Aux origines du commerce, le troc permettait d’échanger nourriture ou matières premières pour s’habiller, construire et aménager son habitat. La monnaie est intervenue bien plus tard pour faciliter et élargir les échanges. Depuis, le troc est resté cantonné à une activité entre particuliers. Pourtant, cette pratique semblerait aussi bénéfique pour les entreprises. C’est le constat de France Barter, une start-up coopérative, créée en 2014 à Paris et à Lyon. Sa particularité : susciter des transactions de biens et de services au sein d’un réseau de PME, par le biais d’une unité de compte, le Barter. La crise du Covid marquée par des difficultés d’entreprises pour vendre et financer leur trésorerie est venue renforcer son intérêt.
C’est par temps de crise que l’imagination se surpasse et fait naître l’innovation audacieuse. Après la crise des subprimes de 2008, de nombreuses entreprises américaines en grande difficulté financière ont été confrontées au refus de soutien des banques. Pour survivre, elles se sont alors organisé en créant un réseau d’entraides sans débourser de cash. Inspirés par cette expérience et celle de la banque alternative suisse allemande, WIR (mis en place après la crise de 1929 et qui rassemble aujourd’hui plus de 50 000 entreprises), Samuel Cohen et Arthur Bard, cofondateurs de France Barter, ontchoisi de promouvoir l’économie collaborative à l’échelle de deux grandes agglomérations, Paris et Lyon. Son entreprise baptisée France Barter (signifiant troc en anglais) a été lancée en 2014 via une plateforme en ligne : « Nous avons construit une place de marché où les entreprises adhérentes peuvent échanger des biens et des services. Originalité du dispositif, la facturation ne se fait pas en euro, mais en Barter, une monnaie virtuelle qui a la même valeur faciale que l’euro ». A ce jour France Barter regroupe 1400 entreprises, dont 400 ont choisi de devenir sociétaire. Elles participent ainsi au capital à hauteur de 100 euros chacune, puisque la société a le statut de coopérative, afin de garantir transparence et implication des acteurs.

Une fois inscrite sur la plateforme moyennant une cotisation de 235 euros par an, l’entreprise s’identifie, se géolocalise et présente ses offres, mais aussi ses demandes. « C’est tout l’enjeu de notre activité : favoriser les échanges pour développer un maximum de transactions. Et pour cela, l’entreprise doit jouer le jeu dans les deux sens. Si pour la première fois, une entreprise se fait connaître pour vendre un actif inutilisé, elle doit aussi exprimer ses besoins afin de trouver les bons partenaires commerciaux sur le réseau » explique Samuel Cohen. Grâce à un algorithme intégrant les besoins et les offres, France Barter peut mettre en relation deux entreprises en tenant compte de leur situation géographique. La coopérative accepte par ailleurs que certaines entreprises soient débitrices en Barter, si leurs offres font l’objet d’une forte demande. Un partenariat a été signé à ce titre avec Credit Safe pour avoir une note de solvabilité sur les participants.
Chambre de compensation de factures
Pour acquérir des crédits Barter, l’entreprise doit donc vendre des biens et des services à un autre membre, ce qui lui donne droit ensuite d’acquérir d’autres biens ou services. Tous les secteurs d’activité sont concernés. Un hôtel parisien qui ne remplit pas ses chambres (invendus) s’inscrit sur France Barter et les met en ligne. La plateforme trouve des clients en quête de chambres. En réalisant cette transaction commerciale, l’hôtel va facturer la chambre en euros avec TVA à l’entreprise. De son côté, la plateforme lui crédite des Barter sur son compte. France Barter devient dans ce contexte, une chambre de compensation de factures. L’hôtel capitalise ensuite ses Barter pour acheter à son tour des biens ou des services (comme des travaux, ou du mobilier). Les Barter sont basés sur l’euro, mais non convertibles. L’entreprise est ainsi tenue de les réutiliser sur le réseau. « Ce principe est le coeur même de notre fonctionnement car il permet de développer une véritable économie collaborative entre entreprises locales » insiste le cofondateur de la coopérative.
En 2017, les transactions ayant transité par la plateforme ont représenté une valeur marchande de 1,8 million d’euros et la tendance pour 2020 est à la hausse car la crise du Covid a entraîné une acquisition importante de nouveaux clients qui ont rejoint le réseau. Cela crée de la densité et booste le nombre de transactions. Outre la cotisation à l’adhésion, France Barter prélève une commission de 5% sur les transactions. Dès septembre, la plateforme proposera une offre spécifique pour les grands comptes, complétée par des accompagnements personnalisés et des audits flash, pour analyser les besoins des ETI concernées. Aujourd’hui basée en région parisienne et lyonnaise, et disposant de six collaborateurs, France Barter souhaite se développer à travers des marques blanches. C’est déjà le cas avec Agri-échanges, une plateforme d’entraides entre agriculteurs de Haute-Marne. D’autres projets sont en cours avec de nouveaux secteurs d’activités.

Pendant le confinement lié au Covid et la crise économique qui en a découlé, la plateforme a rempli sa mission, permettant la poursuite d’activité pour des centaines de PME. L’occasion pour les entreprises en difficulté de trésorerie, de continuer d’acheter ou d’investir ; une aubaine pour d’autres d’écouler leurs marchandises, qui ne trouvaient plus preneurs. En pleine phase d’accélération en 2020 avec ce contexte de crise économique liée au Covid, France Barter a débuté le début d’année en enregistrant plus de 25 inscriptions par mois. Dans ce contexte inédit, la coopérative a choisi de rendre l’adhésion gratuite jusqu’à fin septembre. « Nous voulons au-delà du simple échange inter-entreprise, contribuer à la création de communautés qui favorisent l’économie locale ». Une enquête menée auprès de ses adhérents conforte France Barter dans ses ambitions. Ainsi, la moitié des entreprises interrogées n’aurait pas pu effectuer des achats sans ce mode de financement. Par ailleurs, un peu plus de la moitié a pu épargner jusqu’à 3000 euros du budget de trésorerie. Par le biais d’une communication et d’une animation forte de l’outil web, France Barter souhaiterait désormais toucher les collectivités, désireuses de mettre en vitrine leur réseau d’entreprises, comme gage d’attractivité et de dynamisme économique territorial. Des partenariats sont à l’étude en Bretagne et en Normandie pour 2021.
Seconde levée de fonds en cours
La start-up avait réussi à lever 400 000 euros en 2019 auprès de la Caisse d’Epargne afin de financer l’élargissement de son réseau. Aujourd’hui, France Barter complète cette seconde levée de fonds de 200 000 euros avec un prêt participatif d’Urscop IDF, un prêt innovation auprès de la BPI Rhône-Alpes et une levée sur la plateforme de financement participatif Incit’Financement. Cette somme complémentaire a pour objectif de mieux structurer la start-up et de déployer une stratégie d’essaimage du modèle en région. Dans cette dynamique d’ancrage territorial, la levée de fonds permettra à France Barter de développer notamment sa phase de communication et de financer un plan de recrutement.
Crédits : France Barter
A savoir :
France Barter organise une webconférence mercredi 2 septembre 2020 à 14h, suivie d’une bourse d’échanges.
« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »