REP Jouets : Eco-mobilier se positionne

Les acteurs du réemploi vigilants face à un cahier des charges allégé

A l’instar des futures REP ASL (articles sport et loisirs) et ABJ (articles bricolage et jardin), la filière Jouets (hors DEEE) donnera la priorité au réemploi et à la réparation. C’est en tout cas ce que préconisent les pouvoirs publics à l’aune des objectifs de la loi AGEC. Le décret portant sur son périmètre est attendu en juillet, tandis que les consultations sur le cahier des charges sont en cours. L’éco-organisme Eco-mobilier a déjà exprimé son intérêt pour la filière. Côté réemploi, la fondatrice de Rejoué se dit toutefois prudente face aux objectifs proposés et lance trois projets novateurs.

Chaque année en France, la quantité de jouets mis sur le marché s’élève à 110 000 tonnes, tandis que le gisement de déchets issus de jouets est estimé autour de 100 000 tonnes. A ce jour, la collecte affiche près de 7000 tonnes, alors que le réemploi porte sur un peu plus de 4000 tonnes de jouets. A partir de ces flux, des études de préfiguration ont été menées par l’Ademe pour déterminer les gisements à collecter et à traiter en vue d’un réemploi et/ou d’un recyclage dans deux, quatre et six ans. C’est ainsi qu’un premier objectif a été fixé par rapport aux quantités mises sur le marché, sur la collecte (20 %), le réemploi (5 %) et le recyclage (33 %). Les performances visées seront réajustées au fur et à mesure des résultats enregistrés et des mesures annoncées.

Les objectifs présentés dans le projet de cahier des charges d’agrément des éco-organismes et systèmes individuels

Dans le cadre du projet d’arrêté portant sur le cahier des charges, le ou les éco-organismes ainsi que les systèmes individuels devront pourvoir à la collecte ainsi qu’au recyclage des déchets issus des jouets ; contribuer à cette collecte assurée par les collectivités territoriales ou leurs groupements ; soutenir financièrement le réemploi, la réutilisation et la réparation des déchets issus des jouets. Le dispositif en place proposera des éco-modulations fondées sur au moins trois critères : la disponibilité des pièces détachées ; la recyclabilité ; l’incorporation de matière recyclée. La ou les structures en charge de la filière REP réaliseront une étude portant sur les possibilités d’incorporation de matières recyclées dans les jouets et la remettront au ministre chargé de l’environnement au plus tard trois ans à compter de la date de son agrément. Par ailleurs, le dispositif contribuera à la prise en charge des coûts de collecte dans les zones de dépôts des produits réemployables ; de collecte séparée des déchets de jouets assurée en déchèterie, et sur des points de reprise mobile ; de collecte parmi les encombrants, sous réserve que cette collecte concoure à la réutilisation ou au recyclage de ces déchets.

Plan d’actions sur le réemploi

 

L’éco-organisme ou le système individuel devra proposer sans frais des contenants et équipements de protection individuels adaptés à la collecte séparée des déchets de jouets auprès des collectivités avec lesquelles il contracte, lorsqu’elles en font la demande. Lorsque l’éco-organisme dispose d’un agrément pour les jouets et pour d’autres produits soumis au principe de REP, il pourra proposer des contenants permettant la collecte conjointe des déchets. Par ailleurs, une étude sera menée par l’éco-organisme pour identifier les freins techniques et économiques au recyclage des jouets, ainsi que les perspectives d’évolution de leur recyclage.

Un plan d’actions est également prévu pour développer le réemploi et la réutilisation des jouets usagés, notamment par le don, dans un délai de six mois à compter de la date de son premier agrément. L’éco-organisme réalise également une étude pour estimer les quantités de jouets faisant l’objet d’un réemploi ou d’une réutilisation sur le territoire national. Il remet cette étude au ministère de l’Ecologie au plus tard un an à compter de la date de son agrément. Cette étude est mise à jour au plus tard cinq ans à compter de la date de son agrément. Par ailleurs, selon l’Ademe, le budget alloué à la filière hors fonds réparation, serait compris entre 25 et 50 millions d’euros. Sur le fonds réparation proprement dit, l’agence française a engagé des travaux en avril 2021 pour estimer le montant des ressources financières devant être réservées par les éco-organismes.

Eco-mobilier, officiellement candidat

 

Le projet de décret portant sur le périmètre de la REP jouets a été soumis à la consultation du public entre le 16 avril et le 8 mai 2021. Il est actuellement en examen au conseil d’état, et sa publication est attendue en juillet
 prochain. Seraient vraisemblablement concernés, tous les jouets destinés aux enfants de moins de 14 ans (hors DEEE), les maquettes et puzzles, les jeux de plein air, sans oublier, les jouets roulants, un temps considérés comme articles de sport et loisirs. Seuls les articles de dessin et écriture en seraient exclus. Pour le projet d’arrêté portant sur le cahier des charges, les concertations avec les parties prenantes et la DGPR sont actuellement en cours. Cela n’empêche pas les acteurs de la filière de poser leurs jalons. A commencer par Eco-mobilier.

En 2020, Eco-mobilier a atteint 93 % de valorisation, dont 51 % de recyclage et réemploi

Selon Dominique Mignon, présidente de l’éco-organisme en charge du mobilier des ménages, le profil des jouets se rapproche de celui des déchets d’ameublement gérés par l’éco-organisme : « il était naturel de se positionner sur cette nouvelle REP et déployer une stratégie sur le réemploi et le recyclage, a-t-elle annoncé lors des 14e rencontres Amorce sur les REP. Notre filière REP DEA a atteint sa vitesse de croisière avec un taux de valorisation de 93 %. Nous disposons de 5077 points de collecte et collaborons déjà avec 500 structures de l’ESS, ce qui a permis en 2020, le réemploi et la réutilisation de 40 000 tonnes de pièces d’ameublement ». Toutefois, elle reconnaît que la composition des jouets va entraîner un afflux de matières plastiques. Des investissements dans le R&D seront nécessaires pour recycler et trouver de nouveaux débouchés pérennes. Le flux de jouets concerné est composé de plastiques à 83 %, de ferraille à 10 % et d’autres matériaux. Eco-mobilier souhaiterait également tester les collectes hors déchèteries, sur les surfaces de vente comme il le fait déjà dans le cadre de son programme Maison du tri. « Nous allons identifier en milieu urbain, les espaces appropriés pour accueillir ces flux. En déchèterie, nous voulons promouvoir les espaces de réemploi et mettre à disposition des usagers des bennes pour sortir les plastiques, et séparer ferrailles et bois » explique Dominique Mignon.

Le réemploi, à quelle sauce ?

 

Cette filière REP pourrait également voir émerger des systèmes individuels, portés par quelques grandes marques. Ces partenaires multiples envisagés poussent les acteurs du réemploi à la prudence. C’est le cas de l’association Rejoué et de sa fondatrice Claire Tournefier. Depuis 2012, cette structure d’insertion œuvre pour la collecte et la remise en état des jouets en vue de leur réemploi. S’adressant au grand public mais aussi aux professionnels (crèches, centres de loisirs, écoles, psychomotriciens etc.), l’association francilienne Rejoué accueille la création d’une nouvelle REP sur les jouets en 2022 avec beaucoup d’espoir grâce aux soutiens économiques possibles.

Chez Rejoué, 50% des dons ne sont pas réemployables

« Le financement de la filière devra prendre en compte tous les modes de traitement et en premier lieu le réemploi. A ce titre, nous espérons devenir un maillon essentiel de la filière. Nous avons l’expertise sur le traitement, le démontage et la réparation. Nous espérons que notre savoir-faire sera intégré aux travaux d’éco-conception pour améliorer la réparabilité et le réemploi. » indique sa présidente Claire Tournefier. Toutefois, l’esquisse du cahier des charges d’agrément suscite d’ores et déjà quelque vigilance : « si le réemploi semble s’inscrire davantage dans les consignes données aux éco-organismes, les moyens pour atteindre les objectifs ne sont pas clairement définis. Le projet de cahier des charges reste flou sur la partie des éco-modulations qui ne s’intéressent qu’à la recyclabilité, à la disponibilité des pièces détachées et à l’incorporation de matière recyclée. Rien de précis sur l’éco-conception, ou la durabilité » déplore la fondatrice de Rejoué.

« Le réemploi est une priorité dans la loi AGEC, faisons en sorte qu’elle le reste »

A l’instar de nombreuses entreprises et associations du réemploi et de la réparation, Rejoué constate une demande et des achats de produits de seconde main en croissance. « Les usagers attendent de nous une exemplarité sur la qualité du produit proposé à la vente et sur l’information transmise (réparation, pièces détachées, composition etc.). En tant qu’acteur du réemploi, nous ne voulons pas être considérés comme prestataire de seconde zone pour aider à prolonger la durée de vie des produits, mais bien partie intégrante de la filière. Où le réemploi devient un nouveau schéma de pensée, de production et de consommation » affirme la présidente de Rejoué.

Pour que le réemploi soit efficace, la collecte doit s’inscrire dans la prévention, avec le déploiement de points de dons différenciés. Aujourd’hui, Rejoué accueille sur ses sites de tri, 50 % de jouets donnés non réemployables. La nouvelle REP est attendue comme vecteur de sensibilisation : avec plus de moyens pour identifier et caractériser davantage les lieux de collecte pour les dons de jouets susceptibles d’avoir une seconde vie. « Le réemploi est une priorité dans la loi AGEC, faisons en sorte qu’elle le reste » ajoute Claire Tournefier .

Une gestion plus régionale

 

Alors qu’au sein des filières REP, le réemploi fait son entrée officielle, et s’inscrit dans les objectifs des cahiers des charges, une caractérisation des jouets selon les régions et les configurations géographiques s’avère indispensable aux yeux de la fondatrice de Rejoué : « en zone urbaine, la typologie des jouets n’est pas la même qu’en zone rurale, où les jeux de plein air sont plus nombreux ».

Trois projets franciliens sont dans les tuyaux de Rejoué

Outre la mise en œuvre d’une filière REP Jouets, toute la complexité pour les acteurs du réemploi et des opérateurs par ailleurs, réside dans la gestion des flux par plusieurs éco-organismes : ceux de la filière Jouets et ceux de la filière DEEE. « Comment cela va-t-il se traduire sur le terrain, en termes de collecte, d’éco-contribution, d’affichage, d’éco-conception ? Pour le consommateur, cela n’a pas vraiment de sens de séparer les deux gisements. Cette complexité ne doit pas être un frein dans leur geste de don et de réemploi » explique la fondatrice de Rejoué. Dans la perspective d’une nouvelle organisation de gestion jouets usagés ou de seconde main, et la mise en œuvre de la REP Jouets, l’association a décidé de déployer trois projets coopératifs franciliens, soutenus par le Syctom, l’Ademe, la région Ile-de-France, et le fonds social européen.

Le premier porte sur l’expérimentation d’une économie circulaire et solidaire du jouet en Ile-de-France avec toutes les parties prenantes : producteurs et distributeurs de jouets, citoyens et professionnels de l’enfance, acteurs du réemploi et du recyclage. Cette boucle locale vise à mieux gérer les déchets générés dans le secteur. Rejoué a fait appel au bureau d’étude Inddigo et propose sur une année, de mobiliser les structures concernées autour de groupes de travail. L’idée est de recenser les pratiques existantes, définir une stratégie commune en accord avec les enjeux collectifs et individuels, évaluer et pérenniser la démarche.

Une nouvelle plateforme pour 2022

 

Dans le second projet, Rejoué travaille en partenariat avec le cabinet de conseil Néo Eco, à la création d’une plateforme mutualisée de collecte et de pré-tri, qui sera implantée en Ile-de-France à côté du futur atelier de Rejoué ; dans l’idéal en Val-de-Marne ou dans le Sud de Paris. Rejoué historiquement est installé à Vitry-sur-Seine sur trois espaces (collecte et tri, atelier de valorisation et bureaux). L’association s’apprête à déménager début 2022, et cherche aujourd’hui un site plus grand pour répondre aux objectifs de la filière REP. « Aujourd’hui, la plateforme est saturée en dons et doit externaliser des stocks dans des entrepôts. Dans les années à venir, les consommateurs seront amenés à confier leurs jouets et jeux aux distributeurs et aux associations de réemploi. Ainsi, près de 22 000 tonnes de jouets estimés pourront être collectés en région francilienne » assure la fondatrice de Rejoué. La future plateforme va permettre de massifier les flux des jouets en vue de leur réemploi, mais aussi leur recyclage. Pour limiter le transport et optimiser la filière d’un point de vue environnemental et économique, développer des synergies locales, Rejoué souhaite s’associer à des partenaires d’inclusion sociale, des logisticiens, d’autres acteurs de l’ESS et des distributeurs.

Troisième projet innovant, celui de créer une offre d’usage, en privilégiant la fonctionnalité plutôt que l’achat. Depuis une dizaine d’années, Rejoué prolonge la vie des jouets en leur donnant une seconde vie dans les mains d’un nouveau propriétaire. Demain, l’association souhaite aller encore plus loin en proposant une offre tournée vers la valeur d’usage du jouet plutôt que sa possession. Cette offre pourra s’adresser au consommateur lambda mais aussi à ses clients professionnels comme les crèches, écoles, pédopsychologues, et psychomotriciens. Des remontées d’expériences sont envisagées et attendues avec les fabricants et les marques, en quête de nouveaux modèles de production. « Les acteurs du réemploi sont et resteront les meilleurs points de référence, pour faire avancer l’éco-conception et progresser dans la durabilité des produits », insiste Claire Tournefier.

Un réseau du réemploi du jouet 

En février 2021, Rejoué a créé Rejouons Solidaire, un réseau de sept structures de l’ESS, spécialisés dans le jouet. L’association souhaite ainsi essaimer et accompagner grâce à son expertise, de nouveaux porteurs de projets dans le réemploi des jouets. Le réseau se compose aujourd’hui de structures implantées dans toute la France comme Active, Carijou, Enjoué, Joujou, Recycl’jouets, Rejoué et Ti Jouets. Celle-ci ont permis en 2020 de collecter 96 tonnes de jouets, d’accompagner 137 salariés et de déployer 19 points de vente sur le territoire.

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Crédits : Eco-mobilier, Rejoué

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