Le reconditionnement informatique, marché d’avenir

Recommerce et ATF Gaïa, pionniers en plein essor

En dix ans, Recommerce a permis une seconde vie à plus de 2,7 millions de smartphones et a reversé 140 millions d’euros aux consommateurs. En 2018, l’entreprise a levé 50 millions d’euros en vue de se développer en Europe. ATF Gaïa est né en 1995. Cette longévité, l’entreprise adaptée la doit à son expertise dans la réparation et le reconditionnement de pièces détachées informatiques pour le monde professionnel. En B2B et B2C, le réemploi de matériel téléphonique et informatique trace sa route, avec des dizaines de structures en place, soutenues par une politique plus engagée et un modèle économique attractif.

Dix ans d’existence et déjà une petite révolution dans le monde du smartphone reconditionné. La plateforme Recommerce de revente de smartphones d’occasion n’a rien inventé, si ce n’est contribuer à changer les habitudes de consommation. Selon les résultats de sa dernière étude début 2019, plus de 30% des 16-34 ans ont déjà acheté un smartphone d’occasion et près de 60% des Français sont prêts à suivre. Si de plus en plus de Français font le choix du reconditionné, c’est encore loin d’être un réflexe, selon Patrick Richard, directeur commercial de Recommerce : « A travers cette étude, nous avons souhaité mettre en avant le potentiel du marché de la seconde vie du mobile en France. Nous sommes convaincus que les consommateurs vont de plus en plus acheter malin et responsable. A nous de faire le nécessaire pour qu’ils aient confiance dans le reconditionné ».

Depuis 2009, le marché s’est étoffé de nouveaux acteurs en B2B et B2C, attirés par ce mode de consommation naissant. Le secteur de l’électronique en particulier afficherait 500 millions d’euros de chiffre d’affaires. Depuis deux ou trois ans, des start-up tentent de se faire une place. C’est le cas de HelloZack, spécialisé dans le rachat, le reconditionnement et la revente d’appareils de marque Apple, qui étend désormais son périmètre commercial en Belgique. Il faut dire que la législation a tout pour donner des ailes à ce secteur. Si le projet de loi anti-gaspillage en France doit pousser clairement au réemploi grâce au droit de réparation, au niveau européen, ce sera une obligation à partir de 2021 pour les appareils électroménagers.

Modèle économique de l’occasion

 

Le marché est plutôt porteur, ce qui n’empêche pas les failles, à l’instar du fleuron normand Remade. Lancé en 2013, cette entreprise de réparation et reconditionnement emploie près de 400 personnes sur le territoire. Plombée par des pertes financières de plusieurs millions d’euros, elle est en redressement judiciaire depuis fin septembre 2019. Les repreneurs potentiels ont jusqu’au 31 octobre pour se faire connaître. La prochaine audience au tribunal de commerce de Rouen est prévue le 28 novembre. Mais le risque d’une liquidation plane fortement si les actionnaires de Remade ne réinjectent pas des fonds d’ici à la fin de cette semaine. Toute la lumière devra être faite par ailleurs sur les raisons de ces difficultés économiques alors que l’entreprise avait rencontré une croissance fulgurante depuis ces cinq dernières années.

D’autres ont eu plus de chance. Sofi Group et sa marque de smartphones reconditionnés Smaaart peut en témoigner. Spécialisée dans la réparation de matériel téléphonique depuis trente ans, l’entreprise a été sauvée de la faillite en 2011 par ses salariés qui ont racheté l’outil industriel. Ils ont choisi de relancer l’activité il y a quelques années dans le reconditionnement de smartphones tout d’abord auprès d’une clientèle de professionnels et de collectivités puis aujourd’hui auprès du grand public. Son atout, une usine de réparation dans le sud de la France, une plateforme de vente en ligne, de la vente en grandes surfaces et un SAV de 24 mois. Résultat, un chiffre d’affaires avoisinant neuf millions d’euros pour une centaine de salariés. Le marché du reconditionnement de téléphonie mobile a été évalué à 2,2 millions d’unités par an, soit 10 % du total des smartphones vendus en France. La marge de manœuvre est importante mais pour accrocher le consommateur, le principal critère reste le prix. Selon le baromètre de Recommerce, ceux qui sont prêts à acheter un smartphone reconditionné attendent un pourcentage de remise variant de 27 % à 55 % en fonction de l’état du produit. Le prix est donc sans surprise la première motivation d’achat (80%), mais favoriser le recyclage et le réemploi est aussi un déclencheur pour 34 % de sondés.

