Au Bonheur des Chutes promeut le réemploi local des déchets de bois

La commande publique régionale en ligne de mire

A Auxerre, l’association Au Bonheur des Chutes a créé un réseau local d’entreprises pour mieux réemployer les rebuts de bois et ses dérivés. Depuis 2017, cette structure collecte, revend des chutes de matières industrielles et fabrique du mobilier dans son atelier. Prochaines étapes : proposer un catalogue de produits transformés issus du réemploi et attirer la commande publique régionale sur ce segment.

Les quatre salariés d’ABDC dont le directeur Lothaire Carlier

Installé dans ses nouveaux locaux plus spacieux de 300 m² depuis l’été 2023, Au Bonheur des Chutes peut désormais accueillir son magasin des matières et un atelier de transformation pour redonner vie à des matériaux industriels, voués à la benne ou à la valorisation énergétique. Depuis 2017, l’assocation développe une activité de récupération et de sauvetage du chutes de production essentiellement à base de bois et dérivés (massif, aggloméré, mélaminé). A l’origine, sa fondatrice Céline Lebrun, designer de formation, a souhaité donner une seconde vie à ces matériaux. En collectant les chutes auprès des artisans de la région, Au Bonheur des Chutes propose ainsi à d’autres entreprises ou des particuliers d’acheter des matériaux encore en bon état. La collecte des matériaux a lieu chez les industriels locaux par camion dans un rayon de 50 km. Ils sont ensuite revendus dans le magasin des matières, moyennant une adhésion annuelle et un prix d’achat au kilo. Certains matériaux sont aussi récupérés pour approvisionner l’atelier de fabrication de mobilier.

En parallèle, la structure anime des ateliers autour du bois et des chantiers participatifs. D’autres matières comme du métal, du carton, du tissu, du carrelage sont collectés pour enrichir le stock du magasin, mais le bois reste le matériau phare. Il représente environ un quart des matières entrantes. Pour son directeur Lothaire Carlier, la présence d’entreprises régionales spécialisées dans la menuiserie et l’agencement a permis de développer des synergies entre acteurs économiques sur l’agglomération d’Auxerre. « Lors des arrivages de matières, nous communiquons sur les réseaux sociaux avec les artisans locaux. Actuellement, cinq entreprises travaillent étroitement avec nous pour évacuer régulièrement leurs chutes de bois. Et une dizaine d’entreprises sont en contact pour des enlèvements ponctuels ». Bien que limitée à quelques entreprises ou à un territoire régional, l’activité d’Au Bonheur des Chutes permet de détourner chaque année un peu plus de 20 tonnes de matières revendues en l’état ou transformées en mobilier avec une plus forte valeur ajoutée.

Manufacture de proximité

 

Lors de son lancement, Au Bonheur des Chutes (ABDC) a été soutenue par la région et l’Ademe. A ce jour, l’association réunit plus de 800 adhérents et emploie quatre salariés polyvalents dans la fabrication, l’animation, le design, et les études de prospective. Une vingtaine de bénévoles assurent par ailleurs la collecte, la tenue du magasin et les chantiers participatifs. En 2022, ABDC a été labellisé Manufacture de proximité France Tiers-Lieux dans le cadre du Plan France Relance. A ce titre, une subvention de 220 000 euros lui est accordée, pour équiper son atelier de machines plus performantes et se mettre en conformité avec les normes de sécurité. La machine combinée à bois ne suffit plus pour répondre aux besoins et à la diversification des activités. L’association souhaite investir dans des appareils électro-portatifs, une ponçeuse et mutualiser avec d’autres acteurs locaux, l’usinage numérique. En commençant par créer des liens avec des détenteurs de déchets industriels et des usagers potentiels, l’association a réussi six ans plus tard, à mettre en place autour d’une quinzaine d’artisans locaux, une première démarche d’écologie industrielle et territoriale.

Les projets ne manquent pas, même à petite échelle. Il y a un an, la région Bourgogne Franche-Comté a commandé à l’association une étude sur la filière bois et le potentiel des gisements et des structures de réemploi pour les déchets de production. Pour se faire, un poste dédié a été financé à 80 % pendant un an. L’objectif était d’identifier une méthodologie pour les porteurs de projets qui souhaitent développer une activité dans ce domaine. « Nous en sommes actuellement à la mise en forme d’un kit de démarrage clef en main. Cette expérience a permis de nous rapprocher de quarante entreprises partenaires et pour l’association, c’est l’opportunité de mieux nous faire connaître et promouvoir notre savoir-faire » souligne Lothaire Carlier. Ces projets favorisent la stabilité financière d’ABDC. « Notre objectif est de pérenniser nos emplois et de devenir autonome », explique Lothaire Carlier. Pour y parvenir, ABDC bénéficie du soutien financier de l’Agence nationale de la cohésion des territoires et de France tiers lieux grâce à des appels à projets réussis.

Formation et commande publique

 

En 2024, Au Bonheur des Chutes devrait franchir de nouvelles étapes, en proposant des modules de formation de menuiserie issue du réemploi. L’association cible notamment des jeunes en décrochage scolaire, en leur donnant envie d’apprendre autrement. En tant que tiers-lieu, la structure pourrait ainsi accueillir un organisme de formation et mettre son atelier et ses outils à disposition. Cette année devrait être une période charnière. Les matières étant de plus en plus coûteuses, certaines entreprises pourraient conserver leurs chutes de bois pour les valoriser sur place en énergie ou les vendre comme matériau combustible. D’un autre côté, la collecte gratuite des matières pourrait peser sur l’activité de la structure. C’est pourquoi, Au bonheur des chutes pourrait étoffer son activité de production, à travers la mise en œuvre de petites séries. En aval, et pour développer ses sources de revenus, des projets de conception et de production de mobilier sur-mesure ou en petite série (stands étagères, sacs, des cloisons intérieures, nichoirs) pourraient voir le jour.

L’association a déjà démontré son savoir-faire en fabriquant des produits sur-mesure pour des particuliers (chambres, bibliothèque), des commerçants (agencement de magasin) et d’autres acteurs comme la nouvelle recyclerie de Sens aménagée sur 3000 m² en étagères, mobiliers et vestiaires. Cette commande a donné lieu à de la réutilisation, et du relookage de mobilier existant. De même, l’association a été sollicitée par l’office du tourisme d’Avalon pour agencer ses bureaux et son espace d’accueil. L’association veut aller encore plus loin en déployant une offre pour les collectivités territoriales. Encouragée par la ville d’Auxerre pour l’achat de boîtes à livres et la région Bourgogne Franche-Comté pour la commande de casiers destinés au siège administratif de Dijon, elle travaille sur un projet de catalogue de produits issus du réemploi, réservés à la commande publique locale.

Crédit : Au Bonheur des Chutes

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