Répondre à la demande croissante d’espaces de bureaux tout en réduisant leurs impacts environnementaux. C’est l’ambition du projet Bureaux de demain, porté notamment par l’Ifpeb, le Cerema et l’Ademe. Le périmètre concerne la Vallée de la Seine, qui réunit les régions Normandie et Ile-de-France. Cet appel à démonstrateurs porte sur 25 projets d’aménagements, de réhabilitation ou de construction à l’horizon 2022. Avec comme mots d’ordre : repenser les cycles immobiliers, réduire les déchets, réemployer, éco-concevoir les matériaux.
Le monde de l’immobilier est aujourd’hui confronté à une équation difficilement surmontable : construire et aménager toujours plus de bâtiments, tout en gérant au mieux les volumes croissants de déchets, qui dépassent en France les 40 millions de tonnes par an dans le secteur du BTP. Face aux enjeux carbone et à l’épuisement des ressources, la filière ne pourra pas continuer d’évoluer à ce rythme à brève échéance. L’occasion pour les maîtres d’ouvrage, les industriels et artisans, de penser différemment la conception du bâti, de ses usages et de son devenir, en qualité de banque de matériaux. Dans un secteur spécifique, celui des espaces bureaux, les cycles immobiliers et de réaménagement sont souvent très courts. Certains territoires à forte densité urbaine sont plus impactés que d’autres. L’Ile-de-France par exemple représente la seconde place de marchés de bureaux en Europe, après l’agglomération de Londres. Sortant à peine de la crise sanitaire, et ce malgré la tendance généralisée au télétravail, les prévisions tablent déjà sur un redémarrage du marché des bureaux en 2021. Or les changements rapides d’aménagements de bureaux, liés aux rotations de locataires, entraînent bien souvent la production de déchets de second œuvre, qui représentent près de 25 % du volume total des déchets du BTP.
« Le réemploi ne coûte pas plus cher que le neuf »

Ces pratiques illustrent un monde qui n’a plus lieu d’être, basé sur le gaspillage. Dans la plupart des cas, des matériaux et des équipements en très bon état sont remplacés par d’autres matériels neufs, et finissent en mélange dans des bennes de chantier. Pour stopper ces habitudes, des initiatives sont menées au niveau des territoires avec des partenaires publics et privés. C’est le cas du projet Bureaux de demain, lancé dans le cadre du Contrat de plan interrégional Etat Régions Vallée de la Seine et de l’AMI 2015-2020 « Transition écologique et valorisation économique » (édition 2021 ouverte aux candidatures). Il réunit entre autres l’Ademe, les régions Ile-de-France, Normandie, et la Vallée de la Seine. Ce projet propose un ensemble de solutions pouvant « boucler la boucle » en préservant les ressources, en favorisant le réemploi, la réutilisation et l’éco-conception. Une première phase Workspace Future 1 a permis d’accompagner quatre premiers projets sur les prescriptions.
Envie Le Labo, vitrine du réemploi

C’est le cas du nouveau bâtiment Envie Le Labo de 560 m2 du réseau Envie, construit au cœur du 20e arrondissement de Paris. Cet éco-lieu est destiné à accueillir tous publics désirant réparer des appareils électroménagers, donner, acheter des équipements de seconde main et s’informer sur les bonnes pratiques anti-gaspillage. Le chantier a démarré l’été 2019 grâce à la mise en relation du réseau Envie avec quatre industriels dont Interface (revêtements de sol) et Signify (éclairage). L’objectif était de construire ce bâtiment en misant au maximum sur le réemploi de matériaux (ou de fins de stocks) et des produits à base de matières recyclées. Mission accomplie avec 100 % de mobilier d’occasion, 24 % de réemploi et 14 % de recyclé. Soit au final, une économie de 20 tonnes de matériaux neufs. Pour Nesrine Dani, directrice nouveaux projets Paris et Ile-de-France pour Envie, ce chantier a révélé plusieurs embûches, mais pas insurmontables : « le temps important passé au sourcing, les contraintes techniques imposant du matériel neuf, le manque de disponibilité d’éléments, peuvent être anticipés si l’information est rendue plus accessible, si la filière arrive à monter rapidement en compétences sur les méthodes de pose et de dépose, et si l’on incite fiscalement au réemploi, via la réglementation. Enfin, contrairement aux idées reçues, le réemploi ne coûte pas plus cher que les matériaux neufs, à condition d’organiser, de planifier bien en amont, chaque étape du chantier ».
Six lots de matériaux
Fort de ce retour d’expérience riche d’enseignements, le projet Bureaux de demain est passé dans sa seconde phase sur la période 2020-2022, pour soutenir le développement de 25 projets dont 20 Ile-de-France et cinq en Normandie. Sous la houlette de l’Ademe et des deux régions de la Vallée de la Seine, l’Ifpeb s’est associé au Cerema, pour piloter ces projets, à a4mt (action for market transformation) en qualité d’expert sur l’économie circulaire et le réemploi, à Circoe pour l’étude de la logistique et à evea pour déployer les outils de calculs d’indicateurs. Objectif : promouvoir le réemploi et la circularité dans les travaux d’aménagement, de rénovation ou de construction de bureaux. Deux catégories d’acteurs sont concernées : les maîtres d’ouvrage publics ou privés, obligatoirement basés en Ile-de-France ou en Normandie ; et les industriels du second œuvre provenant de toute la France.
Le projet se focalise sur six lots de produits (cloisons, faux-planchers, luminaires, revêtements de sol, mobilier et faux-plafonds) qui peuvent faire l’objet d’un réemploi ou d’un recyclage. Une méthode en trois volets a été définie : former les deux communautés (via le partage d’expériences et l’acculturation à l’économie circulaire) ; outiller en connectant l’offre et la demande et en mesurant les bénéfices environnementaux ; accompagner jusqu’à la livraison en garantissant un suivi au niveau de la circularité. Les projets de manière globale s’appuieront sur le MFA (Mass flow analysis), qui comptabilise les flux entrants et sortants des matériaux utilisés neufs, recyclés ou réemployés. Cela permettra d’identifier les matières réemployables et d’estimer les impacts environnementaux et la réduction des émissions carbone à l’échelle des produits et du projet dans son ensemble. Pour les entreprises du second oeuvre, cette démarche rendra plus visible leurs actions et leurs pratiques. En les soutenant, les partenaires du projet veulent les aider à travailler sur leurs freins et lever certains d’entre eux, comme l’assurabilité des matériaux de réemploi.
Les méthodes d’accompagnement de ces projets sont censées être dupliquées ailleurs sur le territoire pour généraliser des pratiques vertueuses dans les aménagements de bureaux. Le projet Bureaux de demain ne place en réalité sous les projecteurs qu’une partie du problème : l’obsolescence programmée des espaces de bureaux. Car au-delà des aménagements qui donnent la part belle au réemploi, au recyclage et aux circuits courts, les bureaux sont également le théâtre de profondes évolutions sociétales dont il faut tenir compte dès à présent dans toute démarche de circularité : la création d’espaces flexibles et réversibles, l’intégration du bien-être au travail, le développement du télétravail ou encore la porosité grandissante entre la sphère privée et le monde du travail. Le potentiel est immense.
Crédit :
Rotor, Envie
Savoir :
Candidatures possibles jusqu’au 17 mai 2021 : AMI Transition écologique et valorisation économique 2021
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