Les appareils multi-media reconditionnés plus vertueux

Les bonnes pratiques de l'Ademe

Depuis deux ou trois ans, les appareils multi-media reconditionnés ont le vent en poupe. Moins chers que le neuf, leur durée de vie est prolongée de quelques années, évitant le gaspillage de nouvelles ressources. Mais au final, ces smartphones, tablettes ou ordinateurs de seconde main sont-ils plus vertueux sur le plan environnemental ? Pour l’Ademe, la réponse est oui, à condition que tous les acteurs de la chaîne adoptent les bonnes pratiques. Une filière se met en place avec la volonté de déployer une offre conséquente et de qualité.

Hausse du coût des matières premières, baisse du pouvoir d’achat, pénurie de ressources : tous les ingrédients semblent réunis pour promouvoir l’allongement de la durée de vie de certains équipements. Dans un contexte de numérisation croissante de la société, le reconditionnement des produits mutli-media voit émerger de nombreux acteurs professionnels, issus de l’ESS ou du secteur privé. Ces appareils électriques et électroniques réparés et remis en état pour une seconde vie présentent un intérêt environnemental certain et un gain financier non négligeable. Le reconditionnement prolonge la durée de vie des produits, évite de créer des déchets, contribue à la préservation des ressources et permet d’accéder à des produits moins chers que sur le marché du neuf.

L’Ademe vient de publier une étude intitulée « Évaluation de l’impact environnemental d’un ensemble de produits reconditionnés » qui se penche sur cinq familles d’appareils sur l’ensemble de leur cycle de vie : smartphones, tablettes, ordinateurs fixes et portables, consoles de jeux. Pour chacune de ces catégories, le reconditionnement peut être de plusieurs types : simple nettoyage, remplacement de la batterie ou de l’écran ou d’autres types d’opérations. Il peut être réalisé dans différentes localités : France, Europe, Asie, US ce qui aura un impact sur la logistique en particulier : acheminement des pièces et expédition du terminal. De ces travaux, l’Agence de la transition écologique tire deux principaux enseignements : si le marché du reconditionnement est plus vertueux pour l’environnement que le marché du neuf, il l’est d’autant plus qu’il est local et réalisé le plus tard possible dans la vie de l’équipement. Chiffres à l’appui, l’étude montre par exemple qu’un ordinateur portable reconditionné évite l’extraction de 127 kg de matière par année d’utilisation. Pour un téléphone mobile reconditionné, ce sont 76,9 kg de matières premières épargnées et une économie de 24,6 kg de CO2eq (GES) émis par année d’utilisation. En 2020, les ventes de smartphones reconditionnés, estimées à 2,8 millions d’unités en France, ont contribué à des économies de l’ordre de 215 000 tonnes de matières premières et de 69 000 tonnes de CO2eq. Et au final, ce sont 156 tonnes de déchets électroniques non produites.

Prolonger la durée de vie

 

Le marché du reconditionné des produits électroniques connaît une croissance constante depuis quelques années. En France, les ventes de smartphones reconditionnés ont progressé de 18 % en 2020 pour atteindre un chiffre d’affaires de 700 millions d’euros, soit près de 14 % des ventes totales de smartphones, selon le SIRRMIET (Syndicat Interprofessionnel du Reconditionnement et de la Régénération des Matériels Informatiques, Electroniques et Télécoms).Cependant, l’achat de matériel reconditionné ne pourrait justifier une forme de surconsommation liée aux économies réalisées ou à une empreinte environnementale réduite. En outre, l’Ademe veille à distinguer deux cas de figure : l’un dans lequel le consommateur achète un équipement reconditionné pour remplacer son appareil usagé ; et l’autre où l’achat d’un produit reconditionné est effectué avant la fin de la première vie de l’ancien appareil. En d’autres termes, on considère vraiment bénéfique l’acquisition d’un smartphone reconditionné lorsque l’appareil remplacé a duré au moins cinq ans. Et c’est là que le bât blesse, pour Katia Gradel, directrice Second Life chez Boulanger. « Nous constatons que la tendance est au changement d’appareil tous les deux ans, alors que celui-ci est encore en très bon état de fonctionnement et qu’il peut durer entre sept et huit ans ». Les opérateurs de téléphonie mobile ont évolué. Ils sont passés d’une offre à un euro avec forfait pour certains smartphones à des offres qui intègrent désormais la vraie valeur de l’appareil. Conscient du prix de son téléphone, le consommateur renouvelle moins, mais d’un autre côté peut revendre son appareil à un certain prix.

