Grâce aux informations fournies par la filière REP DEEE, les organismes certificateurs, les industriels et les professionnels de la réparation, l’Observatoire de la réparation vient de dresser son premier bilan annuel sur le bonus réparation. Principaux constats : pas assez de réparateurs, recul des réparations depuis l’été, et augmentation des tarifs de réparation.
Avec sa loi AGEC, la France est devenue pionnière sur plusieurs sujets de l’économie circulaire comme le réemploi et la réparation, entraînant dans son sillon, des initiatives réglementaires à l’échelle européenne. C’est ainsi que dans la filière des équipements électriques et électroniques (EEE), la France a pris des mesures ambitieuses pour réduire les déchets et promouvoir la durabilité. Cela s’est traduit en particulier par la création de fonds de soutien financés par la filière REP DEEE et ses deux éco-organismes ecosystem et Ecologic. Depuis avril 2022, un label QualiRépar permet d’intégrer les professionnels de la réparation au sein d’un réseau reconnu et visible. Ce dispositif vise à promouvoir la réparation en bonne et due forme d’appareils électriques qui ne sont plus sous garantie. Pour inciter le consommateur à faire réparer plutôt que remplacer par du neuf, des ristournes sont proposées en fonction de l’équipement. Ce bonus réparation inauguré le 15 décembre 2022 est déduit directement de la facture, puis remboursé au réparateur par les éco-organismes dans un délai de quinze jours après réception de la facture et des preuves de la réparation effective.
Un peu plus de 158 000 réparations
Après une étude à mi-parcours réalisée en mars 2023, le CLCV (Association nationale des consommateurs et usagers) en charge de l’Observatoire de la réparation des équipements électriques et électroniques dresse le premier bilan annuel sur le bonus réparation. Pendant un an, toutes les données quantitatives et qualitatives liées à la réparation et à la labellisation des réparateurs ont été compilées et analysées. Une étape indispensable pour appréhender la réparation des EEE en France, un an après la création du bonus. Le CLCV a également observé sur la base d’informations fournies par les acteurs de la filière, les comportements des consommateurs et a étudié l’impact environnemental du dispositif. C’est ainsi, que le CLCV a pu analyser précisément 158 132 réparations d’appareils. Premier enseignement, les résultats demeurent en-dessous des attentes avec en particulier une stagnation des réparations observée depuis le mois de juillet. Concernant la typologie des appareils, arrivent dans le trio de tête, les téléphones portables, les lave-vaisselle et les lave-linge. Ces trois catégories de produits représentent à elles seules, près de 66 % des réparations effectuées avec le fonds. Des équipements souvent coûteux que les consommateurs acceptent plus volontiers de faire réparer ; ce qui revient moins cher que l’achat d’un nouvel appareil. En revanche, les perceuses/visseuses, les presse-agrumes et les Tuners/Démodulateurs sont moins fréquemment réparés. Les contraintes telles que le coût et le temps requis pour se rendre chez un réparateur peuvent être des facteurs influant sur les décisions de réparation. Pour de nombreux petits équipements, ces contraintes l’emportent sur les avantages de la réparation, d’où la faible demande de réparation de ces produits.
Spécialisations restreintes
Toutefois, la liste des produits éligibles au bonus réparation s’est considérablement élargie au fil des mois, passant désormais à 75 équipements au 1er janvier 2024. Mais attention, rappelle le CLCV, plus la liste s’agrandit, plus il sera nécessaire d’avoir des réparateurs labellisés ayant les compétences requises pour chaque catégorie. On en est encore loin aujourd’hui selon l’Observatoire qui pointe une insuffisance des points de réparation et une mauvaise répartition sur le territoire d’une part ; une prédominance de certaines fiches métiers d’autre part, comme celles sur les équipements informatiques et de télécommunications et le gros électroménager, suivie des fiches PEM (petit électroménager), TV et EPG (électronique grand public) hors TV et optique non intégrée. Les spécialisations sur le Petit et Gros outillage électrique, appareil photo avec optique séparée et JELS (jouets et équipements de loisir et de sport) hors mobilité sont encore insignifiantes. Ce déséquilibre pourrait avoir un impact négatifs sur les pratiques des consommateurs.

