Pour être en phase avec la législation environnementale et réduire la production de déchets, les collectivités territoriales mènent de plus en plus d’actions de prévention. Parmi les pistes possibles, celles de la réparation et du réemploi. Depuis quelques années, des aides publiques sont proposées pour encourager la création de recycleries et l’optimisation des déchèteries. Le bureau d’études Elcimaï accompagne les collectivités avec l’Ademe et les régions. Diagnostics, enquêtes de terrain, études de faisabilité font partie des étapes incontournables pour garantir la réussite de ces projets.
Comment réduire la production de déchets sur son territoire ? Les solutions dont disposent les collectivités sont nombreuses, mais difficile parfois de s’y retrouver et de faire les bons choix. Entre la stratégie zéro plastique, la mise en œuvre de composteurs publics, la création d’ateliers de réparation et la promotion du réemploi, les collectivités ont l’embarras du choix. Souvent, ces actions s’inscrivent dans un PRPGD et une feuille de route sur l’économie circulaire. Mais selon la configuration géographique, le niveau de richesse de la population, les actions de prévention ne prennent pas la même forme et n’ont pas le même impact. Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics via l’Ademe et les régions, proposent des aides (études préalables subventionnées à 70 % maximum) pour inciter au déploiement d’une stratégie efficace et pérenne de réduction de déchets. Dans le cadre de la loi AGEC, l’allongement de la durée de vie des objets est fortement encouragé et le décret d’application dit « 3R » (Réduction, Réemploi, Recyclage) donne le cap. Trois objectifs de développement sont notamment annoncés : atteindre 5% du tonnage de déchets ménagers en 2030 réemployés ou réutilisés ; contraindre au réemploi, à la réutilisation ou au recyclage des produits non alimentaires neufs invendus ; utiliser les déchèteries communales comme lieux de récupération, avec l’obligation de prévoir une zone de dépôt.
Pour traduire cette démarche sur le terrain, les collectivités sont de plus en plus nombreuses à vouloir se doter de recycleries. Ces structures devraient jouer dans les années à venir un rôle majeur pour gérer au mieux les produits à réemployer. Les prochaines nouvelles filières REP (jouets, articles de sport, loisirs, bricolage et jardin) mises en œuvre en 2022 mettent l’accent sur la réparation et le réemploi avec des objectifs chiffrés et des fonds de financement associés. Ce mouvement va de fait densifier le maillage des recycleries et des espaces destinés à prolonger la durée de vie des produits.
Porteurs de projet accompagnés
Intervenant en qualité d’accompagnateur des projets soutenus par l’Ademe et les régions, le bureau d’études Elcimaï Environnement, filiale du groupe Elcimaï, évolue dans ce secteur depuis plus de trente ans. Doté d’un savoir-faire en conseil et en ingénierie dans le domaine de l’économie circulaire et de la transition écologique, Elcimaï mène des études amont sur les diagnostics et la faisabilité des projets jusqu’à la réalisation des équipements structurants, en partenariat avec les maîtres d’ouvrage publics ou privés de toutes catégories. « Aujourd’hui, la réglementation pousse au développement d’actions en faveur du réemploi et de la réutilisation. Les réflexions engagées sur le sujet par les territoires que nous accompagnons mobilisent une grande diversité d’acteurs vers l’élaboration de projets variés, allant de l’animation ponctuelle à la création de structures de type recyclerie », souligne Fanny Champion, cheffe de projet chez Elcimaï Environnement.

