Les entreprises de plus en plus sensibles à l’éco-conception

Armor Print Solutions interroge les ETI sur l’économie circulaire

Comment est perçue l’économie circulaire en entreprises ? Pour en savoir plus, les pouvoirs publics mènent l’enquête. Depuis 2008, l’Ademe se penche sur l’intégration de l’éco-conception. Tous les cinq ans, l’agence réactualise son baromètre. Le dernier a été publié fin 2020, montrant une forte progression depuis cinq ans. Plus surprenant, un chantier similaire vient d’être lancé par le spécialiste des cartouches reconditionnées Armor Print Solutions, avec l’Institut national de l’économie circulaire. Objectif : identifier les actions d’économie circulaire au sein des ETI. Les résultats sont attendus pour l’été.

Evaluer le degré d’engagement, identifier les secteurs ciblés et analyser la progression de l’éco-conception dans les entreprises françaises, c’est l’ambition de l’Ademe (Agence française de la transition écologique) qui interroge depuis plus de douze ans le monde économique. Dans la continuité des études réalisées depuis 2008, l’Ademe publie un nouveau baromètre sur les « Pratiques et positionnements des entreprises françaises » vis-à-vis de l’éco-conception. Le précédent remonte à 2014. L’agence s’est appuyée sur un questionnaire en ligne et une enquête téléphonique auprès de 1604 représentants d’entreprises en France avec au final 394 réponses obtenues (entre le 21 septembre au 16 octobre 2020) d’entreprises, issues de différents secteurs et d’entreprises de taille variée. Celles-ci ont été interrogées sur des indicateurs déjà présents dans le baromètre de 2014 et enrichi de nouvelles questions.

L’approvisionnement durable en matières premières fait partie des cibles pour les entreprises impliquées

Le baromètre de l’Ademe, réalisé par l’institut d’études marketing Harris Interactive, en partenariat avec le Pôle éco-conception de Saint-Etienne révèle que la majorité des entreprises du panel intègre désormais l’éco-conception dans leur stratégie. Ainsi parmi les 394 entreprises interrogées, près de 300 ont développé des actions d’éco-conception dans leurs plans, dont au moins une centaine de manière systématique. En outre, l’enquête montre que plus d’une entreprise sur cinq (21 %) applique aujourd’hui la démarche d’éco-conception à un niveau généralisé du portefeuille de ses produits mis sur le marché. D’après ce baromètre actualisé, la motivation personnelle du dirigeant pour initier cette démarche est primordiale (64 %), tout comme le besoin d’anticiper les futures réglementations (40%), en particulier pour les entreprises de plus de 50 salariés. Selon l’Ademe, entre 2014 et 2020, les démarches d’éco-conception se sont renforcées. Les entreprises massifient le nombre de projets, avec en 2020 en moyenne 32 chantiers d’éco-conception réalisés depuis trois ans contre six en 2014. Autre enseignement grâce à ce suivi dans le temps, en 2014, le panel interrogé avait 4,5 ans d’ancienneté en éco-conception, contre 9 ans en 2020. Preuve selon l’Ademe que la démarche est de plus en plus ancrée dans le tissu économique français. Pour accompagner cette dynamique, deux entreprises sur cinq ont mis en place un système de management environnemental et 18 % ont une certification environnementale ISO 14001 de leurs produits.

Porte d’entrée vers la transition écologique

 

L’éco-conception serait même devenue une porte d’entrée vers la transition écologique. En effet, les données recueillies par le baromètre mettent en lumière que 91 % des entreprises de plus de 250 salariés ayant répondu à l’enquête, ont déjà commencé à sensibiliser et former le personnel sur l’éco-conception tandis que 19 % d’entre elles intègrent systématiquement l’éco-conception. S’agissant des petites entreprises (de moins de 10 salariés), 73 % sensibilisent et forment leur personnel en éco-conception (18 points de moins que les entreprises de plus de 250 salariés) mais 45 % d’entre elles intègrent systématiquement l’éco-conception (26 points de plus que les entreprises de plus de 250 salariés). En d’autres termes, les petites entreprises sont peut-être moins nombreuses à franchir le cap mais plus réactives et rapidement au stade d’une éco-conception généralisée sur leur portefeuille de produits, lorsqu’elles décident de s’impliquer.

