Plasticlean recyclera les films de paillage en 2023

Un partenariat avec Adivalor pour arrêter l’enfouissement

Le recyclage des films de paillage n’existe plus en France depuis 2018. Particularité de ces produits en fin de vie : leur taux de souillure à plus de 60 %. Face à d’autres déchets plastiques « plus propres » à recycler, ils terminent en enfouissement. Adivalor qui gère la collecte et le traitement des plastiques agricoles usagés soutient depuis environ quatre ans, l’innovation industrielle. Parmi ses objectifs : remettre sur pied le recyclage des films de paillage en France. Le groupe Calvet a répondu à l’appel à travers sa nouvelle filiale Plasticlean et donnera naissance à une unité de traitement des films PEbd en 2023.

Dans le secteur de la plasticulture, et en particulier sur la gestion des films et produits plastiques en fin de vie, les années se suivent mais ne se ressemblent pas. Après trois ou quatre ans de difficultés liées à une conjoncture économique et géo-politique défavorable, les filières de valorisation semblent renouer avec l’innovation et les projets. Plusieurs facteurs expliquent ce regain : les réglementations environnementales en Europe et en France poussent au recyclage et à l’incorporation de plus de matières plastiques recyclées dans des produits neufs. Par ailleurs, le rebond des cours des matières premières et de l’énergie entraîne une augmentation du prix des résines vierges et des problèmes d’approvisionnement pour les transformateurs. Résultat, une demande en matière plastique recyclée accrue et une prise de conscience des fabricants pour diversifier les achats. « Face à la demande, les prix repartent à la hausse et nous pourrions assister à moyen terme à une déconnexion du marché du recyclage pour les polyoléfines, équivalente à celui du PET » souligne Pierre de Lepinau, directeur général d’Adivalor. Au sein de la filière de gestion des plastiques agricoles en fin de vie, qui a fêté ses vingt ans début d’année 2022, la transition écologique est considérée comme un tremplin d’innovation industrielle. En 2018, avec la fermeture des frontières chinoises aux déchets plastiques, la plasticulture a été une victime collatérale, puisque tous les films plastiques habituellement recyclés en France ou en Europe, ont été délaissés au profit d’autres flux de meilleure qualité qui ne pouvaient plus partir en Chine, rappelle le directeur d’Adivalor. Certains produits comme les films de paillage ont été les premiers touchés. L’usine Sopave (groupe Suez) en Aveyron a dû fermer ses portes tandis que le site restant à Landemont appartenant à Suez également, s’est reconverti au recyclage de films agricoles non souillés.

10 000 t/an de déchets de films de paillage

 

C’est pourquoi, Adivalor a rapidement réagi en lançant dès cette époque, plusieurs appels à projet et AMI pour innover dans le recyclage de plastiques agricoles dont les films de paillage en PEbd. Ceux-ci représentent en France un peu moins de 5000 tonnes par an commercialisées, mais une fois utilisés, les déchets générés font le double en raison des impuretés agglomérés au film très fin (terre, végétaux etc.). Pour combler l’absence de filière de recyclage de films agricoles utilisés en cultures maraîchères, et éviter l’enfouissement, Adivalor a décidé de soutenir le projet industriel du groupe Calvet, présent dans l’agro-alimentaire et la transformation de films agricoles.

Les paillettes obtenues de grande pureté peuvent être recyclées dans de nouveaux films agricoles ou industriels

Après quatre ans d’études et de recherche, l’entreprise familiale a mis au point un procédé, basé sur des techniques connues, l’emploi de machines standard de déchiquetage, de séparation et sur un concept innovant pour le lavage et la valorisation des co-produits. L’ensemble du dispositif sera protégé par deux brevets. Pour concrétiser son projet, le groupe Calvet a créé une nouvelle filiale, Plasticlean, exclusivement consacrée au recyclage des films de paillage souillés. Le coût total de l’investissement s’élève à 4,3 millions d’euros et une dizaine d’emplois sont à la clef. L’usine doit démarrer en 2023 avec une capacité annuelle de traitement de 10 000 tonnes pour 3500 tonnes de matières recyclées produites : « c’est un début, car nous prévoyons après deux ans de fonctionnement, de monter en charge pour traiter jusqu’à 15 000 t/an », souligne Christople Calvet, PDG du groupe familial. L’usine sera située à Vendargues près de Montpellier au carrefour des zones principales de production maraîchère du sud de la France : Languedoc, Provence et vallée du Rhône. Pour compléter l’approvisionnement de films de paillage et assurer une régularité de production, l’entreprise compte également sur la proximité d’autres territoires producteurs maraîchers (salades, poivrons, concombres, fraises etc.) comme la Catalogne. Des plateformes de transit de stockage pour les lots sont envisagées afin de collecter dans les zones de production plus lointaines, selon Adivalor.

Recyclage en boucle ouverte et fermée

 

Une fois broyés, lavés, séchés, les films seront transformés en flocons de plastiques très propres, puis conditionnés en balles compressées. Ils serviront de matière première pour les régénérateurs, situés en majorité en Haute-Loire, indique Christophe Calvet et pourront être incorporés dans diverses applications industrielles, comme du film de pack boisson, du tube, du sac poubelle mais aussi de nouveaux films agricoles. A ce titre, le groupe compte faire évoluer sa filiale Europlastics pour utiliser à son tour de la matière recyclée dans ses films neufs. Histoire de boucler la boucle en interne. « On se donne environ deux ans pour améliorer le process et faire des petits dans d’autres pays d’Europe, là où la demande de PEbd recyclé et la consommation de films de paillage sont au rendez-vous, déclare Christophe Calvet. Il s’agit d’une industrie lourde qui implique des investissements élevés et une maintenance préventive importante, car les machines sont soumises à une forte abrasion des matières entrantes. Pour cela, nous devons trouver un équilibre financier rapidement en nous assurant d’un approvisionnement régulier et de qualité ».

L’usine Plasticlean démarrera en 2023 à Vendargues et pourra produire 3500 tonnes de flocons PEbd

En amont, Adivalor va travailler davantage sur les gestes de tri des maraîchers, pour réduire encore les taux de souillure dans les déchets. Malgré cette période où nous avons été obligés d’enfouir, les bonnes pratiques ont été maintenues, souligne Pierre de Lepinau. « Maintenant qu’une filière industrielle voit le jour, nous allons inciter encore davantage les agriculteurs en réduisant leur participation financière au traitement (en plus de l’éco-contribution) si le taux d’impureté passe sous la barre des 50 % ». La dynamique enclenchée autour du recyclage de films de paillage n’empêche pas le secteur du film biodégradable de se développer. Il n’y aura de toute façon jamais de concurrence entre le film polyéthylène classique et le biodégradable, assure Bernard Le Moine, délégué général du Comité des Plastiques en Agriculture (CPA) : « il y a en réalité une place pour les deux, en fonction des conditions climatiques des territoires et de la nature des sols. Depuis quelques années, le marché du paillage observe une croissance de 20 % par an du film biodégradable à raison de 1300 tonnes commercialisées ». Preuve que le produit est mature et répond à des besoins précis. Si son coût est objectivement plus élevé à l’achat qu’un polymère classique, l’agriculteur y trouve son compte, en évitant les coûts de dépose et de traitement. De son côté le secteur de la plasticulture, porté par le CPA promeut les films biodégradables à travers les projets BioDom (utilisation des films biodégradables dans les Dom-Tom) et Icap dans le Vaucluse pour lever les freins psychologiques des agriculteurs. Des travaux de recherche sont également menés pour développer l’usage du film biodégradable sur de nouvelles cultures comme celle du melon, ajoute Bernard Le Moine

Quatre chantiers d’ici fin 2023

 

Collecte de ficelles

A ce jour, trois autres projets de recyclage ont été identifiés et seront mis en œuvre d’ici l’an prochain. On peut tout d’abord signaler le lancement cet été de RecyOuest à Argentan en Normandie pour recycler les ficelles et les filets en PEhd servant à compresser les balles de fourrage. Grâce à son procédé de nettoyage à sec, sans utilisation d’eau ni substance chimique, l’usine pourra produire dès 2023 plus de 6 000 tonnes de plastique recyclé (rPEhd et rPP) de très haute qualité, comparable à la qualité de la matière vierge de départ. Cette future activité a nécessité sept ans de travaux de recherche et d’expérimentation pour mettre au point un procédé unique au monde. Celui-ci s’inspire de l’industrie du textile et de la plasturgie. Il est breveté et labellisé par Solar Impulse. RecyOuest vise le recyclage de l’ensemble des filets agricoles collectés en Europe. Soutenus par l’Association APE Europe, plusieurs pays comme l’Allemagne, l’Irlande et le Royaume-Uni déploient actuellement des systèmes de collecte des filets agricoles utilisés en élevage.

Autre chantier, celui d’Healix et de Tama, annoncé en octobre 2021 et qui a pour objectif de traiter les ficelles agricoles. Healix est une start-up néerlandaise qui produit du rPP sous le nom commercial de Healix à partir de cordes, de ficelles, de filets et d’autres textiles techniques usagés. Avec Adivalor, la société a signé un contrat pluriannuel de fourniture de déchets de ficelles agricoles. Pour parvenir à une matière de très grande qualité, Healix a travaillé avec l’entreprise israélienne Tama, l’un des principaux fabricants mondiaux de solutions de mise en balles des récoltes. Le rPP ainsi obtenu peut à son tour réintégrer la production de nouvelles ficelles agricoles. Enfin, une filière de pré-traitement de films d’enrubannage est en préparation, portée par les Recycleurs Bretons. Une installation pourrait voir le jour au plus tard, début 2024.

Crédits : Adivalor, Plasticlean

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