Les déchets plastiques du BTP prêts pour un « green deal »

Le STR PVC veut lever les freins réglementaires

La France a défini comme stratégie nationale de recycler 100 % des plastiques d’ici à 2025. Affichant à peine plus de 22 % à ce jour, le recyclage des plastiques mérite l’engagement de toutes les filières. Le BTP n’échappe pas à la règle. Il représente 154 000 tonnes de déchets plastiques en France dont seulement 21 % sont recyclés*. L’enjeu est double pour ce secteur : améliorer la performance du recyclage et démontrer que les seules actions de la filière peuvent éviter une REP. Exemple avec un gisement sous-recyclé : les tubes et raccords en PVC.

Le STR PVC représente l’industrie des tubes et raccords en PVC pour les canalisations et l’assainissement. Ce marché propose majoritairement des produits en PVC, mais aussi en PE, PP, en fonte ou en acier, selon les usages. Le PVC a conquis ce secteur depuis plusieurs décennies, offrant à la fois des caractéristiques techniques et sanitaires conformes aux normes de sécurité et de qualité établies dans les années 70. Aujourd’hui, les demandes et le contexte règlementaire évoluent. « Pour engager des actions en faveur de l’emploi de plastiques recyclés dans le bâtiment, il va falloir en tout premier lieu, lever certains freins normatifs » explique Sophie Thomas, déléguée générale du STR PVC. Certaines normes relatives à la pression et à l’évacuation ne permettent l’intégration en co-extrusion de matière recyclée qu’à hauteur de 5 % dans les tuyaux. Le PVC utilisé dans ce secteur à plus de 80 % répond parfaitement aux contraintes de résistance au choc ou à l’exposition aux UV. Mais des études ont montré que l’incorporation de matière recyclée au-delà d’un certain seuil, pouvait impacter les performances techniques. Comment dans ce cas concilier environnement, éco-conception et contraintes techniques ? « L’équilibre reste difficile à trouver, mais les innovations technologiques permettront de franchir ces barrières », assure Benoît Hennaut, président du STR PVC et de la Fédération de la Plasturgie et des Composites.

Des actions volontaires mais pas de REP

 

« Nous sommes malgré tout confiants dans une levée à moyen terme de certains verrous réglementaires, ajoute-t-il. L’Europe devrait porter cette démarche et dans ce cas, la France suivra. Nous ne demandons pas une révision totale des normes pour tout laisser passer, mais simplement une adaptation pour améliorer l’éco-conception des produits en vue de leur recyclage et favoriser l’intégration de matières recyclées de haute qualité ». Sachant qu’une norme pour être révisée implique des travaux sur la santé et la sécurité, pouvant durer trois ou quatre ans. Dans la situation actuelle, il est hors de question d’attendre ce délai, explique-t-on au STR PVC. La politique sur l’économie circulaire en Europe et en France, ainsi que le risque de se voir imposer une REP sur les déchets du BTP, suscitent de la part des acteurs de la filière, une véritable motivation pour changer la donne.

Le STR PVC souhaite rassembler rapidement tous les acteurs autour de la table pour lister l’ensemble des normes plastiques dans le bâtiment en vue de les faire évoluer. Des groupes de travail pourraient prochainement se former associant industriels, l’Afnor, le bureau des normes plastiques et le centre technique industriel des plastiques et des composites (Fédération de la Plasturgie). Qui dit éco-conception, dit investissements pour les fabricants, les transformateurs et les recycleurs. Cette orientation vers plus de recyclage et de recyclé dans la composition de nouveaux produits nécessite de repenser l’outil industriel ou encore la logistique. « Pour cela, nous n’hésiterons pas à solliciter des aides de l’Ademe ou de fonds européens, s’il le faut, souligne le président du STR PVC. Il ne faut pas que l’économie circulaire se termine par un effet boomerang. Autrement dit, nous devons aussi accompagner cette démarche par le déploiement d’une communication forte auprès des acteurs de la filière du bâtiment mais aussi des consommateurs ». En d’autres termes, l’organisation professionnelle devra faire en sorte que des produits de canalisation ou gouttières en PVC qui ont déjà fait leurs preuves pendant 40 ou 50 ans, peuvent avoir une seconde vie, une fois transformés et intégrés dans de nouvelles applications.

