Depuis le lancement du bonus réparation fin 2022, l’Observatoire du fonds réparation pour les équipements électriques et électroniques (EEE) publie des bilans chiffrés et documentés. Un rendez-vous indispensable pour suivre de près l’évolution de la réparation en France et constater les impacts de la labellisation QualiRépar. Dans son dernier rapport semestriel, plusieurs recommandations sont proposées pour améliorer cette pratique, dont une réévaluation des bonus.
Des progrès significatifs, mais encore des mesures à déployer. Tel est en résumé, le bilan semestriel de l’Observatoire du fonds réparation des EEE, mené par l’association CLCV (Consommation, Logement, Cadre de Vie), qui couvre la période de janvier à juin 2024. Cet observatoire a pour objectif de suivre l’évolution de la réparation en France et d’ analyser l’impact des changements opérés par les pouvoirs publics sur la labellisation des réparateurs et le volume de réparations effectuées. Depuis février 2024, l’assouplissement du processus de labellisation pour les réparateurs a eu un impact sur le nombre d’entreprises certifiées QualiRépar. Il est passé de 812 en décembre 2023 à 1030 fin juin 2024 soit environ 27% de plus en 6 mois. Cela représente un total de 5 745 points de réparation. Pour rappel, l’activité de réparation des EEE compte 22 336 entreprises (chiffres 2022 Ademe).

Selon les données fournies par les éco-organismes, 6 513 entreprises étaient à fin juin, dans le processus de labellisation et 2 965 avaient soumis leur dossier de recevabilité. En toute logique, le réseau pourrait s’étendre à au moins 10 000 réparateurs labellisés d’ici fin 2024. A condition de remplir les sept étapes de la procédure qui dure en moyenne de trois à quatre mois. En réalité, sur les entreprises en cours de labellisation, nombreuses sont celles qui sont bloquées dans leur démarche. Parmi les raisons : elles ne paient pas leur ticket d’entrée (200 euros), sont refusées pour non conformité ou abandonnent la démarche. Malgré des audits simplifiés et la baisse du coût de labellisation, les réparateurs tardent à rentrer dans le rang. Faute de moyens et de temps, la labellisation des petites entreprises reste plus faible que celle des grands réseaux de réparateurs. Cela explique la stagnation observée au mois de juin 2023.
Réévaluer les bonus

Pour autant, le nombre de réparations a plus que doublé, passant de 21 180 réparations mensuelles en moyenne sur la période de juillet-décembre 2023 à 51 007 de janvier-juin 2024. Le bonus réparation appliqué à une vingtaine d’appareils aujourd’hui, a ainsi permis de baisser la facture de plus de 495 453 interventions. Cela représente un total de 14 877 187 euros versés depuis la mise en place du fonds sur un montant global disponible de 44 000 000 euros pour 2024 soit 34%. Ce fameux bonus y est bien sûr pour quelque chose. Dans son bilan semestriel, l’Observatoire insiste sur la nécessité de réévaluer les bonus à la hausse, notamment dans certaines catégories d’équipements. En moyenne la réparation d’un aspirateur coûte 122 euros. Avec le doublement du bonus, le coût pour le consommateur descend à 80 euros, respectant ainsi l’objectif initial du fonds réparation, à savoir un bonus couvrant 20 % du coût total de la réparation. Mais tous les appareils ne sont pas logés à la même enseigne, comme les fours encastrables, les hottes, les centrifugeuses et les amplificateurs. Pour ces appareils, le montant du bonus devrait augmenter de 5 à 20 euros pour rendre la réparation économiquement avantageuse. Il permet de couvrir, en moyenne, 19 % du coût total de la réparation à ce jour. Et s’élève en moyenne à 28 euros sur une facture moyenne de 143 euros. En 2023, il était de 23 euros sur une facture moyenne 136 euros.
Fort est de constater que tous les équipements ayant bénéficié du doublement du montant du bonus ont vu leurs réparations augmenter : 77 % pour les téléviseurs, 115 % pour les lave-linges, 123 % pour les lave-vaisselles, 107% pour les sèche-linges et 89 % pour les aspirateurs. Les lave-linges et lave-vaisselles n’ont pas connu une augmentation drastique des réparations car les consommateurs avaient déjà un réflexe de réparation pour ces produits avant la mise en place du bonus. Pour les équipements bénéficiant de la hausse de 5 euros, c’est l’ordinateur portable qui a connu en termes de volume de réparation l’augmentation la plus significative, + 232 %. Dans la catégorie matériel de cuisson, les hottes aspirantes ont semble-t-il été les plus réparées. Pour ces appareils, l’indice réparation se situe en dessous du seuil de 20 %. Cela peut s’expliquer par un montant de bonus insuffisant pour réduire le coût de la réparation, ou par une augmentation de ce coût, comme observé pour les cuisinières et les plaques de cuisson. L’indice réparation permet d’évaluer l’incitation à la réparation. Il aide à déterminer dans quelle mesure le bonus réduit le coût de la réparation pour le consommateur. Plus l’indice est élevé, plus l’incitation à la réparation est importante et plus les réparations sont économiquement avantageuses pour les consommateurs. Selon les calculs de l’Observatoire, il faudrait augmenter le bonus du matériel de cuisson de 20 euros en moyenne et maintenir des coûts de réparation raisonnables pour rendre la réparation avantageuse et éviter de dépasser le seuil psychologique de 33 %. Toutefois, ces aides supplémentaires n’ont pas suffi à réduire le coût de réparation des petits appareils ménagers (PAM) tels que les grille-pain, bouilloires ou presse-agrumes, considérés comme pas assez intéressants à réparer en raison de leur faible coût neuf.
Coût de réparation surveillé de près
L’Observatoire évoque par ailleurs une tendance à la hausse du coût moyen de réparation pour certains équipements, tels que les téléphones portables, les cuisinières et les perceuses/visseuses. Les tarifs de réparation sont surveillés de près et feront l’objet d’un chapitre à part entière dans le prochain bilan annuel, publié en janvier 2025. L’observatoire suit de près certains paramètres comme l’inflation et les augmentations justifiées ou opportunistes appliquées par certains réparateurs. Face à une progression encore trop lente de l’activité et de la réparation, le CLCV recommande d’appliquer des mesuresde relance pour dynamiser l’adhésion des professionnels de la réparation au programme de labellisation. Cela pourrait passer par des campagnes marketing, des formations, de la publicité ciblée, mais aussi par une simplification encore plus poussée des procédures.
En parallèle, les critères d’éligibilité du bonus doivent être élargis à d’autres types de pannes comme les opérations de maintenance et les mises à jour logicielles, à en croire le dernier bilan semestriel. Des progrès sont déjà visibles sur les casses écran, désormais intégrées aux réparations éligibles. C’est ainsi que le nombre de téléphones portables pris en charge par le bonus a augmenté de 158% entre juillet-décembre 2023 et janvier-juin 2024. Ce sont au final, autant d’appareils prolongés dans leur usage de deux ou trois ans. Pour le CLCV, plus le bonus sera accessible, plus il sera connu et utilisé, et favorisera ainsi une culture de la réparation.
Crédit : CLCV, ecosystem
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