Cycl-add veut booster la matière plastique recyclée

Des additifs conçus à partir de déchets industriels

Fabriquer des additifs issus de déchets pour les incorporer dans des plastiques recyclés, c’est l’ambition de la toute jeune entreprise Cycl-add, située dans la Plastic Valley (Ain). Depuis sa création en 2016, elle a déjà mis au point et commercialisé trois gammes d’additifs. Son objectif : permettre à terme le recyclage de plastiques en mélange grâce à ses « booster » et réussir à boucler la boucle en développant ses propres compounds.

La start-up Cycl-add est née il y a deux ans, à l’issue de travaux sur le recyclage de déchets industriels de revêtement de surface, menés par le bureau d’études et de conseil Créastuce. Fondé en 1999 par Hervé Guerry, ce bureau d’études spécialisé en plasturgie est basé dans la Plastic Valley dans l’Ain. Il travaille depuis une dizaine d’années sur l’éco-conception de produits plastiques et réalise des ACV pour ses clients transformateurs. En 2013, dans le cadre du projet Pepite Innov’R, Créastuce propose de trouver des solutions pour un déchet en augmentation et jusque-là enfoui, le résidu de poudre époxy. L’enjeu est de taille.

Peinture en poudre époxy

La peinture en poudre époxy ou polyester est très utilisée dans les secteurs de l’automobile, l’industrie générale (électroménager, mobilier de bureau, machines agricoles,…), le bâtiment (profilés en aluminium) mais aussi le transport, du fait de ses résistances mécaniques et chimiques. En outre, contrairement aux peintures liquides, les peintures en poudre ne contiennent pas de solvants. Elles ne rejettent donc pas de COV (composés organiques volatils) dans l’atmosphère. Malgré ces avantages, ces produits génèrent des déchets, lors de leur utilisation. Une perte de 40 % est signalée durant la pulvérisation : la poudre pulvérisée tombe sur le sol et ne peut donc pas être réutilisée pour une nouvelle pulvérisation. Le gisement de poudre époxy usagée est estimé à 30 000 tonnes en France, et dix fois plus en Europe, avec une progression de 4 % par an.

Des « booster » de matières

 

En s’appuyant sur ses trois ans de recherche, soutenu par l’Ademe et la région Auvergne-Rhône-Alpes, Créastuce décide de fonder sa filiale Cycl-add, et de déposer un brevet pour son procédé de recyclage. Les poudres peuvent désormais être valorisées, sans finir incinérées ou enfouies. Travaillées chimiquement et mécaniquement, elles sont transformées en additifs, et incorporées dans des matières plastiques, recyclées de préférence. Cette transformation limite ainsi l’impact environnemental du traitement des déchets de poudre époxy et réintroduit ces derniers dans une démarche d’économie circulaire. « On est ici dans du 100 % recyclage. Il s’agit en particulier de redonner des propriétés techniques à des déchets de polyoléfines comme du PE ou du PP post-consommation » explique Hervé Guerry, qui s’intéresse également à d’autres flux de déchets comme des résidus de toner pour les transformer en additifs.

Déchets industriels transformés en poudre

Moyennant un investissement de 600 000 euros pour se lancer, Cycl-add gagne vite ses galons. Lauréat du Réseau Entreprendre Inovizi, récompensé par les trophées de l’entreprise de l’Ain et soutenu par la BPI dans sa pré-industrialisation, Cycl-add a déjà fait du chemin en l’espace de deux ans. Déjà trois gammes d’additifs à son actif et de nombreux projets en cours. Ainsi, l’emploi de poudre époxy a permis de créer un additif attribuant aux plastiques des propriétés anti-UV et de tenue au temps. Un second additif a été conçu pour donner, en plus des propriétés de résistance, un aspect ardoise ou argile à des polyoléfines, mais aussi à du PVC et du PS. Un troisième additif, un colorant noir composé d’un mélange de déchets industriels caractérisés permet d’élargir son champs d’applications. Sans compter le gain financier réalisé pour les transformateurs. « Notre produit se vend autour de 800 euros la tonne, soit de l’ordre de 50 % moins cher qu’un colorant noir classique. De même pour les additifs anti-UV qui sur le marché traditionnel peuvent atteindre 2000 euros la tonne ». Depuis un an, Cycl-add commercialise ses produits pour des pièces plastiques fabriquées en injection. Les transformateurs utilisent les additifs comme en cuisine, en respectant certains dosages recommandés par l’entreprise. « Nous cherchons à travers nos produits à stabiliser les matières recyclées et à améliorer la rigidité mécanique de matières PVC par exemple » explique son fondateur.

Fortes demandes industrielles

 

Depuis sa création, Cycl-add est confrontée à son succès. Les demandes industrielles sont nombreuses et dans plusieurs secteurs. « Nous ne pouvons pas répondre pour l’instant à des demandes dans l’automobile où il y a un vrai potentiel dans la production de pièces cachées en plastique recyclé ». L’entreprise répond à des besoins dans des applications de moyenne gamme et non techniques, comme des bacs à végétaliser, des palettes, ou des pots de fleurs. « Nous restons prudents car nous ne pouvons satisfaire des demandes en milliers de tonnes, tant que nous n’avons pas les capacités de traitement nécessaires et les ressources en amont, explique Hervé Guerry. Si nous avions les matières premières et les équipements suffisants, nous pourrions en très peu de temps passer à 10 000 t/an au regard des sollicitations ». Le site actuel de Cycl-add pourra bientôt atteindre sa capacité maximale de 1000 t/an. L’agrandissement de l’installation est d’ores et déjà envisagé.

Additif Cycl-add donnant un aspect gris foncé à la matière plastique

L’heure est pour l’instant à la collecte et au stockage des déchets industriels pour alimenter le process de traitement et de production des additifs. Dans ce secteur, les projets ne manquent pas. Dirigeant aujourd’hui une douzaine de salariés répartis pour moitié entre Créastuce et Cycl-add, Hervé Guerry poursuit son objectif : contribuer à recycler les matières plastiques et boucler la boucle en utilisant des additifs eux-mêmes issus de déchets. Prochaine étape, la mise au point d’un additif garantissant des propriétés choc. « Nous sommes capables par exemple de rendre compatibles un PP et un PE en mélange. Cela permet d’envisager des débouchés pour les déchets plastiques provenant de la mer. Les polyoléfines sont les seuls qui flottent et qu’on peut récupérer. En revanche, il faut s’imposer des limites en évitant de casser la spirale vertueuse du tri, là où cela reste possible techniquement et économiquement ».

D’ici à deux ans, l’entreprise espère de nouveaux développements comme une levée de fond et qui sait, la possibilité d’intégrer une ligne de production de compounds stabilisés, prêts à la transformation. Visant à moyen terme le million d’euros de chiffre d’affaires, Hervé Guerry est conscient de la forte demande industrielle pour ses produits. L’utilisation croissante de matières plastiques recyclées, voulue par la législation européenne et française, donne des ailes aux projets de Cycl-add. L’extension de son site dans la Plastic Valley devrait s’accompagner rapidement par la création d’autres unités en France, proches de la ressource et des clients transformateurs.

Crédit : Francopur, Cycl-add

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