Attendu avec impatience, le plan de relance a été présenté par le gouvernement le 3 septembre 2020. Après la pandémie du Covid, l’État français veut redonner un second souffle à l’économie, mais pas de n’importe quelle façon. La transition écologique en sera le fil conducteur. Pour mener cette relance sur la période 2020-22, un budget de 100 milliards d’euros est prévu dont une enveloppe de 30 milliards à l’écologie. Mais dans ce panier, l’économie circulaire n’est dotée que de 500 millions d’euros et se résume principalement au réemploi, au recyclage et à la réduction des plastiques.
L’écologie sera la trame du plan de relance de l’État français au cours des deux prochaines années. Un sujet majeur selon le Premier ministre, Jean Castex. Epaulé par des contributions européennes à hauteur de 40 milliards d’euros, c’est au total un budget de 100 milliards d’euros attribués à l’industrie, aux territoires et aux citoyens salariés et précaires. Pour le président Emmanuel Macron, la France de 2030 devra être plus verte et plus respectueuse du climat. Cela devra passer par une accélération de la conversion écologique de l’économie et du tissu productif. Le plan de relance met ainsi l’accent sur la décarbonation et la compétitivité de l’industrie avec une volonté de relocaliser certains secteurs d’activité, pour créer de l’emploi et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

L’État devrait compenser notamment l’écart de coûts éventuels entre la chaleur produite à partir d’énergie bas carbone (biomasse ou combustible solide de récupération) et les solutions fossiles sur une période pluriannuelle. Sur le plan de la compétitivité, la question de l’indépendance industrielle vis-à-vis des ressources est un enjeu crucial. Annoncée comme priorité numéro un de ce plan de relance, l’écologie affiche un petit tiers du budget, soit 30 milliards d’euros, derrière la volet compétitivité (34 milliards d’euros) et le volet cohésion (36 milliards d’euros). Mais pour Barbara Pompili, ministre de l’Ecologie, il n’y a jamais eu autant de moyens consacrés à la transition écologique pour relancer la machine française, sinistrée par la crise sanitaire et trois mois de confinement. Car l’écologie est partout, non seulement dans la rénovation énergétique des bâtiments mais aussi dans les formations professionnelles, le soutien aux plus précaires, ou encore la modernisation des hôpitaux et de l’industrie en général.
L’ESS compte dans la relance
C’est dans ce sens que l’Etat veut accorder une attention toute particulière, à l’économie sociale et solidaire souvent associée aux secteurs du réemploi et de la réparation. « Les structures de l’économie sociale et solidaire ont un rôle de premier plan dans l’économie circulaire, l’insertion ou encore l’agriculture et l’alimentation de qualité. Cela s’est vu au plus fort de la crise et sera pris en compte dans la relance. Les acteurs de l’ESS participent à la résilience de l’économie française. Ils contribuent au développement d’un nouveau modèle de croissance. Ils seront un relais essentiel pour accompagner la transition écologique » a souligné Barbara Pompili, à l’occasion d’une visite dans une ressourcerie parisienne, La petite Rockette.

Sur ce lieu de vente solidaire, qui abrite également un café atelier et un restaurant anti-gaspillage, l’environnement n’est pas forcément un critère d’achat prioritaire. Le réemploi y contribue mais surtout permet à des familles de boucler les fins de mois. Pendant la crise sanitaire, ces structures ont souffert en raison de leur fermeture et manque à gagner, car elles reposent avant tout sur une activité économique. Les acteurs du réemploi et de la réparation comptent sur un soutien approprié et réaliste des pouvoirs publics. Face à cette demande, le plan de relance entend bien apporter une réponse concrète, en plus de l’aide d’urgence de 10 millions d’euros débloquée pour permettre à quelque 300 structures de passer le cap de la crise sanitaire. A la clef, il s’agit de pérenniser environ 34 000 emplois locaux en France et plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires. Les pouvoirs publics entendent par exemple soutenir les ressourceries pour accroître la capacité de réparation et de remise des objets à disposition, en vue d’allonger la durée de vie et réduire la consommation de ressources.
Abondement du fonds économie circulaire
Ainsi sur les 30 milliards d’euros réservés à l’écologie, 500 millions d’euros seront orientés sur économie circulaire et les circuits, en ciblant trois thématiques : le réemploi, le recyclage et la réduction des plastiques à usage unique. Ce budget accordé sur deux ans abonde le fonds économie circulaire de l’Ademe – qui tourne autour de 160 millions d’euros chaque année depuis 2018. Cette relance se traduira principalement sous forme d’aides financières dans le cadre d’appels à projets. Ce budget se divise en deux partie : le réemploi et la réduction des plastiques ; l’amélioration du tri et la valorisation des déchets. Sur le premier volet, 226 millions d’euros seront répartis de la manière suivante : le réemploi à travers un soutien au développement des ressourceries et la réduction ou substitution des emballages plastiques à usage unique (40 millions) ; l’incorporation de matières plastiques recyclées (140 millions d’euros pour les investissements des entreprises) ; 5 millions pour accélérer la REP avec une aide à la traçabilité dans la filière bâtiment ; 21 millions d’euros pour le soutien à la réparation et aux ressourceries en vue du réemploi ; 4 millions d’euros pour accompagner la filière plastique dans cette démarche. L’objectif étant d’incorporer 700 000 tonnes de matières recyclées supplémentaires d’ici à 2022. Plus précisément, le recyclage du plastique se traduira par une aide financière aux études et tests de faisabilité de l’incorporation de matières plastiques recyclées pour les entreprises qui n’en intègrent pas ; une aide aux entreprises pour adapter leurs procédés industriels ; une aide à l’approvisionnement de tonnes de matières plastiques recyclées à travers un soutien direct au fonctionnement des plasturgistes et transformateurs ; un soutien à la R&D du recyclage chimique des plastiques.

Le second volet porte sur 274 millions d’euros. Il se décline comme suit : 84 millions d’euros pour le tri des déchets recyclables via le tri sélectif sur voie publique et la modernisation des centres de tri ; 80 millions d’euros sur deux ans pour soutenir les installations de production d’énergie à partir de CSR ; 100 millions d’euros pour investir dans des équipements facilitant le tri à la source, la collecte et la valorisation des biodéchets ; 10 millions d’euros pour l’acquisition d’un banaliseur (équipement de broyage et de traitement des Dasri) par un établissement de santé. Les enjeux portent concrètement sur la valorisation supplémentaire de près d’un million de tonnes de CSR par an ; le déploiement du tri des biodéchets pour 5 à 6 millions d’habitants supplémentaires ; l’acquisition d’une centaine de banaliseurs afin d’équiper une trentaine de sites répartis sur l’ensemble du territoire français. Autant d’actions annoncées qui existent déjà, dans un cadre réglementaire européen ou législatif contraignant. Dans ce contexte, rien de nouveau sous le soleil, que de la continuité. Seul point positif, le doublement des soutiens financiers pourrait en revanche contribuer à servir de levier et à booster les performances de tri, de recyclage et du réemploi, toujours à la traîne.
Crédit : CM
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