Levée de fonds et label

 

Il faut 70 kg de matières premières pour fabriquer un smartphone. Alors que la préservation des ressources est une condition pour garantir une société plus durable, le réemploi par le biais du reconditionnement et de la réparation apporte l’une des solutions. Aujourd’hui, Recommerce via ses 85 emplois en France et en Suisse avec sa filiale Recommerce Solutions Switzerland, parvient à réparer et revendre chaque année 700 000 smartphones d’occasion, à travers 7000 points de vente mais aussi sur sa propre plateforme recommerce.com depuis 2017.

Benoit Varin, co-fondateur de Recommerce

En 2018, l’entreprise a levé 50 millions d’euros auprès des fonds d’investissements Creadev et Capzanine et est entrée au Next40 qui récompense les quarante pépites françaises en passe de devenir les leaders technologiques mondiaux de demain. Lancée à l’origine en marque blanche, le service de reprise mobile de l’entreprise séduit de nombreux opérateurs et distributeurs européens parmi lesquels Bouygues Telecom et Swisscom. Recommerce a réussi à industrialiser le reconditionnement de smartphones pour proposer des produits reconditionnés garantis et de qualité. « Nos produits sont garantis 12 mois, porteurs du Label Mobile Reconditionné, issu d’un système de management certifié ISO 9001 et ISO 14001 », explique Benoît Varin, directeur de la stratégie RSE de Recommerce. Mais l’entreprise veut aller plus loin et espère que la future loi anti-gaspillage et économie circulaire contribuera à une meilleure information au consommateur. Recommerce souhaite ni plus ni moins instaurer durablement un label de qualité pour les produits reconditionnés, à l’image du label AB (Agriculture Biologique) qui rassure le consommateur.

Accès plus fluide aux pièces détachées

 

Alors que l’entreprise envisage de couvrir l’ensemble des pays européens d’ici 2022, en renforçant les partenariats avec des opérateurs téléphoniques et distributeurs, Benoit Varin estime que l’enjeu porte désormais sur les coûts de réparation : « les pièces détachées sont actuellement commercialisées par deux grands distributeurs constructeurs. Aujourd’hui, il faut rendre l’accès à ces pièces plus fluide et moins cher. L’idée serait de créer une centrale d’achat distribuant des pièces détachées génériques et garanties par la mise en œuvre d’un contrôle qualité ». Autre revendication de l’entreprise, la fiscalité réduite pour favoriser l’achat d’équipements reconditionnés. « Nous sommes actuellement confrontés à une concurrence féroce de la part de pays low-cost qui commercialisent des produits neufs bas de gamme et pas chers. Sachant qu’un produit neuf émet 100 kg de CO2 contre 9 kg pour un mobile reconditionné, nos deux priorités concernent les pièces détachées au juste prix – qui ne doivent pas devenir une manne pour les constructeurs – et une TVA réduite pour faciliter l’acte d’achat éco-responsable » souligne Benoit Varin. Et d’ajouter que la proposition d’un fonds Réemploi dans le cadre du projet de loi anti-gaspillage est une bonne chose pour financer la réparation. Malgré des questions en suspens sur l’organisation et le fonctionnement opérationnel de ce futur fonds.

Plateforme en ligne de revente Recommerce

Les batteries et les écrans sont les principales pièces concernées par la réparation de smartphones. Pourtant tout est réparable, selon Benoit Varin, sous réserve du coût et des compétences demandées : « il faut donc en parallèle développer la formation de techniciens compétents et créer de véritables filières de formations en Europe avec des diplômes équivalents à bac+2 et bac+5 pour traiter cartes électroniques et certains composants ». Avec un chiffre d’affaires de 56 millions d’euros en 2018 et 2,7 millions de smartphones reconditionnés à son actif depuis dix ans, Recommerce souhaite devenir l’un des piliers de la construction d’un nouveau modèle économique de l’occasion. A moyen terme, sa plateforme pourrait élargir le reconditionnement et la revente à d’autres produits technologiques.