Le rachat, nerf de la guerre

Ce que les éco-organismes de la filière REP DEEE n’ont pas réussi à faire avec la collecte pour recyclage, les enseignes tentent leur chance par le rachat. L’objectif porte cette fois-ci sur le reconditionnement de matériel multimédia non utilisé en vue d’une revente sur le marché de l’occasion. Jusqu’à présent, difficile de convaincre les citoyens de faire un geste de tri, pour favoriser le recyclage, malgré toutes les campagnes de sensibilisation des éco-organismes et des opérateurs de téléphonie mobile. La solution n’a rien d’innovant : elle consiste à racheter aux consommateurs particulier, les produits en bon état pour les remettre dans le circuit commercial. Car pour qu’il y ait réemploi, il faut une offre et donc un gisement à exploiter. Outre les marketplaces spécialisées, les enseignes de la distribution spécialisées multi-média ou non, choisissent de nouveaux modèles économiques qui prévoient par le biais économique (rémunération directe, ou bons d’achat) de capter les produits usagés. Cela concerne les smartphones, les ordinateurs, mais aussi d’autres secteurs comme le textile (reprise en magasin par les grandes marques de prêt-à-porter et de la distribution) et les équipements de sports et loisirs (Décathlon, le Vieux Campeur etc.). Cette pratique n’en est qu’au début afin de massifier les volumes et pérenniser l’offre.

Cette nouvelle pratique, renforcée par le déploiement de nombreuses plateformes de rachat de téléphones mobiles et d’ordinateurs n’est peut-être pas la bonne solution à terme. A court terme, il s’agit d’une incitation utile pour sortir les quelque 113 millions de smartphones des tiroirs des ménages français, dont les deux tiers sont toujours fonctionnels. Ce rachat va permettre dans un premier temps d’étoffer l’offre d’appareils reconditionnés, et en parallèle d’augmenter le recyclage de ceux qui ne sont plus réutilisables. Résultat aujourd’hui, les enseignes de la distribution spécialisée ou non, s’investissent dans la reprise et la vente d’équipements reconditionnés, en partenariat avec des professionnels du reconditionnement (YesYes, Recommerce, Phone Recycle). Tout le monde est bien conscient que le reconditionnement ne permettra pas de réduire la consommation ; il ne fait que décaler le problème dans le temps. Certaines enseignes commencent toutefois à s’intéresser à de nouveaux modèles d’affaires, privilégiant la location ou l’économie d’usage. Ce basculement prendra un peu plus de temps et devra toucher beaucoup plus de produits pour rendre le modèle viable, assure Katia Gradel.

Des impacts malgré tout

 

Certains impacts environnementaux liés au reconditionnement demeurent, notamment ceux relatifs à l’approvisionnement des matières premières, à la consommation énergétique des sites et au changement des pièces. Leur ampleur et leurs variations dépendent de plusieurs facteurs : la durée de vie totale de l’équipement, l’ajout d’accessoires neufs, le changement de pièces systématique ou non, l’utilisation de pièces de seconde main, le volume du packaging et les matériaux le constituant, le marché d’approvisionnement (France, Europe, Asie, Emirats, USA) et le lieu de reconditionnement. En toute logique, le reconditionnement est d’autant plus vertueux qu’il est réalisé le plus tard possible dans la vie l’équipement (il faut aussi tenir compte de l’effet de mode des appareils), et quand la durée de vie du produit est réellement augmentée par les opérations de reconditionnement. En effet, plus le nombre de pièces changées est important, plus l’avantage environnemental se réduit. Plus la durée de détention est longue, plus cet avantage s’accroît.

L’Ademe considère comme bénéfique, une durée de première vie de trois ans pour un smartphone et de cinq ans pour un ordinateur portable. Pour le smartphone, la durée de vie prolongée sera en moyenne de deux ans ; pour l’ordinateur, la durée de seconde vie sera idéalement de trois ans. Par exemple, l’écran, la RAM et le disque constituent la majorité des impacts de l’équipement (20 % à 57 % de l’impact du neuf). Si l’augmentation de durée de vie est inférieure à 5 ans (durée de première vie), alors le reconditionnement en changeant la plupart des pièces par des pièces neuves aura un impact supérieur à la production d’un équipement neuf utilisé pendant 5 ans. Néanmoins, pour optimiser les gains du reconditionné, l’Ademe conseille aux professionnels de la réparation, de mener une politique raisonnée de changement de pièces en utilisant si c’est possible des pièces de seconde main, et d’apporter un service après-vente de qualité pour assurer une réelle augmentation de la durée de vie. Enfin, l’Agence invite les professionnels du secteur à sourcer les produits issus d’une seconde vie, et à ne pas faire du marché du reconditionné une caution à la surconsommation. Cette traçabilité est indispensable autant que le stockage de pièces détachées.

