Chaque année, trois millions de tonnes de mâchefers sont générées en France après incinération des déchets ménagers. Deux millions de tonnes sont recyclées en graves utilisées dans les Travaux Publics. Des procédés innovants permettent de séparer tous les composants pour mieux les valoriser. L’entreprise Récyf extrait depuis 2016 la fraction aluminium et se prépare à franchir un cap : transformer le métal en produits finis en internalisant le process.
C’est à Balbigny dans la Loire (42) dans une usine de 21 000 m² que Récyf a pris ses quartiers en 2019. Co-créée en 2016 par Eric Chappard, l’entreprise achète aux IME (installation de maturation et d’élaboration des mâchefers) un mixte de métaux ferreux et non ferreux issus des mâchefers. Le prix d’achat dépend des cours internationaux ainsi que du rendement des IME. Actuellement, la fourchette de prix varie entre 1000 et 3000 euros la tonne. Ce gisement est encore constitué de 50% de cendres, et de fractions minérales. Imprégnée d’eau à l’arrivée, cette « boue » est inutilisable en l’état. Depuis l’origine, Récyf se concentre sur l’extraction et la valorisation de la fraction aluminium. En moyenne, les métaux ne représentent que 1 % du gisement de mâchefers. « La complexité de notre métier consiste à traiter ces mâchefers et à les trier par matières et par granulométries, afin qu’ils deviennent des matières homogènes » explique la direction. Pour valoriser cette fraction de manière responsable, Récyf s’est engagé dans une démarche écologique à faible impact carbone. Le développement d’un procédé de tri par voie sèche (sans apport d’eau) permet de séparer les composants en une quinzaine d’étapes. Avec au final, 99,99 % des matières valorisées.
Valorisation par voie sèche
D’une capacité de traitement officielle de 50 000 t/an, Récyf ne valorise à ce jour que 20 000 t/an de mâchefers. L’entreprise tourne aujourd’hui avec 50 salariés. Chaque lot arrivant sur le site est pesé et tracé à toutes les étapes de traitement, jusqu’en sortie d’usine. Un prétraitement consiste à extraire les poussières. Les mâchefers passent ensuite sur plusieurs lignes de tri selon leur composition. Parmi elles, la petite fraction métallique divisée en ferreux et non-ferreux. Ils proviennent des emballages ménagers mais aussi d’erreurs de tri. C’est sur cette partie que l’entreprise Récyf concentre son activité et en particulier sur l’aluminium, majoritaire à 70 %. Les métaux sont agglomérés bien souvent dans des gangues qu’il faut défaire, casser pour extraire le métal. Cela nécessite par ailleurs du criblage et des techniques de tri assez poussées pour récupérer la moindre fraction ferreuse et non ferreuse.
Tous les procédés mis en place par l’entreprise sont uniques, développés en interne ou adaptés pour répondre à des besoins spécifiques de pureté. Ils reposent notamment sur des phases de broyage, de tri densimétrique par air et par rayon X. Suite à ce tri, Récyf obtient un granulat d’aluminium baptisé alurécyf. Depuis son lancement, l’entreprise a investi dix millions d’euros dans son outil de production et de l’innovation technologique. Un travail conséquent a été mené par son laboratoire d’analyse et de R&D pour mettre au point un aluminium de qualité. L’intégration d’un bureau d’études dans l’entreprise ouvre désormais tous les champs des possibles pour la production d’objets recyclés. Récyf veut tisser des partenariats avec les collectivités, les architectes et d’autres acteurs de l’aménagement des domaines publics et privés, soucieux de l’environnement.
Vers une normalisation
Si la fraction métallique est la plus faible, sa valeur reste très pertinente. C’est pourquoi Récyf en a fait sa principale activité. Jusqu’à aujourd’hui, l’aluminium récupéré ainsi que les autres alliages cuivreux présents en petites quantités sont expédiés dans des usines d’affinage en Europe dont l’Espagne qui le transforme en lingots. En France, il n’existe pas de filière d’affinage d’aluminium. C’est pourquoi, l’entreprise de Balbigny a choisi de faire elle-même le travail pour maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur dans l’hexagone. Cela correspond également à sa démarche éco-responsable de limiter au maximum l’empreinte carbone de son activité. Cette réflexion entamée il y a 5 ans est devenue réaliste. Pourquoi l’aluminium ? Car il représente 70% des métaux non ferreux collecté et valorisé. Également parce-ce que le niveau de pureté atteint autorise la fabrication d’objet. « Dans un premier temps, nous nous intéressons aux objets pouvant être fabriqués en série, et ne nécessitant pas ou peu de parachèvement. Ce seront des pièces de parement ou de décoration, mais en aucun cas de sécurité » explique Laurence Mortamet, porte-parole de l’entreprise. Les équipes « Objets » et R&D sont déjà constituées. Une première réalisation est en cours. Récyf prépare son site de vente en ligne et espère que 2025 verra le développement de cette nouvelle activité.
Les applications dans le bâtiment sont prometteuses pour le recyclage de l’aluminium. D’autres débouchés sont envisagés dans la gestion des déchets, pour fabriquer des bornes de collecte par exemple, et la boucle sera bouclée. Des partenariats en circuits courts sont à l’étude et Récyf compte également sur les marchés publics pour répondre aux achats circulaires, en conformité avec la loi AGEC.
Crédit : Récyf
A lire aussi :
Graves de mâchefers : nouveaux usages retardés
SwissZinc va recycler les métaux des cendres volantes d’incinération
« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »