Fonctionnalité et coopération pour mieux gérer les cycles de l’eau

Perax et Sapoval misent sur le préventif et le conseil

Les démarches d’anticipation et de partenariats deviennent plus que jamais nécessaires pour affronter les épisodes récurrents de stress hydrique et d’inondations. Pour faire face aux enjeux environnementaux et se conformer à la réglementation, de nouveaux modèles basés sur le conseil, la prévention et la durabilité des équipements dans la gestion de l’eau sont les bienvenus. En Occitanie, les PME Perax et Sapoval, spécialistes du secteur, misent sur l’économie de la fonctionnalité pour répondre aux attentes des exploitants industriels.

Si les actions d’économie circulaire se déploient largement dans la gestion des déchets en vue de leur recyclage mais aussi en amont pour promouvoir le réemploi et la réutilisation des matériaux, le secteur de l’eau bénéficie encore peu de ce modèle. Et pourtant, la lutte contre le gaspillage de l’eau, sa réutilisation, sa préservation, ou encore le traitement des eaux industrielles chargées de matières valorisables représentent un enjeu planétaire. En France, les réseaux d’eau potable et d’assainissements sont soumis à une réglementation environnementale et sanitaire stricte. Les épisodes climatiques alternant entre sécheresses et inondations ne font qu’empirer. Certaines régions du sud de la France seront amenées sans aucun doute à réduire les seuils de consommation et de rejets d’eau pour les industriels. Les procédés à mettre en œuvre sont complexes tant les précautions prises par les pouvoirs publics sur la qualité de l’eau sont élevées. Depuis plus de dix ans, ces bouleversements mettent en lumière un savoir-faire technologique français reconnu à l’échelle mondiale.

Parmi les entreprises expertes en gestion de l’eau, Perax Technologies. Créée en 1975, la PME, basée à L’Union (Haute-Garonne) est spécialisée dans la télégestion sur tout le cycle de l’eau : barrage, station de pompage, réservoirs, stations de traitement d’eau potable, contrôle des fuites de canalisation, stations d’épuration… A l’origine, Perax commercialisait des systèmes d’automatisation et de gestion des données au service des réseaux et de leur maintenance. Aujourd’hui, l’entreprise réalise 35 % de son chiffre d’affaires à l’export, principalement sur le continent africain, mais aussi en Amérique du Sud et en Asie : « des pays où l’eau est une denrée précieuse et où l’optimisation de nos équipements sur le plan énergétique est indispensable, assure Alain Cruzalebes, directeur de Perax. Au départ, nous fabriquions et vendions des produits pour sensibiliser à la gestion de la ressource en eau. Mais ces systèmes de télégestion requièrent de l’énergie. La réduction de l’empreinte carbone pour ces équipements est donc devenue tout aussi importante. Cette démarche nous a conduit progressivement vers un changement de modèle ».

Maintenance préventive dans l’eau

 

Face à des systèmes autonomes alimentés par piles au lithium, Perax propose des équipements rechargeables moins polluants et 30 % moins chers.

En 2019, Perax Technologies a choisi de prendre le chemin de l’économie de la fonctionnalité et de la coopération. « Par le biais de nos prestations de maintenance préventive et de conseil, nous avons développé peu à peu des produits plus vertueux, réparables et remplaçables, de fait de l’économie de la fonctionnalité sans le savoir. Il a ensuite fallu se former, nous déconstruire pour reconstruire une autre activité autour de prestations davantage tournées vers l’usage que la vente de systèmes uniquement, se souvient Alain Cruzalebes. Résultat, nous sommes devenus des fournisseurs de solutions à plus forte valeur ajoutée, basées sur la coopération, l’expertise de l’automatisme et la transmission de données ». Sur le terrain, la PME mène des audits qui ne conduisent plus systématiquement à de la vente d’équipements, mais peuvent se limiter à du conseil ou à du remplacement de pièces sur des systèmes de télégestion, pour obtenir de nouvelles fonctionnalités. A partir d’une gamme de produits fabriqués en 2003, l’entreprise continue ainsi de créer à ce jour de nouveaux modules pour les faire durer. C’est ici que l’innovation prend forme : proposer des produits durables, modulables et réparables. L’aspect évolutif est tout aussi crucial dans ce changement de modèle économique : les systèmes de télégestion sont passés de la connexion téléphonique à Internet, sans pour autant contraindre les exploitants de stations de traitement à renouveler leurs équipements.

« Notre apparente faiblesse est en réalité une force, car nous nous adaptons au marché et à notre clientèle. Cette fidélité garantit notre pérennité » assure Alain Cruzalebes. Sur le plan économique, le bénéfice est immédiat pour le client qui n’a pas besoin d’investir des sommes importantes pour gérer son réseau d’eau. « Pour nous, la rentrée d’argent rapide n’est pas le but recherché. Il s’agit avant tout de fidéliser la clientèle et cela aujourd’hui n’a pas de prix » souligne Alain Cruzalebes. Si la PME ne néglige pas les freins tenaces liés à une forme de conservatisme et de méfiance due au green-washing de quelques industriels, la crise économique lui a été plutôt favorable. « Le coût de nos prestations associé au déploiement de matériels réparables, évolutifs et polyvalents nous porte » assure le directeur de Perax, qui compte par ailleurs sur les partenariats industriels pour développer sa démarche. Il y a une phase d’observation actuellement, constate-t-il, alors qu’on estime en France à environ 600 le nombre de PME engagées directement dans l’économie de la fonctionnalité et de la coopération. La seule manière de faire évoluer le modèle est de trouver des partenaires complémentaires à nos activités pour gagner du terrain.

De la fonctionnalité sans le savoir

 

Evoluant aussi dans le traitement des eaux usées, Sapoval fait partie des partenaires potentiel de Perax. L’entreprise, dont le siège est à Albie, a également choisi le chemin de la fonctionnalité. Créée il y a huit ans pour gérer les eaux usées et de process, ainsi que les produits dérivés, la PME est détentrice d’un brevet sur le traitement des déchets gras. Les résidus sont transformés via un procédé de saponification en molécules biodégradables et solubles qui peuvent ensuite être traitées par méthanisation. Sapoval poursuit ses travaux de R&D pour développer de nouvelles molécules à plus forte valeur ajoutée, issus de ces déchets. Cette activité représente 30 % de son chiffre d’affaires ; le reste est partagé entre ingénierie, audit, conseils et mise en pratique.

Depuis un peu plus d’un an, son fondateur Erwan Trotoux étudie avec son équipe de 15 salariés la mise en place d’une nouvelle approche économique qui donne plus de sens et garantit une plus grande visibilité à son activité. « Depuis longtemps, nous pratiquons l’EFC sans le savoir, en abordant notre relation client comme du partenariat, basée sur la confiance. Désormais, nous voulons susciter plus de demande dans le secteur de l’eau en faveur de l’économie circulaire ». Pour ce faire, Sapoval compte précisément sur l’expertise de son bureau d’études en allant plus loin que le simple diagnostic. « Auparavant nous étions sollicités pour réaliser des audits flash sur des stations de traitement des eaux, sans suivi de gestion. Avec le risque d’une déperdition de données en cours de route par le client et une mauvaise gestion au final. Aujourd’hui, nous souhaitons accompagner l’industriel sur un temps plus long, à travers des plans d’amélioration et de suivi sur mesure, sans pour autant prendre la place de l’exploitant » explique Erwan Trotoux.

Nouveaux modèles de revenus

 

La PME travaille dans toute la France pour différentes industries comme l’agro-alimentaire, la chimie, le papier mais également pour gérer les stations de traitement d’eaux usées territoriales. Le profil du client demandeur est de trois types selon le fondateur de Sapoval : l’exploitant ne parvient pas à fiabiliser sa station ; la station coûte trop cher au regard des économies d’eau réalisées, de la consommation de réactifs et en l’absence de valeur ajoutée en sortie ; l’industriel veut être toujours en règle avec la réglementation pour éviter un arrêt de production. Dans ce contexte exigeant, Sapoval propose de mettre en oeuvre une stratégie d’amélioration sur le long terme : cela passe par un audit approfondi, suivi d’une formation du personnel, puis par la mise à disposition du matériel pour la transmission de données, et l’établissement d’un tableau de bord. « Dans ce cas, nous réalisons des bilans trimestriels sur les avancées et les résultats. L’entreprise peut également soumettre quelques petits investissement si l’exploitant est d’accord, dans le cadre d’un plan de prévention » ajoute Erwan Trotoux. Ce dernier est convaincu que l’optimisation des installations de traitement peut contribuer à une meilleure réutilisation des eaux usées, et à lutter contre toute forme de gaspillage.

Basée sur de nouveaux modèles de revenus (abonnement annuels, rémunération fixe ou évolutive), l’économie de la fonctionnalité reste toujours dépendante de l’acceptabilité industrielle. Un frein que Sapoval se prépare à lever. « Nous testons actuellement quelques clients fidèles pour vérifier le niveau de confiance et la viabilité de notre démarche. Pour cela, nous sommes épaulés par Terres EFC Occitanie, la région Occitanie et l’Ademe qui financent 70 % de nos investissements dans de nouveaux outils industriels, de suivi et de communication », souligne Erwan Trotoux, convaincu du potentiel à venir : « il faut prendre conscience que nous démarrons une révolution circulaire dans la gestion de l’eau où presque tout reste à faire : la réutilisation des eaux usées en milieu agricole, l’extraction de flux valorisables, l’exploitation de matières contenues dans les effluents (phosphore, métaux, acides gras…). Les innovations dans ce domaine méritent d’être pleinement soutenues et encouragées. Notre nouveau modèle peut largement y contribuer ».

Bon à savoir :

4e Forum économie circulaire en Occitanie 30 novembre – 1er décembre.

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