Le Nord, Paris et les Bouches-du-Rhône restent dans l’ensemble sous représentés : 0,39 point de réparation pour 10 000 habitants dans le Nord, 0,38 à Paris et 0,44 dans les Bouches-du-Rhône. En revanche, les départements de Lozère et de la Creuse présentent des ratios plus élevés, avec respectivement 2,06 et 2,46 points de réparation. Les observations en Île-de-France confirment une densité considérable de population, mais le faible nombre de réparateurs interroge sur la disponibilité de réparateurs labellisés malgré une demande potentielle élevée. L’Ademe estime qu’en France, il existe environ 30 000 sites de réparation répartis sur l’ensemble du territoire. Sur cette base, seulement 2052 d’entre eux sont actuellement labellisés QualiRépar. Or, les départements français disposent en moyenne de 46 points de réparation (sites, techniciens itinérants et sous-traitants à domicile) par découpage administratif. Les inégalités d’accès aux services de réparation non labellisés dans plusieurs départements risque de compliquer l’entretien et le prolongement de la durée de vie des appareils électriques et électroniques. Ces observations mettent en lumière, l’utilité d’un annuaire des réparateurs QualiRépar pour répondre aux besoins de la population, en particulier dans les régions densément peuplées, affirme le CLCV dans son bilan.
A peine 1000 entreprises labellisées
Une augmentation des points de réparation a surtout eu lieu entre janvier et avril 2023, en raison d’une adhésion massive des grands réparateurs multi-sites comme Leclerc ou Boulanger. Depuis, la labellisation des réparateurs a fait une pause. Au bout d’un an, le nombre de nouveaux sites labellisés est passé de 416 entreprises labellisées en mars 2023, à 806 entreprises labellisées début décembre 2023. Cela correspond à 4641 points de réparation, dont 2052 sites physiques ; les autres interviennent au domicile des clients. C’est un début qui mérite d’être fortement encouragé car les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances. Pour remédier à ce problème, ecosystem et Ecologic ont prévu l’application d’un projet d’adaptation du référentiel QualiRépar. Il s’agit de simplifier le processus de labellisation pour les entreprises artisanales comptant moins de 10 salariés. Cela inclut la suppression de l’audit sur site, remplacé par un audit documentaire ainsi que l’intégration d’une nouvelle typologie de réparation : les réparations à distance. En parallèle, le coût de labellisation sera réduit, passant de 447 à 200 euros HT pour trois ans. La stagnation des nouvelles demandes de labellisation peut probablement s’expliquer par l’attente des réparateurs de la mise en place de cette procédure, selon l’Observatoire.
Toutefois, les données fournies par les éco-organismes révèlent que 4889 entreprises supplémentaires seraient dans une processus de labellisation et 2165 auraient soumis leur dossier de recevabilité. Parmi les 806 entreprises déjà labellisées, 730 sont des monosites. Parmi les 2052 sites physiques labellisés, SAV Leclerc-Est émerge comme l’acteur majeur avec 389 sites répartis sur l’ensemble du territoire français. Il est suivi de près par Boulanger, qui compte 210 sites, et Wefix, avec 138 sites. Ces trois entreprises à elles seules totalisent 36 % de l’ensemble des sites labellisés comptant de 3 à 100 personnes. Depuis un an, les réparations ont été réalisées pour moitié à domicile (16,43 % concernent les lave-linge et 15,24 % les lave-vaisselle) et en atelier (15,18 % de réparation de téléphone portable et 5,71 % des lave-vaisselle). En règle générale, la facture pour une réparation à domicile est plus élevée. Cette tarification plus importante s’explique par les coûts supplémentaires engendrés par le déplacement du réparateur vers le domicile du client, notamment en termes de temps et de logistique.
Couverture inégale
Le bonus réparation a permis de couvrir en moyenne, 17 % du coût total de la réparation soit une réduction de 23 euros sur une facture moyenne de 136 euros. Sur les téléphones portables, l’Observatoire remarque que le bonus peut réduire considérablement le coût de la réparation, qui s’élève à environ 28 % de la facture. Pour les tablettes, le bonus couvre en moyenne environ 22 % du coût total de la réparation. Les machines à café proportionné (dosette) bénéficient également du bonus, avec une réduction moyenne d’environ 20 % du coût total de la réparation. Cela rend la réparation plus abordable pour les consommateurs. Pour ces d’appareils, le bonus réparation atteint ou dépasse les 20 %, ce qui est conforme à l’objectif initial du fonds réparation. La réparation semble au final plus avantageuse que l’achat d’un produit neuf pour les lave-linge, les lave-vaisselle, les réfrigérateurs/ congélateurs. Contrairement aux grille-pain, bouilloires ou presse-agrumes, pour lesquels la réparation n’est pas assez attractive au regard de leur prix neuf. Ce problème avait été largement relayé par l’association HOP, exigeant des ristournes plus incitatives. Pour remédier à ce problème, les éco-organismes ont augmenté certains bonus depuis le 1er janvier 2024, de 5 euros pour 21 produits peu réparés comme les plaques de cuisson, hottes, cuisinières, fours encastrables, grille-pain, fers à repasser, etc. Le bonus réparation est doublé sur les téléviseurs, aspirateurs, lave-linge, lave-vaisselle et sèche-linge.