Collecter plus à l’échelle nationale

 

Pour mener à bien cette démarche et sans attendre la levée des freins réglementaires, le STR PVC parie sur le développement de la collecte à grande échelle. Pour la première fois en 2016, un partenariat a été créé entre un distributeur, le négoce spécialiste PUM Plastiques et un recycleur, Paprec Plastiques pour capter de nouveaux gisements chez les utilisateurs artisans et développer de nouveaux services auprès des clients. Avec la mise en place de bennes par Paprec Plastiques dans les agences PUM Plastiques de Rennes et de Limay dans un premier temps, les clients ont ramené gracieusement leurs tubes et raccords plastiques hors d’usage pour être recyclés. L’opération s’est étendue rapidement à dix agences PUM Plastiques. Après deux ans d’expérimentation, le bilan porte sur un gisement composé à 55 % de tubes et raccords en PVC, 40 % de tubes et raccords en Pehd et 5 % de matériaux en PP et de DND. Au cours des sept derniers mois, le pilote a permis de collecter un flux total de 25 881 tonnes, tous plastiques confondus, soit une moyenne enregistrée par benne de 1,725 tonne, lors des rotations assurées par Paprec.

Seul un tiers des tubes et raccords est collecté

Cette action ne suffit plus dans le contexte actuel, au regard de l’impulsion de la feuille de route gouvernementale sur l’économie circulaire. Pour aller plus loin, le STR PVC souhaite rassembler non seulement les fabricants, les collectivités, les installateurs, mais aussi les recycleurs et les distributeurs. L’idée est de proposer d’ici à juin prochain, un dossier de candidature pour lancer un nouveau « green deal » sur les déchets plastiques issus du bâtiment. Tous les produits, matériaux et résines seraient concernés, soit des milliers de tonnes, détournés de l’enfouissement ou de l’incinération.

Carte des agences PUM pilotes

Car aujourd’hui seulement un tiers des déchets de raccords et tubes est collecté pour être recyclé. Ce projet pourrait se concrétiser avant la fin de l’année, et a déjà reçu l’enthousiasme des canalisateurs de France et des Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment). La présence des donneurs d’ordre est également indispensable pour avancer. Engagé dans l’économie circulaire, le Grand Paris a d’ores et déjà contacté le syndicat pour réfléchir à des actions conjointes.

Engagement volontaire collectif

 

Sur le plan économique, que les choses soient claires. Cette démarche va coûter. L’équilibre financier ne pourra pas être atteint avant longtemps, compte tenu des coûts supplémentaires de traitement et des cours sur le marché des matières premières. « D’où la nécessité de s’engager collectivement pour répartir au mieux ces coûts et permettre à chaque acteur impliqué d’y trouver un intérêt », souligne le président du SRTR PVC. La pérennité d’une filière de recyclage est également liée à la conjoncture du bâtiment. La relative stabilité de la construction neuve et la rénovation, un peu plus importante, va permettre d’améliorer les performances au niveau de la collecte des flux et des débouchés pour le recyclage. Les lieux de collecte doivent être repensés. De nombreuses déchèteries publiques acceptent les déchets de construction des particuliers sans vrai tri préalable. Les quelque 8000 points de vente de tubes et raccords, en France pourraient faire office de lieux de collecte. Mais plutôt que de mailler le territoire par ajouts successifs et opérations locales, une stratégie nationale par le biais d’un engagement volontaire collectif sera plus efficace.

La filière déchets du bâtiment veut tout mettre en œuvre pour éviter l’arrivée d’une REP. Les « green deals » se multiplient et les actions industrielles aussi pour démontrer que cette piste n’est pas une bonne idée. « Laissons-nous le temps d’agir. Si on atteint les objectifs pour améliorer la collecte, le recyclage et l’éco-conception dans notre secteur d’activité, la REP sera inutile. Si au contraire, on ne bouge pas ou si les résultats ne sont pas au rendez-vous, alors il faudra peut-être y songer. Sous réserve d’une échéance à définir » souligne Benoît Hennaut.

*Etude PlasticsEurope (chiffres 2016)

En plus : Le forum VinylPlus aura lieu les 16 et 17 mai 2018 à Madrid. L’occasion pour l’organisation des industriels du PVC de réactualiser les données des filières de collecte de déchets PVC en Europe pour 2017.

Crédit : STR PVC

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

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