Le Cyclad, territoire d’innovation en économie circulaire

Une collecte des biodéchets en test avec Brangeon

Inscrit dans la première vague des territoires « zéro déchet zéro gaspillage » et parmi les pionniers de l’extension des consignes de tri lancée par Citeo, le Cyclad roule depuis plus de dix ans pour l’économie circulaire. Desservant 230 communes au nord de la Charente-Maritime, le syndicat mixte de traitement gère en moyenne 150 000 t/an de déchets. Son objectif : devenir un laboratoire d’innovation pour mieux valoriser certains flux et créer des synergies entre les acteurs locaux.

C’est au coeur d’un territoire peuplé de 240 000 habitants, que le Cyclad collecte, trie et contribue à la valorisation de quelque 150 000 tonnes de déchets par an. « Nous avons adopté l’économie circulaire avant l’heure, avoue Etienne Vitré, directeur du Cyclad. Il y a douze ans, deux projets d’unité de valorisation énergétique étaient à l’étude, mais avant de les lancer, nous avons décidé de mettre tous les moyens en place pour réduire les déchets au maximum ». Aujourd’hui, la prévention gagne du terrain. Labellisé territoire « zéro déchets, zéro gaspillage » en 2014, le Cyclad vise en 2020, l’objectif de 165 kg d’ordures ménagères par an et par habitant (contre 172 kg en 2017) , et 100 % des foyers équipés pour la collecte des biodéchets. Pour l’heure, le syndicat semble sur la bonne voie. Entre 2014 et 2017, la production d’ordures ménagères a diminué de 22 kg par habitant. Première opération à fort impact : le compostage des déchets verts touchant 65 % des habitants. Trois plateformes dédiées ont été créées pour recevoir ces flux.

La collecte de coquilles devrait passer à 100 tonnes cette année

Dans le même temps, les emballages ont augmenté de 13 kg grâce à la collecte incitative. Dans le cadre d’un programme de rénovation de ses 26 déchèteries, le Cyclad a décidé de multiplier les collectes séparées de déchets. C’est ainsi qu’est née en 2013 la première filière de traitement de coquilles d’huîtres. L’élément déclencheur a été la demande locale. « Nous avons constaté qu’une entreprise de notre territoire , Ovive, importait des coquilles de Bretagne pour produire ses compléments alimentaires destinés à l’élevage. Incroyable quand on sait que la consommation et la production locale de coquilles pouvaient faire l’affaire » s’étonne Etienne Vitré. Depuis, le Cyclad a mis en place des bacs dédiés et organise deux grandes collectes par an. « Nous avons commencé avec six tonnes de coquilles et cette année, la collecte pourrait dépasser 100 tonnes. Cette démarche a surtout montré que nous connaissions très mal les acteurs économiques de notre territoire », avoue Etienne Vitré. De la même façon, en se rapprochant de l’usine Lafarge voisine, le Cyclad a initié la toute première collecte séparée de déchets de plâtre en bennes fermées, pour garantir un seuil de qualité. Après quelques modifications de process, l’industriel a pu reprendre ce flux de qualité, qui pourrait atteindre en 2018, près de 700 tonnes.

Laboratoire d’innovation

 

Pour le directeur du Cyclad, la présence d’entreprises susceptibles de recycler localement certains déchets a conduit à franchir une nouvelle étape. Celle de créer il y a un an, le Cyclab, laboratoire d’innovation en économie circulaire. « Nous partons du constat, que nous ne connaissons pas tous les acteurs du territoire et qu’ensemble, des pistes de valorisation de proximité et à forte valeur ajoutée sont possibles ». Pendant 18 mois, trois personnes à plein temps ont sillonné le territoire pour rencontrer les CCI, les CMA et les clubs d’entreprises. Au termes d’échanges avec plusieurs entreprises ou start-up innovantes, des passerelles se sont construites pour mieux valoriser les déchets.

Le jeu de quille Douze Pieds

Une cinquantaine de projets sont à l’étude et un prix Cyclab pourrait prochainement récompenser les plus innovants. Parmi les expériences les plus audacieuses et à forte valeur ajoutée, la production de bière locale à partir de pain dur, lancée l’été dernier. Le gisement représente environ 1000 t/an. Grâce à la mise en relation d’un boulanger bio et d’un brasseur local, le pain dur invendu vient remplacer une partie du malt dans la fabrication d’une bière artisanale très prisée. Dans un autre registre, le Cyclab est à l’origine d’un jeu de quilles éco-conçu baptisé le Douze Pieds. Conçu par l’association d’éco-design La Matière et fabriqué par des structures locales, à partir de pieds de meubles ou de chaises récupérés, il est depuis un an, vendu en ligne par la Camif.

Le point commun entre toutes ces actions : permettre à des déchets ou des objets de ne pas finir enfoui ou incinéré, ou de bénéficier d’une autre forme de valorisation que la filière classique du recyclage. C’est le cas par exemple du mobilier en fin de vie. Le Cyclad et son laboratoire ont imaginé un nouveau module pour ses déchèteries, accueillant des objets mis au rebut par les habitants, mais réutilisables. La CyclaB’Box a été inaugurée cet automne dans l’une des déchèteries du syndicat.