Hausse des tarifs confirmée
Qui dit hausse des ristournes, dit aussi risque de voir le coût de la réparation finale augmenter. Déjà mentionnée dans le pré-bilan de mars 2023, cette augmentation significative va de 10 à 15% pour les équipements les plus réparés. L’étude avance plusieurs explications. De nombreux réparateurs ont dû répercuter l’inflation sur leurs services de réparation. Cela peut inclure des coûts plus élevés pour les pièces de rechange, la main-d’oeuvre ou les fournitures. La complexité des réparations et la nécessité de compétences spécifiques peuvent également inciter les réparateurs à relever leurs tarifsd’intervention, notamment les forfaits de déplacement à domicile. L’Observatoire ne néglige pas non plus le comportement opportuniste de certains réparateurs qui profitent de la mise en place du fonds pour gonfler leurs tarifs. Pour remédier à la hausse injustifiée des tarifs, les critères de labellisation prévoient une clause de modération tarifaire. En 2024, elle est conditionnée au maintien des tarifs publics hors taxe du réparateur constatés au 1er janvier 2023, hors prise en compte de l’inflation pour la période considérée. Mais la réalité risque d’atténuer quelques espoirs. On peut douter qu’il y ait un effet rétroactif pour des entreprises qui ont contractualisé avant le 1er janvier 2024, soulève Joël Couret, délégué à la promotion de la réparation chez Fedelec. « C’est en théorie aux éco-organismes de surveiller tout ça, mais ils n’ont pas le pouvoir de sanctionner, nous ont-ils dit. Dans ce cas, la DGCCRF pourrait intervenir si besoin ».
Les éco-organismes préconisent également de faire jouer la concurrence afin d’obtenir le meilleur devis. Encore faut-il qu’ils soient assez nombreux sur un territoire pour peser dans la balance. L’encadrement des prix de la réparation est indispensable pour pérenniser la pratique ? Le consommateur n’est pas dupe. Dans une enquête de satisfaction menée par les éco-organismes, auprès des clients usagers, certains estiment qu’ils ont été bernés, car le bonus n’a eu aucune conséquence sur le prix final de la réparation. Et qu’ils préfèrent se tourner vers de l’achat neuf la prochaine fois.
Face à ces points faibles, l’Observatoire de la réparation recommande une communication plus importante auprès des consommateurs. Le CLCV considère en effet que ces derniers ne sont pas assez informés sur le dispositif et les enjeux de la réparation. Du côté des éco-organismes, un programme de sensibilisation est en cours de préparation pour fin mars 2024. Ecosystem et Ecologic attendent la mise en place d’une offre de services suffisante sur le territoire pour lancer leurs opérations de communication.
Des marques dans le collimateur
Sur la base de données communiquées par ecosystem, l’Observatoire s’est penché sur les appareils les plus couramment réparés, ainsi que les pannes les plus fréquentes. Sur le segment des lave-linge, environ 46 % des pannes sont directement liées à des problèmes mécaniques, tels que des dysfonctionnements des boutons de commande ou des défauts au niveau de la résistance de l’appareil. Par ailleurs, 16 % des pannes sont attribuables à des problèmes électroniques (circuits, capteurs, et autres composants similaires). Cette tendance est relativement similaire pour les lave-vaisselle. Une grande majorité des téléphones portables, soit environ 84 % des pannes, relève de problèmes électroniques dus à des dysfonctionnements des circuits électroniques, des batteries, ou d’autres composants électroniques internes. L’éligibilité aux écrans cassés devrait sans doute inverser la tendance. Pour l’ensemble des catégories d’appareils éligibles au fonds, l’Observatoire a également identifié les marques les plus soumises à réparation. Ce que l’association HOP avait également décortiqué dans sa propre enquête. Le bonus réparation a ainsi touché jusqu’à présent plus de 223 marques différentes. Sur un total de 102 794 réparations effectuées par ecosystem depuis un an, 162 marques ont enregistré moins de 100 réparations. Ces marques, bien que présentes dans le panorama de la réparation, ont eu un impact relativement limité en termes de volume de réparations. En revanche, Samsung, Whirlpool, Siemens et Bosch figurent parmi les marques ayant connu un nombre important de réparations portant essentiellement sur des lave-vaisselle. Chacune de ces marques a enregistré plus de 4500 réparations depuis un an.
Les pièces détachées gonflent la facture
Le remplacement d’une pièce augmente souvent la facture. Sur les quelque 102 000 réparations enregistrées par ecosystem, un peu plus de 69 000 ont concerné l’emploi de pièces détachées. La majorité étant des pièces neuves. Le marché des pièces détachées d’occasion est encore en phase de développement, et les contraintes liées à l’approvisionnement de ces pièces sont nombreuses. Les équipements les plus concernés par l’utilisation de pièces détachées sont les téléphones portables, suivis des presse-agrumes, des cuisinières, des plaques de cuisson, des sèche-linge.
Crédit : ecosystem, Pixabay
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