Dans le cas de montage de projets de recycleries, on assiste à un véritable engouement depuis ces derniers mois, dans le sillon du cadre législatif et de la publication des textes d’application : « tous les profils de collectivités sont concernés, quelle que soit la taille, le lieu géographique ou le revenu moyen de ses habitants. Même si au départ, le degré d’engagement peut varier. Certains élus nous sollicitent avec un projet bien précis, ou disposent déjà d’un local réservé. D’autres n’ont pas d’idée arrêtée, souhaitent développer et promouvoir le réemploi, mais sans volonté politique affirmée » précise Fanny Champion. Fort de son expertise, Elcimaï a mené récemment plusieurs chantiers en Ile-de-France, dont celui de Gennevilliers (92). Avec une démographie de 47 000 habitants et une croissance de 10 % entre 2014 et 2017, la ville des Hauts-de-Seine accueille 44 000 emplois grâce aux entreprises qui occupent les deux tiers du territoire. Cette collectivité a chargé Elcimaï d’une étude de faisabilité pour l’implantation d’une recyclerie avec des trois types d’objectifs. Le premier vise à favoriser des activités économiques d’insertion professionnelle et à élaborer un modèle économique favorisant le développement durable. Le second, d’ordre social porte sur la créationd’emplois d’insertion et le soutien d’acteurs locaux. Le troisième consiste à instaurer un lieu d’échange et de partage sur les thèmes du réemploi et l’économie d’usage, à améliorer le cadre de vie et le pérenniser.
Pour réaliser ses études de faisabilité, Elcimaï Environnement a mis en œuvre une méthodologie qui repose sur deux axes de travail. Tout d’abord, un diagnostic territorial est effectué sur la base de plusieurs entretiens des acteurs locaux (entreprises, CCI, CMA, …). « Nous menons des enquêtes auprès de la population et des usagers du réemploi, sur le suivi des collectes des encombrants, explique la cheffe de projet. Sans oublier, l’état des lieux des acteurs du réemploi déjà présents (associations, Emmaüs, Secours Populaire, Envie, brocantes, vide-grenier). Ces données sont importantes pour une bonne analyse des contraintes et des problématiques du territoire et puis surtout, éviter de créer de la concurrence entre les acteurs ».
Vers une généralisation de la demande
Le second axe porte sur un travail collaboratif, pour identifier et confirmer le niveau d’implication des acteurs. Indispensable pour déterminer les synergies possibles, définir les modalités d’organisation du site retenu, conseiller sur les flux à privilégier etc. Ces études de préfiguration et de faisabilité ont été réalisées selon le même principe pour Calitom, dans le cadre de l’appel à projet 3R porté par l’Ademe et la Région Aquitaine. Le syndicat assure le traitement des déchets sur la totalité du territoire de la Charente, ainsi que la collecte sur une partie de ce dernier. Le territoire concerné représente 5 956 km² et regroupe 9 EPCI pour un total de 361 539 habitants. Calitom avait pour ambition de porter un ou deux projets de recyclerie sur le territoire afin d’apporter un complément à l’offre déjà présente. Des secteurs ont été pré-identifiés et une étude de faisabilité a permis de confirmer l’intérêt d’implanter de nouvelles structures, mais aussi de construire une dynamique collaborative entre les acteurs du territoire : collectivités, associations, entreprises.

Le déploiement des projets de recycleries ne donne pas pour autant d’indications sur les tendances. On pourrait penser que les demandes entre collectivités rurales et urbaines diffèrent, ou bien que les recycleries sont davantage sollicitées sur les territoires à revenus modestes. Selon Fanny Champion, rien de tout cela : « les projets se sont peut-être un peu plus cristallisés dans les collectivités intermédiaires, semi-urbaines ou semi-rurales. Mais la pression législative et surtout le désir de réduire la production de déchets et les coûts de gestion inhérents poussent vers une uniformité nationale » assure Fanny Champion. Par ailleurs, la demande ne s’arrête pas aux projets de recycleries. L’optimisation des déchèteries municipales pour accueillir des espaces deréemploi est aussi d’actualité. Elcimaï intervient notamment dans le cadre de nouveaux projets de déchèteries, ainsi que sur le déploiement de structures mobiles, lorsque les collectivités souhaitent sensibiliser les habitants aux bons gestes de tri, plutôt que de voir s’installer des dépôts sauvages.
