La région Ile-de-France s’est dotée d’une stratégie en faveur de l’économie circulaire (SREC) en septembre 2020. Avec pour cibles, la préservation des ressources et la relocalisation de la production industrielle et agricole. La région invite tous les acteurs de son périmètre à se mobiliser. Parmi eux, les quatre Parcs Naturels Régionaux (PNR) devront intégrer les principes de l’économie circulaire dans leur charte et renforcer leurs actions. Mais pour ces territoires d’expérimentation, les initiatives sont déjà au rendez-vous depuis longtemps. Aujourd’hui, leurs responsables espèrent juste un peu plus de moyens pour passer à la vitesse supérieure.
Découpler la consommation de ressources du PIB francilien, pour passer de 360 kg à 240 kg pour 1 000 euros de PIB, tel est l’objectif de la région en 2030. Dans sa stratégie, l’Ile-de-France pose les jalons d’une politique orientée vers un nouveau modèle économique. Parmi les principales ambitions visées : relocaliser les industries stratégiques (santé-pharmaceutique, agroalimentaire, électronique), les industries de process et d’assemblage, capables de repenser leurs business modèles et d’utiliser les ressources locales. La région souhaite par ailleurs doubler l’approvisionnement local et renouvelable du secteur de la construction (matériaux biosourcés et géo-sourcés, réemploi de matériaux et équipements, recyclage…) ; réduire de 60 % le gaspillage alimentaire et multiplier par 5 fois la part de produits locaux dans les assiettes des Franciliens. Cette trajectoire devra aussi passer par l’augmentation du réemploi, de la réutilisation, et de la réparation dans tous les secteurs, pour allonger la durée de vie des biens et créer des emplois de proximité. Toutes les activités liées au sport, à la culture et au tourisme sont invitées à prendre part à cet objectif zéro déchet.
Quatre parcs déjà engagés
Dominée par une urbanisation dense, l’Ile-de-France accueille aussi une grande diversité de milieux et de paysages, ainsi qu’un patrimoine et un savoir-faire riches, propices à l’innovation et à la mise en œuvre de politiques publiques innovantes en matière d’économie circulaire. Dans sa SREC, la région francilienne insiste notamment sur l’intérêt environnemental, économique et sociétal de développer plus de circuits courts et de filières locales, de promouvoir une consommation responsable, de mutualiser des infrastructures, et de créer une coopération inter-territoriale autour de la gestion des ressources. Outre les collectivités sollicitées au premier chef, d’autres acteurs institutionnels comme les syndicats de gestion des déchets, les réseaux d’associations et d’entreprises ou les Parcs Naturels Régionaux (PNR) peuvent apporter leur pierre à l’édifice.

Ils sont quatre actuellement en Ile-de-France : Gâtinais français, Haute Vallée de Chevreuse, Oise-Pays de France et Vexin français. Un cinquième PNR est dans les tuyaux, celui de Brie et Deux Morin en Seine-et-Marne. Mais la procédure est longue malgré un avis favorable du préfet, et il ne devrait pas voir le jour avant cinq ou six ans. Situés aux quatre coins de la région, ces parcs accueillent chacun en moyenne une soixantaine de communes. Pour être classé PNR, un territoire doit représenter un intérêt patrimonial naturel, paysager, humain ou bâti remarquable. Il doit également faire l’objet d’un engagement fort de l’ensemble des partenaires locaux (élus, agriculteurs, entreprises, associations de protection de la nature, culturelles, d’habitants, administrations…). Pour les PNR péri-urbains comme en Ile-de-France, cet équilibre est précaire et les actions pour le maintenir tout en assurant une mixité sociale sont nombreuses. De la même façon, un PNR n’est pas un sanctuaire à mettre sous cloche ; il doit vivre et faire vivre.

