Pour sensibiliser aux enjeux climatiques et aux impacts environnementaux, le jeu représente peut-être l’outil le plus pertinent. C’est ainsi que la Fresque Climat a vu le jour en 2015, basée sur l’utilisation de cartes imagées et commentées : support idéal pour faire appel à l’intelligence collective et susciter une réflexion autour de solutions plus vertueuses. Créée il y a un an, la Fresque de l’économie circulaire s’inspire de cette démarche pour changer de modèle. Elle s’adresse à tous les publics, qu’ils soient béotiens ou avertis, élus, entrepreneurs, salariés ou simples citoyens.
Avant de convaincre et de changer les mentalités, il faut aider à la compréhension des enjeux et apporter de la connaissance. Comment à partir d’études scientifiques et de données chiffrées et sourcées, peut-on transmettre des messages et susciter l’envie collective de transformer un modèle de société ? C’est ce que proposent depuis plus d’un an, Elsa Bortuzzo, formatrice en économie circulaire et en transition écologique et Anne-France Mariacher, certifiée Circulab, en organisant des ateliers sur la Fresque de l’économie circulaire, directement calquée sur la Fresque Climat*. Au coeur de cette approche ludique : un jeu de cartes. L’objectif est de poser sur la table (au sens propre et figuré) toutes les données qui vont servir à découvrir le sujet, à déconstruire des préjugés ou à approfondir et structurer des connaissances.

« Cette méthode qui passe par le jeu et le groupe fait gagner un temps considérable pour assimiler en trois heures, parfois moins, des données souvent techniques et des analyses complexes » assure Elsa Bortuzzo. Conçue en pleine crise sanitaire, cette fresque s’est tout d’abord fait connaître en distanciel. Le succès a été rapidement au rendez-vous. Plus de 500 personnes au total y avaient déjà participé au printemps dernier malgré les différents confinements et d’ici à la fin de l’année, les fondatrices de cette fresque prévoient de franchir la barre des 1000 personnes formées. « Nous maintenons notre rythme hebdomadaire pour les ateliers en ligne et répondons en plus à la demande de nos clients, explique Anne-France Mariacher. Soit à ce jour, une vingtaine d’acteurs publics (écoles, collectivités locales) et privés provenant de secteurs aussi variés que le monde de la construction, de l’automobile, ou de la cosmétique ». En raison de la situation sanitaire de ces derniers mois, la plupart des ateliers ont été organisés en ligne. « Cela fonctionne très bien avec des échanges animés, et une construction de fresque très efficace et pertinente, avoue Anne-France Mariacher. Mais nous sommes ravies aujourd’hui de retrouver l’animation en présentiel, ce qui permet à tous de participer plus facilement, sans déperdition aucune de qualité ».
Jeu de cartes
« Le principe de la Fresque Climat est une base solide pour décliner la méthode aux grands enjeux des ressources et des modes de traitement. En utilisant des cartes qui montrent les effets de nos modes de production, de consommation, je souhaitais mettre en lumière les limites de notre économie linéaire, aider les citoyens à en prendre conscience et si possible favoriser une réflexion sur des pratiques plus vertueuses, plus circulaires » souligne Elsa Bortuzzo. A partir de cartes illustrant les matières exploitées (minerais, sables, combustibles fossiles, matières agricoles et.), les pollutions émises dans tous les milieux, les déchets générés ou encore les différents modes de traitement existants (stockage, valorisation énergétique, recyclage), la Fresque circulaire se construit petit à petit et interpelle les participants sur les causes et les effets de certaines pratiques de production et de consommation. S’en faire de jeu de mot, chacun a les cartes en main pour décider de son avenir en toute connaissance de cause. Elus, universitaires, salariés d’entreprises privées ou publiques ou simples citoyens se prennent vite au jeu.

La Fresque de l’économie circulaire se décline en trois formats selon les besoins : l’atelier d’une heure et demi, appelé défi circulaire, sensibilise un grand nombre de participants d’une même structure, lors d’une conférence interactive ; la formule trois heures porte sur la construction de la fresque et une réflexion autour de l’économie circulaire ; le format à la journée s’appuie sur la fresque pour imaginer une mise en pratique en partant d’un produit, d’une chaîne de valeur ou du business modèle de l’entreprise concernée. Les salariés participent alors à l’analyse des impacts et à l’ identification des pistes d’action. La construction de la fresque est abordée en général en deux temps : une partie découverte aide à se familiariser avec plusieurs notions et terminologies, liées aux ressources. Répartis en groupe de cinq ou six autour d’une table, les participants découvrent un premier lot de cartes. Sous forme de questions, d’images ou de commentaires, les cartes abordent l’histoire de notre société occidentale au regard des ressources naturelles extraites et exploitées ainsi que les impacts de telles pratiques sur l’environnement. Les participants sont invités à les positionner en fonction de leur lien entre elles, pour mettre en exergue les causes et les conséquences de l’économie linéaire. Un deuxième lot de cartes passe en revue les principaux enjeux de la société : distribution, gaspillage alimentaire, raréfaction des ressources, réchauffement climatique, artificialisation des sols, pollutions de toutes sortes.
Partage de ressentis
Une fois que la nature des cartes et leur interaction sont intégrées, les participants sont invités à tracer des flèches et des liens entre ces cartes. Chaque équipe concourt pour la fresque la plus esthétique, en y ajoutant des couleurs, des dessins et des titres appropriés. Pendant toute la séance, des animateurs sont présents pour compléter les réponses (réglementation, chiffres, études scientifiques, etc) ou aider les participants indécis ou curieux.
La seconde partie de l’atelier propose de réfléchir sur un autre modèle qui favorise la circularité et limite la production de déchets. En général, elle est consacrée au partage des ressentis, à accueillir les émotions, puis à réfléchir collectivement à des alternatives pour basculer de l’économie linéaire à l’économie circulaire. L’occasion de réfléchir à de nouvelles pratiques dans le milieu de la mode, du bâtiment ou de l’électronique, comme le réemploi, la réparation, l’éco-conception et d’expliquer leur vertu sur la durabilité des produits et la réduction des déchets. Si le suivi post-atelier ne fait pas partie de l’offre de base, les organisatrices de la fresque reconnaissent avoir de bons retours des participants et des donneurs d’ordre : « la meilleure preuve est que nous revenons animer d’autres ateliers dans ces mêmes structures ».
Crédit : CM
* A l’origine de la Fresque Climat en 2015, Cédric Ringenbach, ingénieur (Ecole Centrale de Nantes), conférencier et consultant en transition énergétique pour les entreprises et les organisations.
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