Ekopolis aide au déploiement du bâti circulaire

Conseil, formation et suivi de chantiers en Ile-de-France

Grand Paris Express, Stratégie régionale pour une économie circulaire, PRPGD, loi AGEC, REP bâtiment, JO2024, quartiers productifs : les enjeux environnementaux dans le bâtiment sont vastes. L’Ile-de-France en est un peu le moteur, accueillant plusieurs chantiers sobres en énergie et associés à du réemploi de matériaux, du recyclage ou du biosourcé. Toutefois, les actions restent dispersées, par manque de connaissance et de compétences. Pour rendre visible le champ des possibles, l’association Ekopolis s’attèle depuis 2009 à informer, former et faire progresser l’économie circulaire dans le bâtiment.  Actuellement, elle accompagne 80 projets franciliens.

En Ile-de-France, chaque habitant consomme environ 20 tonnes de matières par an, soit un peu plus que la moyenne française (18 tonnes par habitant et par an). Une situation d’autant plus inconfortable que la région n’est pas du tout autonome. Ses importations concernent 80 % des ressources consommées, 90 % de l’énergie et 91 % des ressources alimentaires. En parallèle, la région produit 40 millions de tonnes de déchets chaque année, et 45 millions de tonnes de déblais seront générés par les chantiers du Grand Paris Express. La filière bâtiment pèse lourd dans la balance, alors que la région francilienne fait partie des territoires urbains très denses. Le secteur du bâtiment représente à lui seul 40 % des émissions de CO2, 37 % de la consommation d’énergie et 40 % des déchets produits dans le monde.

Centre de loisirs Jacques Chirac à Rosny-sous-Bois

Inverser la tendance implique une volonté de tous les acteurs de la filière. Dans la maîtrise d’ouvrage publique, certains ont pris une longueur d’avance. A Rosny-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, trois chantiers innovants ont vu le jour depuis 2017 et un quatrième est en cours pour une livraison en 2022. Il s’agit essentiellement de groupes scolaires que la ville a souhaité penser sous le signe du low-tech, du biosourcé, des énergies renouvelables (biomasse et géothermie) et de la récupération des eaux pluviales. Parmi les projets pionniers, le groupe scolaire Les Boutours 2 et le Centre de Loisirs Jacques Chirac. Conçues du sol au plafond avec des biomatériaux comme le bois, la paille, le coton recyclé, la terre, ces réhabilitations sont menées avec l’ambition de réduire l’empreinte carbone à tous les étages. Ces travaux, en apparence simples, exigent pourtant de nouveaux savoir-faire techniques perdus ou anciens et font appel à un sourcing local.

Centre de ressources gratuit

 

Pour mener à bien ces chantiers durables, chaque acteur doit travailler la main dans la main. Une concertation indispensable en amont pour élaborer le projet dans sa globalité nécessite des connaissances, des formations, des compétences que l’association Ekopolis propose depuis 2009 en Ile-de-France. Cette association intègre un positionnement d’intérêt général. Son financement repose sur 50 % de fonds publics dont une grande partie par l’Ademe, sur 40 % de ses propres prestations ; le reste étant le fruit des cotisations de ses 130 adhérents. Ses missions autour du bâti durable sont multiples mais peuvent se résumer en un mot : rassembler. Pour ce faire, Ekopolis a mis en place un centre de ressources en ligne et en accès libre. Première étape pour basculer vers du bâtiment durable et circulaire, informer grâce à une veille ciblée et 1600 ressources documentaires indexées (guides, dossiers techniques, vidéos, actualité réglementaire, retours d’expériences). En tant que relais des bonnes pratiques, le centre de ressources devrait s’enrichir plus rapidement, grâce au recrutement prochain d’un(e) chargé(e) de mission en économie circulaire.