La Cyclab’box est duplicable dans toutes les déchèteries

En forme de conteneur maritime ouvert, elle abrite des meubles, de la vaisselle, de la décoration, des livres, des jouets ou des accessoires de sport. Ces objets sont sélectionnés par l’agent de déchèterie et peuvent être récupérés par des particuliers. En 2017, les 26 déchèteries du nord-est de la Charente-Maritime gérées par le Cyclad ont accueilli 45 000 tonnes de matériaux. 71 % de ce gisement est trié et recyclé comme le bois, le plâtre, les métaux, le reste est enfoui. La CyclaB’Box peut être dupliquée et permet de réduire ce volume en lui offrant une seconde vie. Dans un second temps, le Cyclad envisage de créer une matériauthèque pour accueillir et mettre à disposition des bricoleurs, des matériaux de déconstruction réutilisables.

Collecte de biodéchets en bi-flux

 

Tous les moyens sont bons pour réduire la poubelle grise, à condition bien sûr de ne pas augmenter le prix du service rendu aux citoyens. « Sur notre territoire, ce coût s’élève à 78 euros par an et par habitant, contre une moyenne nationale de 113 euros (chiffres 2014), explique Etienne Vitré. Tous les efforts d’amélioration seront par conséquent garantis à coût constant ». La mise en œuvre d’une prochaine collecte bi-flux biodéchets et emballages n’échappe pas à la règle. Cette innovation est née d’un constat alarmant. En réalisant une caractérisation des flux de déchets en 2017, le syndicat de traitement déplore le niveau élevé des fermentescibles, de l’ordre de 35 %, et ce malgré la mise en place d’opérations de compostage.

Une seule tournée par semaine pour collecter les biodéchets et les emballages

Pour remédier à cette situation, le Cyclad a lancé un test de collecte des biodéchets en porte-à-porte avec le soutien de l’Ademe, de l’opérateur Brangeon, spécialiste de la collecte à chargement latéral et du fabricant de bacs Plastic Omnium. Sur le territoire géré par le Cyclad, l’organisation de la collecte des déchets est désormais totalement remise à plat. L’objectif est simple : ramasser une fois par semaine dans un conteneur compartimenté, emballages triés (hors verre) et biodéchets. La poubelle grise fortement amaigrie ne devrait être collectée que toutes les deux semaines. Le bac bi-flux est recueilli par un camion benne adapté. Brangeon a sollicité le constructeur Eurovoirie pour mettre au point ce type de véhicule afin de garantir une vraie séparation des déchets. Brangeon propose la collecte en chargement latéral depuis douze ans sur le territoire rural et semi-rural du grand Ouest. Cette opération menée avec le Cyclad permet d’optimiser la collecte en levant deux flux en une seule tournée. A la clef : une réduction des tournées des BOM et moins d’accidents en l’absence de ripeurs derrière le camion benne.

Le projet montre déjà sa viabilité

Les bornes d’apport volontaire en biflux sont accessibles par badge personnalisé

Les tests sur les biodéchets sont menés jusqu’en mai 2019. L’expérience a débuté avec 35 professionnels de la restauration à Surgères, puis récemment avec la collecte en bi-flux de 200 foyers. Des essais sont réalisés en parallèle dans les hypercentres urbains grâce à l’aménagement de bornes en apport volontaire badgées. A ce jour, près de 800 personnes y sont inscrites. Pour éviter une hausse des coûts, place à l’optimisation grâce à un seul passage de camion sur l’ensemble des points de collecte et l’emploi d’une seule personne, le chauffeur du camion. Les volumes de biodéchets et emballages sont estimés sur le territoire à 50 kg/an et par habitant. Si aujourd’hui, le Cyclad est tenu à une clause de confidentialité avec l’Ademe sur la viabilité du dispositif, Etienne Vitré ne trahit pas de secret lorsqu’il assure que le projet a déjà montré toute sa pertinence environnementale et économique.

Collecte dans un conteneur bi-flux

A la collecte séparée des biodéchets, s’ajoute un projet agricole de méthanisation d’une capacité de 40 000 t/an. Le chantier est soutenu par l’Ademe. Il devrait démarrer début 2019 et s’achever dans un an. Les objectifs visés : produire du biogaz, alimenter la flotte de camions de collecte, et remplacer les intrants chimiques par les résidus de méthanisation pour l’épandage des terres agricoles locales. En attendant, les flux collectés seront dirigés vers les plateformes de compostage SPA 3, autorisées à les traiter.

Les pistes développées et encouragées par le Cyclad depuis plus de dix ans, renvoient une image positive aux habitants de la région, soutient Etienne Vitré : « il faut donner une direction claire dans ce que nous réalisons pour favoriser l’adhésion de tous. Cela est vrai, tant au niveau d’un territoire que sur le plan national. La hausse de la TGAP et la mise en œuvre de la FREC sont des facteurs incitatifs forts pour la gestion des déchets ». Par contre, tant que 70 % des recettes issues de la TGAP continueront d’alimenter le budget général et non les investissements pour la transition écologique, la politique de l’État ne sera ni lisible, ni crédible, assure-t-il.

Crédits : Brangeon, Cyclad

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article