La place du réemploi dans les QPV

Des travaux lancés en 2015 par l’Ademe montrent néanmoins la place de la circularité au sein des villes, qui concentrent l’essentiel des activités économiques. Des expérimentations ont été menées en particulier dans les quartiers prioritaires. Ces zones urbaines sont au cœur du Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU) et s’apprêtent à subir de profondes transformations dans les années à venir. Ainsi, au Nord de Paris, Plaine Commune pilote 26 projets de rénovation urbaine. Cela signifie que 40 % de son territoire est amené à changer d’ici 2050. Pour minimiser les impacts environnementaux et répondre aux enjeux sociétaux dans les QPV (quartiers prioritaires de la ville), l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) a décidé de s’appuyer sur l’économie circulaire et plus particulièrement sur le réemploi. Parmi les pistes choisies, figurent la rénovation urbaine avec le réemploi de matériaux et la création de ressourceries pour répondre aux enjeux d’inclusion sociale. Celles-ci sont associées à des services complémentaires à leur activité de revente : réparation ou transformation d’objets, lieu de rencontres etc. Dans ces structures, les habitants des quartiers QPV, souvent en situation précaire, ont accès à des produits de seconde main de qualité et à un faible coût. Après deux ans de travaux, qui ont permis d’identifier les freins communs au développement de l’économie circulaire dans les quartiers prioritaires, l’ANRU a publié le guide « L’économie circulaire dans les quartiers en renouvellement urbain ». Ce document met en avant les solutions et les facteurs clés de réussite pour favoriser laréplicabilité de 10 démarches exemplaires dans d’autres opérations de renouvellement urbain : mise en place d’un diagnostic ressources, utilisation de plateformes de réemploi, opérations de communication pour lever les barrières psychologiques etc.
Une recyclerie innovante au Pays de Racan
Pour allonger la durée des produits, la collectivité peut s’engager auprès de trois cibles : les citoyens en organisant des actions sur la réparation, le don, le réemploi ; les entreprises en encourageant l’éco-conception pour renforcer l’attractivité du territoire ; en interne via des achats plus responsables, en privilégiant le réemploi ou l’achat de seconde main. A ce titre, la CC Gâtine Choisilles Pays de Racan (Indre-et-Loire), créée en 2017 (19 communes, trois déchèteries, 21 500 habitants), a porté et mené jusqu’au bout son projet de recyclerie. Ce chantier visait plusieurs objectifs : réduire la production de déchets et le coût de gestion grâce à un traitement en réemploi de 60 à 80 tonnes par an ; promouvoir l’inclusion et l’insertion sociale par l’emploi ; toucher une population rurale confrontée à des problèmes de mobilité et d’isolement.
Cette recyclerie communautaire « La Caverne de Tri’Tout » a été inaugurée sur le Centre Tri’Tout à Saint-Antoine-du-Rocher en novembre 2019. Soutien financier à hauteur de 71 %, l’Ademe Centre Val-de-Loire a rappelé que ce projet, réalisé à côté d’une déchèterie, est précurseur au plan national et unique en région. « L’intérêt de cette recyclerie de 420 m² est sa proximité avec la déchèterie. C’est un lieu d’échanges et de pédagogie pour inciter les usagers à développer le don et limiter le gaspillage, insiste Eric Lachabrouilli, directeur de l’entreprise solidaire Tri 37, en charge de la gestion de la recyclerie. Nous avons par ailleurs créé des partenariats avec des associations d’artisans et de répar’acteurs ». Ici, l’activité ne se limite pas au don et à la revente d’objets. Elle emploie quatre salariés formés à l’upcycling et à la restauration d’objets. Au programme : ateliers de réparation et accueil de scolaires. « Cet été, nous avons invité un designer pour travailler avec notre personnel en vue d’une exposition en septembre prochain, sur le thème du recyclage, du design et de l’insertion. Nous voulons avant tout essaimer notre modèle dans la région. Nous travaillons d’ores et déjà à la création d’autres recycleries à Loches et à Chinon » précise le directeur de Tri37.
La recyclerie ne s’arrête pas non plus au réemploi. Des stocks de vaisselle et des vélos sont aussi destinés à la location, et du matériel (appareils ménagers, vélos etc.) va être démonté et sélectionné pour la vente de pièces détachées. En 2020, le site affecté par la crise sanitaire n’a pu détourner que 20 tonnes des déchèteries. D’ici à la fin de l’année, Eric Lachabrouilli espère atteindre l’équilibre économique, même si cela n’est pas sa principale priorité : « nous misons avant tout sur le qualitatif et nous allons continuer de travailler sur cet aspect pour rendre notre site et nos produits encore plus attractifs ».
Crédits : Tri37, Elcimaï, CM
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