A l’échelle nationale, les 56 parcs régionaux accueillent quelque 320 000 entreprises et 3 % des effectifs salariés. Les enjeux économiques sont de taille, même si tout n’est pas permis. « On privilégie les activités économiques respectueuses de l’environnement, celles qui valorisent les ressources naturelles et humaines, comme le tourisme vert, la vente à la ferme, l’agriculture biologique, les nouvelles technologies et les savoir-faire locaux par exemple. On y expérimente la transition écologique avec des systèmes de déplacement, de chauffage ou de production énergétiques alternatifs », explique Stéphane Adam, chargé de mission économie à la Fédération des PNR français. « Depuis la création des premiers parcs en 1968, les approches ont évolué et ce qu’on croyait comme obsolète et opposé à la modernité revient sur la scène avec une meilleure prise en compte de l’écologie. Le monde agricole est tout sauf ringard et les savoir-faire d’antan sont de plus en plus recherchés comme des pratiques de bon sens », souligne-t-il, convaincu qu’en Ile-de-France plus qu’ailleurs, où cohabitent mondes urbains, entreprises, milieux rural et agricole, l’économie circulaire peut fédérer tous les acteurs installés dans les PNR.
Métabolisme des flux

Au regard des objectifs de la SREC pour 2030, l’Ile-de-France a missionné l’Institut Paris Région pour accompagner les PNR dans leurs démarches d’économie circulaire en cas de révision de charte quand cela se présente, et de mettre en place un suivi des actions menées, en cours, ou en projet. « Si l’économie circulaire est un concept assez récent et a priori abstrait, nous savons que sur plusieurs territoires de PNR, la sobriété en consommation d’énergie, la prévention sur les déchets et la préservation des espaces font déjà partie du quotidien, explique Julie Missonnier du Département Environnement de l’Institut Paris Région. Le défi est désormais centré sur les nouvelles voies à explorer pour faire évoluer les modes de vie ». Jusqu’à présent, des démarches isolées ont pu émerger, soutenues par des collectivités, des producteurs agricoles et des associations environnementales. Aujourd’hui, il s’agit de rassembler autour de l’économie circulaire un maximum d’acteurs. Selon les spécificités des PNR, ce nouveau modèle pourra prendre différentes formes (alimentation durable, circuits courts, allongement de la durée de vie des produits, prévention des déchets), mais deviendra le socle des futures chartes.
L’Institut Paris Région s’intéresse à deux thématiques en particulier pour les années à venir : l’alimentation et l’économie des ressources. Ces chantiers impliquent de soutenir des modes de production et de consommation locaux, une bonne connaissance des flux, la mise en œuvre de circuits courts et la lutte contre le gaspillage. « Cette année, nous allons tout d’abord travailler sur une étude de métabolisme des flux, pour favoriser des synergies entre territoires ruraux et périurbains/urbains » annonce Julie Missonnier. Cette approche quantitative est innovante et expérimentale, au même titre que l’ensemble des actions menées par les PNR, souligne Anne-Sophie de Kerangal, cheffe du service économie circulaire et déchets à la Région : « si les parcs n’ont pas de compétence propre ni d’autonomie financière, ils sont voués à mobiliser les acteurs du territoire et à développer une dynamique qui fédère. Il y a quelques années, l’ambition portait sur le plan climat. Aujourd’hui, place à l’économie circulaire ».
Révision des chartes

La région et les PNR devront veiller à intégrer dans les nouveaux contrats de parcs 2021-2023, les principes de ce nouveau paradigme, ses modalités d’action, ainsi que des actions opérationnelles. Mais aussi à construire des indicateurs viables dans le temps pour garantir un suivi des avancées chaque année. La révision des chartes est une aubaine pour l’économie circulaire dans les PNR. En effet, la charte d’un parc, valable 15 ans et renouvelable, fixe les objectifs à atteindre, les orientations de protection, ainsi que les mesures à mettre en œuvre. Une procédure de révision permet ainsi de redéfinir un nouveau projet et de reconduire son classement. A l’heure actuelle, seul un parc, celui du Vexin est en phase de renouvellement de charte (2022-2037) et dans cette perspective, l’économie circulaire a été identifiée comme un axe fort de développement. Mais pour Patrick Gueit, chargé de mission Développement économique dans ce parc, le Vexin n’en est pas à son premier coup d’essai. Plusieurs initiatives ont été lancées en lien avec les ressources agricoles du territoire. Ainsi, des projets d’unités de méthanisation sont actuellement accompagnés suite à une étude réalisée avec la Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise.
Par ailleurs, des pistes mêlant économies circulaire, locale, social et solidaire sont à l’étude. « Nous échangeons avec les entreprises des zones d’activités sur les thèmes de l’approvisionnement durable, de l’écologie industrielle territoriale et de l’économie de la fonctionnalité. Ces démarches sur l’EIT pourraient par exemple être menées en partenariat avec des territoires urbains de proximité » souligne Patrick Gueit. Autre axe de concertation, l’objectif d’atteindre le zéro déchet non recyclable/non réutilisable. A ce titre, des discussions sont en cours pour promouvoir le réemploi auprès des particuliers et entreprises ; créer des recycleries/ressourceries et des espaces de réparation dans des tiers-lieux. Certains sujets sont plus récurrents : lutte contre les dépôts sauvages, réduction des déchets alimentaires issus des commerces et de la restauration (par exemple des cantines scolaires), tri sélectif de la FFOM (fraction fermentescible des ordures ménagères) en vue de valoriser par compostage ou méthanisation. Enfin, le parc souhaite sensibiliser davantage les commerçants et les habitants à la consommation en vrac et inscrire cette pratique dans la révision de sa charte.
Connexions inter-régionales

Interconnectées avec les territoires limitrophes, les PNR inspirent mais peuvent aussi prendre exemple sur des pratiques voisines. C’est le cas du Parc Oise-Pays de France qui a choisi de dupliquer une opération lancée par la ville hors périmètre de Crépy-en-Valois pour récupérer les eaux pluviales grâce à des toitures aménagées sur les marchés couverts. De cet exemple, sont nées plusieurs actions de désimperméabilisation des chaussées, consistant à ôter les revêtements bétonnés sur la voirie. « Il nous paraît pertinent pour le parc de considérer les eaux pluviales comme une ressource et donc de les laisser s’infiltrer naturellement dans les sols » insiste Sylvie Capron, directrice du PNR. A côté de cette démarche singulière, le parc veut s’attaquer à la prévention des déchets, à travers des programmes pédagogiques dans les écoles sur le réemploi et la réparation. A ce titre, il accompagne le montage juridique et financier d’un projet de recyclerie sur la Communauté de Communes de Chantilly. Concernant l’économie d’usage, le PNR a mis en place le Rézo Pouce via un maillage de points d’arrêt identifiés par application, qui permet un auto-partage gratuit et sûr. Dans les futurs projets de lotissements, le parc compte également soutenir ce dispositif. « L’intervention plus active de la région sur l’économie circulaire va sans doute augmenter les subventions nécessaires à sa mise en œuvre. Nous espérons ainsi concrétiser plus de projets d’envergure sur l’EIT dans les zones d’activités » assure Sylvie Capron.
Monnaie locale