Pour mieux connaître les attentes des entreprises dans le cadre d’une démarche éco-conception, l’enquête leur a soumis plusieurs modèles économiques. La plus recherchée porte sur les approvisionnements circulaires (58 %) : l’achat de matières premières d’origine renouvelable, recyclable, biodégradable ou bien la mise en œuvre de boucles fermées dans les processus de fabrication. Deux autres modèles intéressent les entreprises : la récupération des ressources (45 %) et l’allongement de la durée de vie des produits (40 %).

Motivations et bénéfices

 

Les raisons qui conduisent les entreprises à entreprendre une démarche d’éco-conception peuvent être multiples. Inchangées depuis 2014, les convictions personnelles du dirigeant arrivent en première position (64 %), surtout pour les petites entreprises (0 à 10 salariés), les entreprises B2C, et les entreprises qui ont intégré systématiquement l’éco-conception dans leur stratégie. L’intégration de l’éco-conception permet d’anticiper les futures réglementations (40 %), en particulier pour les entreprises de plus de 50 salariés et les entreprises qui en sont au stade d’information et de sensibilisation. Enfin, l’éco-conception peut être associée à la recherche de nouveaux marchés (32 %), surtout pour les entreprises de 51 à 250 salariés.

Le baromètre de l’Ademe montre que l’écoconception touche tous les secteurs et toutes les strates de l’entreprise.

Les entreprises engagées depuis six ans ont assez de recul pour mettre en évidence les bénéfices issues de l’éco-conception. Elles ont des retombées principalement sur les finances, l’image, la performance technique ou organisationnelle en complément de la performance environnementale. Les répercussions positives de l’éco-conception sont tout d’abord visibles au niveau économique. En effet, 34 % des entreprises perçoivent une augmentation du volume des ventes (vs 29 % en 2014), dont 6 % une augmentation significative (0 % en 2014). D’autres avantages sont perceptibles depuis 2014, comme par exemple une hausse de notoriété (62 %), une meilleure relation avec les clients (48 %) et une motivation des employés plus importante (38 %). En contrepartie, les entreprises expriment des attentes et des besoins pour renforcer leur démarche : formations, conseils, méthode de comptabilité des impacts économiques de l’éco-conception.

Résultats à approfondir

 

Pour réaliser ce baromètre, 1604 appels ont été effectués, mais seulement 15 % des personnes interrogées ont répondu. En d’autres termes, la grande majorité des entreprises contactées a décliné, craignant de ne pas savoir quoi répondre ou bien déclarant n’avoir jamais entendu parler d’éco-conception. L’Ademe souligne que les résultats ne sont pas représentatifs des entreprises françaises, puisque seules les personnes qui connaissaient déjà l’éco-conception ont été questionnées.

Ce baromètre confirme les retombées économiques pour les entreprises

Autre élément à prendre en ligne de compte, il s’agit de déclaratif par voie d’enquête d’une personne dans l’entreprise, sans demande de justifier la réponse. Par ailleurs, le baromètre est incomplet dès lors qu’il n’inclut pas de question sur les bénéfices économiques de l’éco-conception mais uniquement sur le volume de ventes et la marge. Les auteurs de l’enquête observent toutefois une corrélation entre le volume des ventes et la marge : si la marge baisse, le volume de vente est stable ; si la marge augmente, le volume de vente augmente également ; et si la marge est stable, le volume de vente est stable. Ces résultats méritent d’être approfondis selon l’Ademe par une évaluation quantitative de la rentabilité de l’éco-conception. Néanmoins, une chose est sûre, ces données montrent de façon indéniable une accélération des démarches d’éco-conception en entreprise. Face à cette évolution, l’Ademe émet le souhait de poursuivre désormais la réactualisation du baromètre à une fréquence annuelle pour disposer de séries statistiques. Ainsi les prochains baromètres pourraient davantage se focaliser sur la progression de l’implication des entreprises selon leur taille, les secteurs, et de suivre en particulier l’évolution du nombre d’entreprises impliquées, pas impliquées ou simplement informées. Une présentation des résultats selon un critère géographique pourrait être également envisagée.

Les ETI sollicitées

 

L’Ademe n’est pas le seul acteur à se pencher sur le degré d’implication des entreprises. En partenariat avec l’Institut National de l’Économie Circulaire (INEC), Armor Print Solutions, spécialiste européen des cartouches reconditionnées, vient de lancer début mars 2021 une consultation auprès des entreprises de taille intermédiaire (ETI) en France pour mesurer l’intégration de l’économie circulaire. A travers une vingtaine de questions adressées à plusieurs entreprises nationales, Armor, elle-même ETI, invite ses homologues à partager leurs pratiques en matière de circularité. Directeur général depuis cinq ans d’Armor Print Solutions, Gerwald van der Gijp estime qu’il est de son devoir, au regard de son activité dans le reconditionnement et le recyclage de cartouches, de mieux connaître les pratiques des entreprises et de sensibiliser dans ce sens.

Les cartouches d’impression reconditionnées sous la marque OWA (Armor Print Solutions) couvrent 90% du parc d’imprimantes européen

Spécialisée dans le reconditionnement des cartouches d’impression depuis 30 ans, Armor perçoit le décalage qui existe encore en France vis-à-vis de produits éco-responsables. Outre les pays d’Europe du Nord, très avance sur les achats verts, certains pays du sud comme l’Italie ou l’Espagne font preuve d’exemplarité avec 30 % de produits remanufacturés dans leurs achats publics. « Depuis quelques années, avec le Green Deal et le paquet économie circulaire, l’Europe donne la bonne direction. Mais à ce jour, le taux de réutilisation des cartouches sur le marché français affiche seulement 15 %, déplore Gerwald van der Gijp. Pourtant, pas besoin d’investir des millions d’euros pour s’engager. Bien souvent des actions peu chères existent et sont à portée de main ».

Ce baromètre national vise à recueillir un maximum de données d’ici avril en vue d’une publication avant l’été prochain, souligne Emmanuelle Travailleur, Responsable Trade Marketing et chargée du projet. Il interroge les ETI sur leurs pratiques, les secteurs visés, les aides financières reçues et les bénéfices provenant d’actions circulaires. L’objectif est triple : mieux connaître les pratiques des potentiels clients, valoriser les initiatives mises en place et encourager les ETI à pérenniser leur politique d’économie circulaire. « Nous souhaitons partager notre enthousiasme dès lors que l’économie circulaire renforce l’innovation, la qualité de nos produits et rassemble autour de valeurs environnementales et sociales », insiste Emmanuelle Travailleur. De son côté, l’INEC pourrait utiliser cet état des lieux comme vivier de démarches inspirantes pour aider d’autres entreprises, en quête de compétitivité et de résilience.

Bon à savoir :

  • Armor compte près de 2 000 collaborateurs dans une vingtaine de pays (28 sites industriels et logistiques). Le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 280 millions d’euros en 2019. Le groupe investit chaque année près de 30 millions d’euros en équipements industriels et en R&D. En lançant sa marque OWA, Armor revalorise les consommables d’impression usagés pour réduire le volume des déchets d’impression. En fin de vie, les composants plastiques des cartouches d’encre sont également recyclés dans une gamme de filaments 3D, commercialisée par Armor.
  • L’Ademe a réalisé en 2017 une étude approfondie des bénéfices économiques et financiers de l’écoconception dans 10 entreprises, qui pratiquent l’écoconception depuis plus de 3 ans. Si elle n’a pas de réelle valeur statistique, c’est la première étude réalisée en France qui apporte réellement une évaluation quantitative du bénéfice économique et financier de l’éco-conception.
  • Par ailleurs, de nouvelles mesures s’imposent sur l’éco-conception de plusieurs appareils ménagers depuis le 1er mars 2021 en France, en lien avec la réglementation européenne sur l’éco-conception des produits.

Crédit : Armor

A lire aussi :

AFNOR enquête sur l’économie circulaire en entreprise

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article