Les établissements de cure thermale s’intéressent à leurs calories. En France, quelque 90 stations thermales sont en activité ; la plupart utilisent des eaux chaudes ou très chaudes dont la température dépasse 60°C. Ce surplus de chaleur peut alimenter des bâtiments internes et des infrastructures communales. De quoi réaliser des économies sur la facture énergétique et réduire ainsi l’emploi de combustibles fossiles. A Evaux-les-Bains, un projet d’exploitation de ce type verra le jour l’an prochain, à l’occasion de travaux de rénovation.
Ses eaux thérapeutiques et chaudes sont indiquées dans le traitement des affections articulaires, en phlébologie et en gynécologie. A Evaux-les-Bains, unique station thermale du Limousin, les thermes de 1000m2 sont connues depuis l’antiquité. Chaque année, ses eaux bienfaisantes attirent environ 4000 visiteurs pour un séjour moyen de 18 jours de mars à octobre. La station est exploitée par une Société d’économie mixte (SEM), concessionnaire de l’ensemble du complexe thermal depuis vingt ans. Elle dispose en outre d’un hôtel restaurant et d’un centre de bien-être. Construit dans la seconde moitié du XIXe siècle, le grand hôtel d’Evaux-les-Bains a conservé ses belles façades colorées, mais l’intérieur doit être rénové tout comme la cour extérieure des thermes où se trouve une piscine et le centre de bien-être. Au programme : modernisation, agrandissement et embellissement du bâti, pour un coût total de six millions d’euros environ. Les travaux devraient débuter l’an prochain, avec une inauguration prévue en 2022.

Dans le cadre de cette rénovation, la dimension économie circulaire sera également au coeur des priorités avec un projet de récupération des calories provenant de la chaleur des eaux thermales : « nous possédons deux forages artésiens d’où sortent de l’eau à 60 °C, à un débit de 13 m³ à l’heure. Nous sommes obligés de refroidir cette eau autour de 30 °C pour prodiguer les soins, explique Bruno Papineau, président de la SEM et maire d’Evaux-les-Bains. Chaque curiste consomme en moyenne 600 litres d’eau. Pour ce faire, la station utilisait jusque-là des tours de refroidissement fonctionnant à l’électricité et avec l’eau de la ville. L’objectif est de basculer vers un système d’échangeur pour isoler les calories non utilisées et les récupérer grâce à un fluide caloporteur ». Ce dispositif vise à remplacer le gaz, utilisé aujourd’hui pour maintenir hors gel plusieurs bâtiments pendant l’hiver (Thermes, hôtel, centre d’hébergement), mais aussi ajouter quelques degrés à l’eau de la piscine thermale en saison qui passerait à 34°C, et chauffer la piscine intercommunale pendant toute l’année. Les infrastructures consomment à l’heure actuelle autour de 80 tonnes de gaz propane par an. Le projet permettrait de réduire ainsi cette consommation à 25 tonnes par an.
Passer le cap lors de rénovations
Premier constat, le potentiel géothermique récupérable sur les ressources thermales d’Evaux-les-Bains pour une utilisation avant les soins est estimé à un peu plus de 9000 kWh par jour. Ce qui correspond à 382 convecteurs électriques de 1000 W, fonctionnant pendant 24 heures. Soutenu par la région, la banque des territoires et les élus locaux, le projet de récupération de chaleur s’avère indispensable pour la pérennité de notre station, avoue Bruno Papineau qui espère dans un second temps passer à une autre étape, celle plus compliquée de récupérer une dizaine de degrés supplémentaires à partir des eaux de soins rejetées à 28°C. Cela nécessitera de stocker cette eau dans des bacs tampons et de mettre en place une autre forme de technologie. Mais le jeu en vaut la chandelle puisque le potentiel récupérable sur les eaux de rejet tourne autour de 5300 kWh par jour, soit l’équivalent de 223 convecteurs électriques de 1000 W.

Ces investissements ne sont plus isolés, confirme Rachid Ainouche, président de l’AFTH (association française des techniques hydrothermales) et directeur général des Thermes de La Roche-Posay : « Si la configuration géographique est favorable, c’est bien souvent lors des travaux de réhabilitation et de rénovation, que les stations thermales entreprennent ce type d’aménagement ». Parmi les stations pionnières sur la récupération de chaleur en interne, figure celle de Saint-Gervais en Haute-Savoie en 2012. Cette installation de géothermie est dotée d’une gestion informatique centralisée. Le dispositif permet de chauffer l’ensemble du bâtiment, l’eau sanitaire, de maintenir à température l’eau des bassins intérieurs et extérieurs. L’installation permet enfin une économie annuelle importante et évite le rejet d’environ 200 tonnes de CO2 dans l’atmosphère.
Economies de l’ordre de 40 à 50 %
Dans une station thermale, le budget consacré à l’énergie arrive en seconde position après le bâti. Quelle que soit la température de l’eau captée, les établissements doivent consommer de l’électricité et des combustibles fossiles pour refroidir leurs eaux thermales et hyper-thermales (supérieures à 50°C) ou les réchauffer pour de l’eau thermale qui jaillit entre 13 et 24°C. Généralement pour des raisons réglementaires imposant une température limite lors des rejets dans la nature (20°C maximum), l’eau chaude excédentaire est redistribuée en interne pour les soins et aide au préchauffage des installations en substitution d’une énergie classique. Toutefois depuis dix ans environ, on assiste à une autre pratique plus favorable à l’exploitation intelligente des calories en trop et non utilisées jusqu’alors. C’est souvent à l’occasion de travaux de rénovation, que les stations thermales basculent vers la géothermie. Amortis en une dizaine d’années en moyenne, ces investissements limitent non seulement la consommation de combustibles fossiles mais contribuent aussi et surtout à réaliser entre 40 et 50 % d’économies.
Depuis quelques années, d’autres projets ont été lancés ou sont en cours. C’est le cas des Thermes de Dax dont l’intégration en zone urbaine dense va permettre une mise en commun du réseau de géothermie avec la piscine et le gymnase de la ville. Pour les Thermes de la Roche-Posay, en Vendée, un projet de préchauffage est envisagé grâce à de la récupération calorifique. Les bassins tampons nécessaires à ces nouveaux systèmes demandent des investissements non négligeables mais accessibles. « On observe également depuis une quinzaine d’années, un développement de technologies plus performantes et sûres, ce qui encourage à faire évoluer les pratiques, explique Rachid Ainouche. Sans compter que ces investissements sont souvent aidés par les collectivités locales et les régions qui perçoivent des avantages en termes de création d’emplois, d’attractivité économique et de performance environnementale ».
A savoir :
La France recense quelque 90 stations thermales et plus de 700 sources d’eau minérale naturelle, soit 20% du capital thermal européen, selon le CNETH (Conseil national des établissements thermaux). En 2019, les stations ont accueilli 600 000 curistes. Ce secteur d’activité concerne environ 100 000 emplois.
Crédits : P.Guillen, S.Thirion, B.Papineau
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