Ecogem, bras armé d’ecosystem pour le réemploi du GEM

130 000 appareils en transit sur le site parisien depuis 2023

Après le lancement d’un premier site de regroupement du gros électroménager usagé à Nice en 2022, Ecogem a installé un nouvel atelier à Paris il y a un an. Son activité, soutenue et financée par l’éco-organisme ecosystem vise à renforcer le réemploi des équipements, provenant des plateformes de distribution et des particuliers. La densité urbaine de l’Ile-de-France lui permet de traiter en moyenne 10 000 appareils par mois, dont un sur trois est destiné aux structures de l’ESS pour réemploi.

Sous la rocade de Bercy, au cœur des embranchements du périphérique et de l’autoroute, les anciens entrepôts logistiques de Geodis de 4000 m² accueillent depuis un an, des milliers de lave-linge, lave-vaisselle, cuisinières et réfrigérateurs en transit. A la tête d’Ecogem, Ahmed Chaïeb surveille les aller-retour des camions chargeant et déchargeant leur marchandise à un rythme soutenu et selon un planning bien défini. Depuis 2023, ce sont environ 130 000 équipements passés entre les mains du site parisien, soit 10 000 par mois. Et cela ne fait que se renforcer. Accompagnée et financée par ecosystem, cette activité permet de massifier une bonne partie du gros électroménager usagé dans le cadre d’une collecte préservante. Objectif : optimiser la valorisation de ce flux en réemploi.

Ahmed Chaieb, président fondateur d’Ecogem

Deux sources d’approvisionnement du GEM pour Ecogem : la distribution via deux plateformes Darty situées à Sucy-en-Brie (Seine-et-Marne) et Chilly-Mazarin (Essonne) ; le reste étant pourvu à travers la plateforme digitale « www.jedonnemonelectromenager.fr » créée par l’éco-organisme en 2021. Ce canal de collecte monte en puissance, après une expérimentation dans les Hauts-de-Seine et en 2023 à Paris, il couvre désormais toute l’Ile-de-France, la région de Nice et de Cannes ainsi que l’agglomération lyonnaise. « C’est un enjeu fort pour capter les flux en bon état dans l’habitat urbain et permettre une valorisation optimale en réemploi. C’est pourquoi nous souhaitons encourager ce type de collecte par le biais d’une nouvelle campagne de communication auprès des citoyens parisiens, lancée le 2 décembre 2024 » souligne Erwan Kerboul, en charge des solutions chez ecosystem. Pour récupérer un maximum d’appareils, cette collecte autorise également la prise en compte du gros PAM (Petit Appareil Ménager), soit au total 12 catégories de produits.

Un appareil sur trois est destiné à l’ESS

 

Chez Ecogem, 30 % des équipements proviennent du site internet ecosystem pour les particuliers ; 70 % des deux plateformes de distribution. Aujourd’hui, les invendus et les pannes à la mise en service, non considérés comme des déchets sont conservés par la distribution qui peut les revendre à des brokers. Si Ecogem accepte du GEM froid, il n’intervient pas dessus, pour des raisons techniques et de sécurité liées à la présence de gaz. Dans son atelier de remise en état, l’entreprise emploie 60 personnes présentes sur toute la chaîne afin d’orienter les appareils en réemploi solidaire ou en recyclage. Un premier retour d’expérience sur l’activité montre qu’un appareil sur trois est destiné à l’ESS, ce qui ne garantit pas un réemploi systématique.

Réception des appareils sur le site parisien, suivi d’un premier tri selon l’état du matériel

A réception du matériel, le pesage est un passage obligé pour la traçabilité et alimenter les données de l’éco-organisme. Les flux sont immédiatement classés par grade (marque, niveau de dégradation, ancienneté, esthétique etc.). « Avec un peu de recul, nous observons qu’un appareil de lavage ou de cuisson a un âge moyen de fonctionnement de 14 ans » souligne Sophie Di Fraia, en charge de l’exploitation chez ecosystem. A ce moment du parcours, l’atelier de réparation entre en jeu. Les lavage-linge sont branchés en eau et en électricité sur une première zone de diagnostic. Plusieurs cycles de lavage et d’essorage sont menés. Même opération côté appareils de cuisson pour évaluer les pièces de résistance et l’origine de la panne ou la pièce à remplacer. « Nous constatons bien souvent que la carte électronique est la première cause de dysfonctionnement. C’est un composant cher à la base que l’on peut récupérer sur plusieurs appareils non réparables. Nous captons ainsi un maximum de pièces détachées que nous stockons. De cette façon, nous pouvons assurer le réemploi du gros électroménager et anticiper dès le diagnostic, notre capacité à remettre en état un appareil. Ce qui fait qu’en moyenne, un équipement non réparable peut en sauver deux » insiste Ahmed Chaïeb. Les appareils désossés sont eux dirigés vers la filière de recyclage.

