Edafim propose des fontaines à eau plus durables

Une alternative à la bouteille plastique à usage unique

L’article 77 de la loi AGEC sur l’économie circulaire ciblant les produits plastiques à usage unique ne pouvait pas mieux tomber pour le marché des fontaines à eau. Depuis le 1er janvier 2022, les établissements recevant du public sont tenus d’installer des fontaines raccordées au réseau d’eau potable. La PME drômoise Edafim, l’un des principaux fabricants de fontaines profite de cette mesure législative pour intégrer plus de durabilité dans ses produits.

A ce jour, le décret d’application précisant les catégories d’établissements concernées et les modalités de mise en oeuvre est toujours en attente. Néanmoins, la loi AGEC est claire sur son intention de lutter contre l’emploi des plastiques à usage unique en toutes circonstances  : « à compter du 1er janvier 2022, les établissements recevant du public sont tenus d’être équipés d’au moins une fontaine d’eau potable accessible au public, lorsque cette installation est réalisable dans des conditions raisonnables. Cette fontaine est raccordée au réseau d’eau potable lorsque l’établissement est raccordé à un réseau d’eau potable ». Alain Auger, PDG de l’entreprise Edafim, estime que cette mesure est une aubaine pour le développement de son activité et l’occasion d’innover dans une démarche d’économie circulaire. La PME drômoise revient de loin et aujourd’hui, son dirigeant entrevoit un avenir plus radieux. Installée à Livron-sur-Drôme, entre Valence et Montélimar, Edafim règne sur le marché français de la fontaine à eau rafraichissante. Dans les établissements recevant du public et les entreprises, un fontaine sur cinq vient des ateliers de l’entreprise. Aux manettes depuis 2008, Alain Auger a racheté l’entreprise en 2016. Spécialisée dans la conception et la fabrication de fontaines rafraîchissantes raccordées au réseau de distribution d’eau, Edafim vend uniquement dans l’hexagone, via un réseau national de distributeurs-installateurs. Sa clientèle est constituée d’entreprises, d’établissements privés et publics, d’administrations (secteur tertiaire, restauration collective, monde hospitalier, lieux publics, industrie). La PME de 40 personnes affiche un chiffre d’affaires de 6 millions et d’euros et produit 10 000 fontaines par an en moyenne.

Plastique post-consommation

 

Au fil des années, Edafim a refait surface après une période compliquée et en 2020 malgré la pandémie et le confinement, l’entreprise est repartie à la croissance. Avec en point d’orgue, le déménagement en mars 2022 de l’usine sur un site tout neuf et plus grand de 75 %. Objectif : doubler la capacité de production annuelle à 20 000 machines à moyenne terme. Autre ambition d’Alain Auger, et non des moindres, amener l’entreprise vers sa transition écologique dans le cadre d’une démarche plus circulaire : « notre nouvelle usine va devenir site à énergie positive, car nous allons produire plus d’électricité que ce que nous consommerons grâce à l’installation de panneaux photovoltaïques sur le toit ». Mais ce n’est pas tout.

Edafim n’a pas attendu la loi AGEC pour se lancer dans une stratégie environnementale plus vertueuse. Depuis cinq ans, l’entreprise ne fabrique que des fontaines raccordées, délaissant complètement le marché des fontaines à bonbonne plastique. « Aujourd’hui, l’intégration d’une mesure explicite sur l’interdiction de plastique à usage unique va nous donner un nouvel élan, assure Alain Auger. Pour répondre aux futurs besoins des entreprises, administrations et autres lieux accueillant du public, au minimum de 300 personnes, selon la loi, nous allons lancer dès septembre prochain une nouvelle gamme de fontaines éco-conçues, où chaque usager pourra venir remplir son verre ou sa gourde d’eau fraîche, gazeuse ou chaude ». Une première étape a déjà été amorcée avec une substitution progressive des résines plastiques vierges. Ainsi sur certaines fontaines, les socles accueillant les verres et les gourdes pour remplissage sont fabriqués en ABS recyclé issu de déchets post-consommation (provenant par exemple d’appareils électroménagers). Si l’essentiel de la carrosserie et des composants sont en acier ou inox, le plastique est présent en moindre quantité mais sera avec les nouvelles fontaines, systématiquement issu de matière régénérée, précise Alain Auger.

Relocaliser de A à Z

 

Les fontaines rafraîchissantes sont des appareils frigorifiques qui font appel à de nombreuses technologies. Dans l’usine, l’activité tourne principalement autour de l’assemblage et de la carrosserie ; l’injection de pièces plastiques est réalisée par des plasturgistes, un tout autre métier. Depuis trois ans, l’entreprise a relocalisé en France l’injection plastique et la réalisation des nouveaux moules. Avec la crise du Covid, la tendance à la relocalisation des industries a confirmé les choix stratégiques de l’entreprise. Aujourd’hui, Edafim commence à généraliser l’utilisation de plastique recyclé post-consommation. « D’ici à un an, les achats de plastiques devraient passer de 3 % à 7 % et en parallèle, intégreront 90 % de plastique post-consommation. Même si la matière recyclée n’est pas aussi facile à travailler que la matière vierge, et ne permet pas d’obtenir des teintes plus claires ou colorées pour le moment » assure son PDG. L’entreprise a mis un an à trouver un injecteur en Auvergne qui a accepté de travailler avec de la matière recyclée. Cette coopération est également gagnante pour le fournisseur : Edafim passe désormais par lui pour toutes ses nouvelles pièces et le plasturgiste peut déployer cette nouvelle solution à son tour auprès d’autres clients. Jusqu’à présent, le plastique était recyclé en Belgique, mais le fournisseur de pièces plastiques injectées a depuis trouvé une entreprise proche de chez lui pour se fournir en résine régénérée. De même que la fabrication des moules à injection réalisée jusqu’à présent en Chine, sera relocalisée en France ou en Europe pour les nouvelles gammes de produits.

Eco-conception et économie d’usage

 

L’éco-conception concerne également l’impact carbone et la consommation d’énergie de l’équipement. Sur une fontaine rafraîchissante, 80 % de la consommation se fait en mode veille. Dès lors que la fabrication de fontaines va progressivement être relocalisée en France, Edafim souhaite diviser par deux cette consommation énergétique, grâce à une sur-isolation de la machine. De même, avec la réglementation européenne poussant à réduire l’usage de gaz frigorigènes à fort effet de serre, l’entreprise a choisi le butane moins impactant pour l’environnement.

Autre innovation qui va dans le sens de l’économie circulaire et de l’économie d’usage, le choix de fabriquer des fontaines reconditionnables. Ces machines sont de plus en plus louées par les administrations ou les entreprises qui paient un service et ne sont plus propriétaires de l’appareil. Pour Edafim, cela implique de remplacer tous les trois ou quatre ans, certaines pièces de la fontaine pour la rendre toujours performante et présentable. « Comme le moteur peut durer une dizaine d’années, nous parvenons ainsi à multiplier par trois la durée de vie d’une fontaine en remplaçant uniquement quelques pièces de carrosserie essentiellement pour des raisons esthétiques », indique Alain Auger. L’entreprise envisage d’ici deux ans de généraliser la location de fontaines auprès de ses clients-installateurs et faciliter le reconditionnement des machines en cours de vie. « Avec le Covid et le confinement, nous avons modifié nos produits pour les adapter en proposant de nouvelles fonctions (commande au pied, ou infra-rouge). Cela nous donne aujourd’hui l’idée d’aller plus loin avec des options possibles sur nos fontaines : nous pouvons par exemple installer des systèmes pour produire de l’eau gazeuse, de l’eau chaude mais aussi de l’eau aromatisée. C’est tout un travail réalisé en amont avec notre bureau d’études intégré ». Dans le cadre de son développement, Edafim a pu bénéficier du plan France Relance favorisant la relocalisation industrielle de son activité (70 000 euros d’aide sur un investissement de 160 000 euros). La région AuRA et l’Ademe ont également soutenu l’entreprise dans sa démarche de transition écologique. Après une croissance annuelle de 10 % depuis deux ans, Alain Auger espère augmenter cette année, son chiffre d’affaires de 20 % et percer d’ici cinq ans sur le marché européen, en particulier les pays d’Europe du nord, plus sensibles à l’environnement.

Crédits : Edafim

Lire aussi :

Fin des emballages plastiques à usage unique en 2040

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article