On retrouve ces interconnexions également à travers le Projet Alimentaire Territorial (PAT), émanant de la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt du 13 octobre 2014. Ces projets ont pour objectifs d’évaluer, à travers un diagnostic de territoire, la production agricole, la production alimentaire locale ainsi que le besoin alimentaire du bassin de vie étudié. En Ile-de-France, le Vexin espère de cette façon, la création d’une filière locale pour approvisionner les cantines scolaires. Créé en 2011, le parc de la Haute Vallée de Chevreuse est investi dans un PAT depuis 2019 avec la Bergerie Nationale de Rambouillet. Après la phase de diagnostic achevée en avril 2020, l’idée est de diversifier les activités en développant les circuits courts. A commencer par les filières céréalières et le maraîchage, mais aussi en créant des épiceries participatives gérées par les villageois de communes rurales ; le tout épaulé par une monnaie locale La Racine. « A parité avec l’Euro, cette monnaie, mise en circulation depuis 2018, s’échange entre habitants, commerçants et producteurs agricoles, explique Virginie Le Vot, chargée de communication. En lien avec le PAT, La Racine circule 3 à 5 fois plus vite que l’Euro. Les Euros engagés constituent un fonds de réserve pour financer l’économie locale (comme du prêt aux producteurs) ; c’est aussi un outil de fidélisation puisqu’elle n’a de valeur que sur un territoire donné ». Un an après son lancement, 500 adhérents dont 100 professionnels avaient déjà répondu présent.
Dépôts sauvages et déchets de chantier
Au « Pays des mille clairières et du grès », le bâti et le bois sont rois. Dans le Gâtinais français, composé à 30 % de forêts, deux sujets principaux dominent les projets circulaires : la gestion des déchets de chantiers du BTP et la filière bois énergie et construction. Il y a trois ans, la direction du parc s’attaquait à un problème de taille : les dépôts sauvages, constitués essentiellement de matériaux de chantier et présents notamment en lisière de forêts. Une première phase d’étude, finalisée fin 2020 par l’entreprise spécialisée Recovering, a mis en lumière un potentiel de 230 000 t/an de déchets de chantier à valoriser sur le territoire. Le PNR est aujourd’hui confronté à deux défis : lutter contre les dépôts sauvages et favoriser le traitement local des déchets du bâtiment. Le combat remonte à 15 ans, souligne Jean-Jacques Boussaingault, directeur du parc. « Des barrières ont été installées à l’entrée des chemins et les habitants ont été sensibilisés à ce fléau ».

Depuis quelques années, le parc est soutenu par la Région et collabore avec l’ONF. Des pièges photos et des moyens financiers ont été mobilisés pour tenter de retrouver les fautifs et les sanctionner. « Aujourd’hui, notre objectif est d’accompagner les entreprises, les collectivités et les maîtres d’ouvrage dans le tri des déchets de construction, le réemploi et le recyclage » indique Emmanuelle Guilmault, directrice. Le Gâtinais compte de nombreuses PME et artisans du bâtiment mais peu d’acteurs du réemploi et du recyclage. Charlotte Alissio, responsable du pôle économie, estime que la stratégie régionale pour l’économie circulaire va permettre de créer des filières de valorisation pérennes : « outre les matériaux de réemploi, nous étudions de près le déploiement de matériaux biosourcés, comme le chanvre et le bois, en grande quantité sur notre territoire ». Alors que la charte du Gâtinais doit être renouvelée en 2026, les actions à venir dessinent d’ores et déjà la politique circulaire du parc sur le long terme. Parmi les sujets phares : l’éco-conception des matériaux de construction, en lien avec les filières agricoles et la sylviculture.
A l’instar des autres directions de PNR franciliens, le Gâtinais attend beaucoup de la politique clairement affichée de la région : « nous échangeons régulièrement avec les services d’Ile-de-France pour partager nos solutions circulaires et nos besoins. Notre préoccupation sur les déchets de chantier a été entendue et s’est rapidement traduite par une forte mobilisation matérielle et financière des services régionaux. Nous espérons maintenant que de nouveaux moyens humais et financiers seront au rendez-vous pour continuer de mener à bien nos projets sur le terrain » assure Jean-Jacques Boussaingault.
En plus :
La SREC prévoit de lancer plusieurs Appels à manifestation d’intérêt et appels à projets au cours des années à venir. Le premier AMI est programmé en 2021 et a pour thème « Territoires franciliens circulaires ». Les autres s’intitulent « Innover pour réduire, réparer, réemployer et recycler nos déchets » ; « Île-de-France zéro plastique » ; « Ecocirc’ BTP ».
Crédits :
Région Ile-de-France, Cyril Badet, PNGF, PNR Chevreuse, Delicatessen Studio
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