Envie et Emmaüs principaux bénéficiaires

 

Première étape sur le diagnostic de la panne et de l’usure des pièces

Lorsqu’il y a un changement de pièce, de nouveaux tests sont effectués pour garantir le bon fonctionnement du lave-linge, sèche-linge, lave-vaisselle ou cuisinière. Ecogem répond à deux besoins distincts dans le domaine du réemploi solidaire : d’un côté, les équipements destinés au réseau Envie qui se charge lui-même de la réparation. Envie s’approvisionne également directement auprès des plateformes Darty franciliennes à Mitry-Mory et Bezons. Dans ce cas, Ecogem assure uniquement un diagnostic sur la réparabilité et les pièces d’usure à changer. Chez Envie, on déplore malgré tout, plusieurs appareils non réemployables. Au mieux, le réseau récupère les pièces détachées en bon état. Le reste est ensuite repris par écosystem pour un recyclage. De l’autre côté, les appareils acheminés dans les boutiques Emmaüs France sont réparés par Ecogem car pour l’instant, Emmaüs ne dispose pas d’atelier réparation (en projet). Actuellement, 80 % du gisement s’adresse à Envie contre 20 % environ pour Emmaüs. Quelques flux sont également adressés à des entités locales bénéficiant du fonds réemploi comme Murfy et Doneo qui réparent dans leurs propres ateliers. « Nous nous adaptons aux cahiers des charges des différents acteurs du réemploi et à leur capacité de réparer ou pas. Les appareils sont aussi orientés selon le profil des clients de chaque structure. Toutes ces données sont enrichies au fur et à mesure du temps et permettent d’affiner nos opérations et de mieux connaître les structures de l’ESS ». Au total, les étapes de diagnostic représentent 30 minutes sur un appareil et la réparation elle-même dure en moyenne 10 minutes.

Dans le cadre du fonds réemploi, l’éco-organisme ecosystem a attribué en 2023 une enveloppe de 12 millions d’euros à l’ESS, et le même montant en 2024. Ce soutien est financé par les éco-contributions des metteurs en marchés à hauteur de 5 %.

Les élèves en formation passent à la pratique dans l’atelier de désossage pour identifier les pièces détachées

« Comment arrivons-nous à ce résultat ? En spécialisant les techniciens et en les formant à nos outils », souligne le président d’Ecogem. L’entreprise a créé sa propre formation pour accueillir cette année 14 élèves en alternance. Après un mois et demi de théorie, place à la pratique sur la zone de démantèlement et pièces détachées. Ils se confrontent directement à la machine, en la désossant et en identifiant les composants. Ils apprennent également toute la partie logistique de mise en rayon des pièces détachées pour construire le stock. « Cette étape préalable est importante, car elle renseigne notre base de données sur les pièces détachées réemployables disponibles, dès l’étape de diagnostic. Nous sommes en train d’intégrer une nouvelle culture de la pièce détachée » souligne Jean-Michel, l’un des formateurs, ancien salarié chez Darty. L’objectif pour Ecogem est de former des jeunes pour les embaucher par la suite et leur permettre à leur tour, de former de futurs salariés. L’entreprise pourrait à terme accueillir des salariés en reconversion.

500 tonnes par mois au recyclage

 

Les équipements diagnostiqués et réparés pour certains, seront livrés aux structures de l’ESS pour du réemploi

Le flux destiné au recyclage représente 500 tonnes de déchets par mois. Les appareils sont expédiés chez Derichebourg à Gennevilliers. Après les derniers tests passés sur les appareils réparés, l’étape de nettoyage prépare à la remise dans le circuit de vente. Les équipements destinés au réemploi sont filmés et gerbés pour être expédiés dans toute la France par semi-remorque sur les sites du réseau Envie ou Emmaüs. « Nous élaborons des lots homogènes avec tous les grades de qualité, par famille de produits, en tenant compte aussi des demandes spécifiques, pour ne léser aucune structure ». Mais aujourd’hui, force est de reconnaître que la qualité générale diminue. La crème, constituée d’invendus, reste aux mains des distributeurs tandis que la demande des consommateurs est fragile. « Pourtant, le reconditionnement du gros électroménager au sein de l’ESS ne cesse de progresser. Les approvisionnements augmentent grâce aux différents canaux de collecte mis en œuvre, et la baisse du pouvoir d’achat donne une seconde chance au réemploi, reconnaît Grégoire Salvan, en charge du réemploi pour ecosystem. Cette tendance va sans doute prendre encore du temps pour se confirmer. Depuis deux ou trois ans, il y a une véritable évolution dans le domaine de la réparation et du réemploi, où chacun cherche son modèle économique ».

L’engouement pour l’auto-réparation, le déploiement des garanties deux ans retardera sans doute l’arrivée des flux dans les structures de l’ESS ou des entreprises comme Ecogem. Le temps que les acteurs du secteur trouvent un équilibre. « En parallèle, nous assistons à l’arrivée en Europe de nouveaux équipements chinois très bon marché et de qualité convenable. Là aussi, cela risque de faire de l’ombre au marché du réemploi, mais c’est encore trop tôt pour le constater », souligne Sophie Di Fraia. En attendant, Ecogem poursuit son développement avec en ligne de mire, des investissements sur des outils de traçabilité et d’ergonomie pour rendre les conditions de travail plus satisfaisantes. Avec ecosystem, l’entreprise cherche à fiabiliser son activité en vue d’étendre son périmètre dans d’autres régions françaises où le réemploi va nécessiter une massification et une réorganisation des flux au profit des structures de l’ESS.

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