Laurent Perez, directeur d’Ekopolis

« Les données sur le bâtiment durable et la circularité sont riches, dispersées et variées, constate Laurent Perez directeur d’Ekopolis. Notre rôle est d’ identifier, qualifier et centraliser ces connaissances ainsi que rédiger des synthèses accessibles au plus grand nombre ». Aujourd’hui des milliers de visiteurs consultent le site d’Ekopolis grâce auquel, ils se documentent, apprennent, anticipent. Cette action représente la première étape d’un projet. Dans cette logique, l’association conseille et forme les acteurs du bâtiment. Ce besoin de montée en compétences est croissant. La réglementation et l’évolution de la commande publique poussent dans ce sens. Ekopolis s’est spécialisée dans des parcours de formation sur-mesure comme la gestion des eaux pluviales, les matériaux biosourcés, la rénovation énergétique et l’économie circulaire. « Pour la maîtrise d’oeuvre, nous proposons des formations sur le réemploi et donnons des pistes sur les coûts et les matériaux disponibles, tandis que la maîtrise d’ouvrage sera davantage intéressée par les procédures de passage de marchés, de suivi d’opérations et de valorisation » explique Laurent Perez. En 2020, Ekopolis a ainsi formé 150 professionnels.

Territoires pionniers

 

Au regard des textes législatifs sur la préservation des ressources et l’économie circulaire appliquée au bâtiment, les avancées paraissent toutefois limitées. En dépit des enjeux forts d’aménagement à court et moyen terme en Ile-de-France, la filière en est à ses débuts en termes d’éco-conception, de réemploi, sans parler d’écologie industrielle ou d’économie de la fonctionnalité, ajoute le directeur d’Ekopolis. Seuls quelques territoires pionniers émergent comme Est Ensemble, Plaine Commune ou Ville de Paris. Ils sont moteurs dans cette transformation car suscitent de la curiosité et l’envie de faire à son tour : « c’est pourquoi, notre rôle est de diffuser les bonnes pratiques et se rapprocher des maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre qui souhaitent emboîter le pas » explique Laurent Perez. Les projets de construction neuve ou de réhabilitation, publics ou privés, ont besoin d’un coup de pouce pour intégrer un minimum de circularité. Il y a ceux qui ne connaissent pas mais aimeraient faire et ceux qui ont déjà une idée et veulent passer à l’action.

En Ile-de-France en particulier, les spécificités locales appellent des réponses appropriées sur les questions de santé-bâtiment, la gestion des déchets du BTP, la biodiversité, la performance énergétique, l’impact du changement climatique, la gestion des eaux pluviales ou l’intervention en site occupé ou contraint. Depuis trois ans, l’association a mis en œuvre la démarche Bdf (Bâtiment durable francilien). Elle s’adresse aux maîtres d’ouvrage et aux équipes de maîtrise d’oeuvre qui souhaitent construire ou réhabiliter de façon durable. Elle est ouverte à tous les acteurs intéressés pour développer collectivement leurs connaissances et leurs savoir-faire. La démarche Bdf consiste à accompagner et évaluer des opérations de construction et de réhabilitation durables sur l’ensemble du territoire francilien. C’est aussi un espace d’échanges et d’apprentissage. Cet accompagnement va de la conception, à la réalisation et jusqu’à deux ans après la mise en exploitation.

Démarches Bdf et Qdf

 

Avec 80 projets Bdf en cours, la démarche d’Ekopolis est en train de s’imposer peu à peu comme une référence dans la construction et la réhabilitation durable en Ile-de-France, se réjouit Jacques Baudrier, président d’Ekopolis et adjoint à la mairie de paris en charge de la construction publique.