Les recommandations de l’Ademe

Pour les utilisateurs, il faut prendre soins de ses équipements et les réparer si nécessaire ; privilégier le reconditionnement local en circuit court ; choisir des équipements plus anciens pour être dans une dynamique réelle d’économie circulaire et de seconde vie, pour ne pas encourager à une fin de première vie prématurée. Cela implique par ailleurs une évolution desmentalités pour réduire le zapping de la mode. De leur côté, les reconditionneurs sont invités à ne pas systématiser les changements de pièces, à privilégier les pièces de rechange de seconde main et mettre en place une offre de SAV ou d’économie de la fonctionnalité ; à optimiser le packaging par son volume, sa masse et ses matériaux ; à opérer au plus près de son marché avec des produits issus du même marché. Les plateformes de distribution sont également sollicitées pour organiser la reprise des équipements remplacés en vue de massifier ; promouvoir les produits en circuit court ; mettre en place avec les reconditionneurs une offre de SAV ou d’économie de la fonctionnalité.

Le reconditionné en grande surface

 

La jeune entreprise YesYes a développé une offre de smartphones reconditionnés grâce à son atelier boutique ouvert fin janvier 2022 à Caen. Avec la volonté de jouer sur la proximité et développer le service client pour rassurer les consommateurs réticents sur les produits de seconde main. D’ici la fin de l’année, YesYes continue d’innover dans le reconditionnement en s’implantant directement dans plusieurs hypermarchés des enseignes Casino. Deux premiers espaces de vente seront accessibles à Pessac et Marseille. L’offre de reconditionné porte sur des smartphones (Apple et Samsung), mais aussi des ordinateurs portables (Apple) avec une garantie de 2 ans. Des conseillers YesYes seront présents sur place pour accompagner les clients dans leurs achats, et/ou leur proposer la reprise de leurs anciens smartphones encore fonctionnels. D’ici fin 2022, deux nouveaux espaces YesYes devraient voir le jour dans deux hypermarchés Casino supplémentaires, et le déploiement des corners est prévu sur 2023.

Dans le même registre, la société Phone Recycle poursuit son partenariat avec Carrefour en Espagne, après dix mois de collaboration avec Carrefour en France. Le reconditionneur avait tout d’abord intégré ses produits reconditionnés à la marketplace Carrefour sous le nom de Prime Recycle. Après cette première expérience concluante, le canal de distribution a été élargi à 218 points de ventes Carrefour France en février 2022. Sur le marché espagnol, les deux sociétés prévoient la commercialisation de quatre modèles d’iPhone et un modèle d’iPad reconditionnés par Phone Recycle Solution dans ses ateliers parisiens. Dans un deuxième temps, les quantités et le nombre de modèles commercialisés augmenteront. En parallèle jusqu’à 200 références d’appareils mobiles seront mis en vente sur la marketplace de Carrefour en Espagne, carrefour.es. Phone Recycle Solution souhaite toucher 50 % du marché espagnol. Phone Recycle a été créée en 2017. Basée à paris, cette société reconditionne principalement des smartphones, et les revend laux professionnels de la téléphonie et à des distributeurs tels que Veepee, Free, SFR, Cdiscount, Carrefour, Auchan, Leclerc. Avec plus de 3 000 références disponibles, Phone Recycle Solution a reconditionné plus de 2,2 millions de smartphones en moins de 5 ans et contribue à la décarbonation du secteur de la téléphonie mobile avec plus de 73 000 tonnes d’équivalent Co2 économisées.

Bon à savoir :

Selon l’Ademe, un produit reconditionné est un produit ou une pièce détachée d’occasion qui a subi des tests portant sur toutes ses fonctionnalités et une ou plusieurs interventions afin de lui restituer ses fonctionnalités et de supprimer le lien avec son précédent utilisateur (suppression des données).

Crédit : YesYes

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