de recyclage de 70 %, dépassant la moyenne nationale ». Luc Guyau ne cache pas sa satisfaction face aux performances de la collecte et de recyclage dans son département. « Nous avons fait l’effort de séparer les papiers (journaux magazines et papiers graphiques) des autres flux cartons et autres emballages valorisables. Cette pratique en vigueur depuis le 1er janvier 2017 s’inscrit dans le cadre d’un investissement important dans un nouveau centre de tri, Vendée Tri, inauguré en octobre 2017. D’une capacité de 30 000 t/an, il pourra d’ici à l’été, absorber les différents flux et les traiter en vue d’une meilleure qualité ».
Plus de 70 % de fibreux recyclés
Au-delà des spécificités et des performances du partenaire français, les enjeux pour la filière papiers et cartons en Europe s’avèrent plus que jamais déterminants. La production de ces matières s’élèvent à plus de 90 millions de t/an sur le marché européen. En 2015, date de lancement du projet, la consommation de papiers et cartons était de 82.5 millions de tonnes. Sur ce gisement, 71,5 % ont été recyclés, soit 59 millions de tonnes, provenant de l’industrie, des bureaux et des ménages. La contribution des vieux papiers à recycler dans l’industrie papetière européenne est passée de 25 millions de tonnes en 1991 à 47,7 millions de tonnes en 2015. Le reste, soit environ 10 millions de tonnes, est exporté vers l’Asie. Jusqu’en janvier, où la situation du grand export vers la Chine a radicalement changé. Certains flux en mélange ne sont désormais plus acceptés.
Le projet européen met par ailleurs en évidence des écarts de recyclage liés notamment à la qualité de la collecte. Si dans une quinzaine d’Etats membres, le recyclage est supérieur à 70 %, une dizaine de pays en Europe centrale et de l’Est se trouvent sous la barre des 60 %. La raison ? Des flux de papier collectés en mélange avec d’autres emballages, difficilement recyclables. La fermeture de la Chine vient s’ajouter à ces difficultés : que faire de la fraction de papiers mêlés exportée auparavant et estimée à plusieurs milliers de tonnes (dont 300 000 tonnes environ en France) ?
Collecte séparée nécessaire

Le projet européen semble trouver sa place dans cette cacophonie. Il confirme la pertinence de renforcer la collecte séparée pour obtenir de meilleures qualités, affirme Ulrich Leberle, directeur matières premières au Cepi (confédération des industries papetières européennes) : « Nous estimons que les mesures d’interdiction chinoises confirment l’approche qui consiste à améliorer les systèmes de collecte et donc la qualité des vieux papiers en sortie de centre de traitement. Une collecte séparée du flux fibreux est une nécessité qui a été identifié par l’industrie du papier depuis longtemps. Ceci est maintenant illustré car les qualités de vieux papiers sous pression actuellement sont notamment les qualités provenant de collectes mixtes avec les autres emballages ». En attendant la publication des bonnes pratiques et leur mise en application, les stocks de papiers risquent de gonfler ou de finir pour partie, incinérés ou enfouis. Car pour l’industrie papetière, pas question d’intégrer des matières qui ne répondraient pas aux standards.
Les attentes relatives à ce projet sont claires : contribuer à plus de recyclage et à la production de flux fibreux de meilleure qualité, pour être recyclés à l’échelle d’un pays ou de l’Europe. « La Chine est venue nous démontrer qu’il vaut mieux recycler sur notre propre territoire, explique le vice-président de Trivalis et soigner sa collecte pour une plus grande qualité et un meilleur prix de vente ». L’enseignement est double, ajoute celui qui fut président de la fédération nationale agricole FNSEA jusqu’en 2001 : « il faut être de plus en plus autonome et s’adapter en permanence face à un marché mondial en constante évolution ».
Crédit : Trivalis, DR
* Collectivités : Sfantu Gheorghe, Mihai Viteazu, Dupnitsa, Mezdra, Trivalis ; industriels : Saica, Hamburger Recycling, Stora Enso, Tega ; associations : ACR+, EEB, Itene, PTS ; distributeur : Carrefour Espagne ; Propakma, Fenix Dupnica ; DIN ; Citeo ; Cepi.
En plus :
Le projet ImpactPapeRec a été clôturé lors d’une conférence finale à Bruxelles le 24 janvier dernier. Rassemblant plus de 80 professionnels du déchet, de l’industrie papetière et des collectivités, cette rencontre a été l’occasion de présenter un fascicule de bonnes et meilleures pratiques pour les collectivités, ainsi qu’un récapitulatif des définitions des termes utilisés dans la filière (types de matières, de collecte et de conteneurs à déchets). Il est disponible sur le site du projet ImpactPapeRec
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