Menuiseries stockées près d’un immeuble en déconstruction

Outre l’expérience innovante et exemplaire de Rosny-sous-Bois, d’autres projets Bdf ont suivi de près le même chemin. C’est le cas à Paris de la réhabilitation de la Maison des Canaux (19e arrondissement). Le chantier dont la livraison est prévue avant la fin de l’année 2021, a atteint un niveau Or en conception et pousse au maximum les curseurs de l’économie circulaire. Le projet repose sur des partenariats ESS, avec des entreprises en insertion et la mise en œuvre d’un atelier de réparation solidaire. Le volet énergétique recourt à des procédés low-tech, tandis que sera installée une chaudière bois à granulés. La récupération des eaux pluviales est prévue tout comme le réemploi des matériaux déposés in-situ mixés à des apports de gisements externes. Des matériaux biosourcés locaux seront utilisés. L’ensemble du projet vise à limiter la production de déchets et l’utilisation de matières. A Pantin (93), la cité de l’Ecohabiter a pour MOA, Est Ensemble, Ville de Pantin et le bailleur social RIVP. Le projet de réhabilitation d’anciens locaux industriels mise sur une sobriété en énergie et en matériaux : pas de climatisation, quantités de matières employées limitées, utilisation de fibres biosourcées et d’origine locale. Enfin, une attention toute particulière sera portée sur la démontabilité et l’évolutivité du bâtiment. Le confort et la santé dans tous ces projets ne sont pas négligés. La ventilation naturelle, la qualité acoustique raisonnée et une forte autonomie lumineuse sont privilégiés.

Dans la continuité de la démarche Bdf, et suite aux sollicitations d’acteurs de l’aménagement, Ekopolis travaille aujourd’hui à une nouvelle méthodologie d’aménagement concernant des quartiers durables franciliens (Qdf). Pour Laurent Perez, cette nouvelle étape va permettre de repenser plus largement la circularité, puisqu’on passe à une autre échelle, propice à des actions dans l’économie d’usage, l’éco-conception, ou l’écologie industrielle.

Filière en mutation

 

Dans notre démarche, explique le directeur d’Ekopolis, on essaie de poser les bonnes questions : pourquoi une construction neuve et pas une réhabilitation ? Quelle est la part de réemploi et de recyclage envisagée ? « Quelques pionniers commencent à faire avancer les choses et nous les accompagnons volontiers en vue de valoriser leurs efforts et essaimer les bonnes pratiques. Parmi eux, les bailleurs sociaux – ils sont 140 au total en Ile-de-France – expérimentent et innovent de plus en plus dans ce domaine. Certains territoires comme Est Ensemble, Plaine Commune ou la Ville de Paris ont une vision d’avant-garde et une politique volontariste, pour intégrer des critères circulaires de réemploi et d’éco-conception dans leurs marchés publics ».

Quartier du PNR Oise où du béton a été enlevé pour laisser l’eau s’infiltrer

Le respect de la loi est un minimum et devrait surtout servir de tremplin pour aller plus loin, selon Laurent Perez : « au cours des trois prochaines années, cela peut changer rapidement avec de la méthodologie et des moyens plus coercitifs dans certains secteurs ». La gestion des déchets, la lutte contre le gaspillage font partie des thématiques les plus connues et les plus accessibles. Pourtant, elles ne sont pas généralisées sur tous les chantiers, loin de là. « Nous vivons une période de transition avec plusieurs rampes de lancement comme le recyclage, le réemploi, le biosourcé. L’objectif de 70 % de recyclage n’est toujours pas atteint. Quant au réemploi, seulement 10 % des projets l’ont adopté ; les marges de progrès sont importantes » reconnaît Laurent Perez qui ne désespère pas pour autant : « les actions se mettent en place progressivement. Aujourd’hui, on intègre plus facilement le recyclage et le réemploi. Demain, ce sera au tour de l’éco-conception, notion qui appliquée au bâtiment, pourrait rimer avec économie de matières ». Le directeur d’Ekopolis identifie une nouvelle génération d’architectes sensible à cette démarche de frugalité. « Cela revient parfois à interroger la nécessité d’installer du faux-plafond ou tel revêtement de sol. Dans cette optique, il faut faire évoluer et accepter d’autres aménagements, qui mettent en valeur la matière brute et certains équipements ». Au-delà des nouvelles pratiques, et des objectifs à atteindre à court terme, l’économie circulaire appliquée au bâtiment implique une transformation des mentalités qui prendra sans doute encore quelque temps.

Bon à savoir :

Ekopolis publiera en avril 2021 un document sur l’économie circulaire à l’échelle du bâtiment, ainsi qu’un atlas sur les matières biosourcées et l’offre régionale.

Crédits : Rosny-Sous-Bois, Ekopolis, Marie-Amélie Lombard, CM

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