Entreprise adaptée au service du B2B

 

Début octobre 2019, l’European Broker Meeting a réuni à Monaco près de 600 traders du monde entier, dont une dizaine d’entreprises françaises. C’est le rendez-vous incontournable des spécialistes de l’informatique reconditionnée. Parmi les acteurs présents, le groupe ATF qui détient trois filiales, ATF Gaïa, entreprise adaptée agréée en 2008, Bis Repetita (réemploi et logistique) et Digitalea (plateforme e-commerce). Portée par une approche sociale et environnementale, l’entreprise est spécialisée dans le réemploi de matériels IT, à travers la réparation et la fourniture de pièces détachées pour les équipements informatiques professionnels. Si le reconditionnement est installé depuis longtemps sur le marché B2B, la tendance est plus perceptible depuis quelques mois, avoue Julien Taïeb, directeur des achats chez ATF Gaïa : « les donneurs d’ordre cherchent de plus en plus de parades aux formes d’obsolescence programmée. Plutôt que changer 100 % du parc informatique tous les trois ans, de nombreuses entreprises préfèrent prolonger d’une année leurs équipements, grâce au remplacement de pièces détachées. Pour faire des économies, mais pas que ». Cette démarche peut être rentable selon le matériel remplacé, la disponibilité de la pièce à changer et le profil de l’entreprise. Mais l’on trouve aussi des cas où au nom d’une démarche sociale, des appels d’offres intègrent dans leurs clauses, de l’ESS et de l’achat de matériel issu du réemploi, allant jusqu’à 10 % du parc concerné.

300 000 références

 

Julien Taieb, directeur des achats ATF Gaia

Depuis 1995, ATF Gaïa accompagne la gestion en fin de vie du parc informatique des entreprises, en collectant les appareils et en assurant la suppression des données confidentielles. Les équipements peuvent être reconditionnés en vue d’une revente sur le marché professionnel. Les appareils non réparables ni réutilisables sont recyclés chez Paprec DEEE, partenaire industriel. Une partie de l’activité est également consacrée à la récupération et la revente des pièces détachées, très sollicitées par le monde de l’entreprise. ATF dispose aujourd’hui d’un catalogue de 300 000 références disponibles. Parmi les demandes récurrentes, des serveurs, des disk durs, des cartes mères ou des équipements d’alimentation. Au sein du groupe ATF, ce sont plus de 340 000 pièces traitées par an, pour un taux de réemploi de 65 %. En 2017, ATF Gaïa a revendu près de 125 000 matériels et 33 500 pièces détachées. A des prix allant de 15 à 300 euros pour la même pièce, selon son ancienneté et sa rareté.

Atelier de réparation chez ATF Gaia

L’actualité pour ATF est encourageante. D’une part, le Brexit pourrait isoler les plus gros acteurs du marché, les reconditionneurs et traders anglais. Ce qui permettrait selon Julien Taieb de prendre des parts de marché et développer plus d’activité en France et en Europe. Par ailleurs, le projet de loi anti-gaspillage apporte de l’eau au moulin de l’entreprise. Si les mesures de réparation et de réemploi s’adressent majoritairement au grand public, les changements de mentalité au sein des entreprises sont visibles. En France, quatre ou cinq acteurs dans le reconditionnement et les pièces détachés pour le B2B se partagent le marché. Sur un chiffre d’affaires de 22,9 millions d’euros enregistré en 2018 pour le groupe, dont 10,7 millions d’euros pour ATF Gaïa, le groupe ATF souhaite poursuivre sur sa lancée. Avec toujours la même ambition : favoriser l’emploi des personnes en situation de handicap et renforcer leurs compétences.

Crédit : ATF Gaia

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