Il y a un an, malgré le premier confinement strict, les papetiers français ont poursuivi leur activité tant bien que mal. Quelques effets ont été ressentis sur la demande pour certaines sortes, l’exploitation des sites et les ruptures provisoires d’approvisionnement en PCR (papiers à recycler). D’autres éléments structurels sont venus s’ajouter, comme la fermeture de l’usine de UPM Chapelle Darblay. Le syndicat professionnel Copacel reste néanmoins optimiste sur la reprise d’activité face à une conjoncture internationale plutôt favorable.
Faisant partie des activités essentielles pour assurer la production des emballages alimentaires, des cartons pour la logistique, du papier d’hygiène, les entreprises papetières françaises sont sorties plus ou moins indemnes de la crise sanitaire, en maintenant l’activité tant bien que mal. En 2020, la crise économique générale qui a découlé de la crise sanitaire a tout de même entraîné un recul de la consommation de papiers et cartons (8 millions de tonnes sur l’année 2020 soit 5,8 % de moins qu’en 2019). Toutefois selon Copacel, ce recul est moindre que celui enregistré dans d’autres secteurs économiques liés aux services ou d’autres activités industrielles (aéronautique, construction,automobile). En valeur, le chiffre d’affaires de l’ensemble du secteur (papier, carton et pâte marchande) a chuté de 12,7 %, pour atteindre 4,7 milliards d’euros, en raison principalement de la diminution du prix de vente des familles de papiers et cartons en 2020.
Améliorations pour 2021
Un an après le début de la crise sanitaire, la situation a basculé, marquée par une envolée des prix des matières cellulosiques comme d’autres matières premières. Cette évolution s’explique selon le syndicat par une désorganisation du commerce mondial et de la logistique, mais aussi par une reprise de l’activité économique, tirée par le e-commerce, la vente à emporter, et la substitution aux matières plastiques. La réglementation européenne et française (directive SUP et loi AGEC), pointant du doigt les plastiques à usage unique, devrait être bénéfique à l’industrie du papier-carton, gagnant de nouvelles parts de marché.

Si l’année 2020 a été chaotique pour l’économie et l’industrie en général avec des effets collatéraux pour la filière papier-carton, la profession pronostique un avenir plus radieux à court et moyen terme. Dans un contexte de pressions inflationnistes sur les matières premières, l’accélération vraisemblable de l’économie en 2021 offre des perspectives de croissance à l’industrie papetière, explique le président de Copacel Philippe d’Adhémar. Depuis plusieurs mois, les coûts de plusieurs catégories de matières premières fibreuses sont en hausse sensible, comme la pâte de cellulose. Les cours de cette matière sont en effet sous tension en raison de la vigueur de la demande chinoise et de l’absence de nouvelles capacités de production de pâte. Ces hausses auront sans doute un impact haussier sur les prix des papiers et cartons à terme. La Chine continue de tirer le marché avec une forte demande de bobines importées. L’arrêt brutal des importations de vieux papiers n’a pas permis au pays de produire suffisamment de papiers répondant à sa demande. Pour l’instant, l’Europe profite de cette manne, mais pour combien de temps ? Des projets de constructions d’unités seraient à l’étude aux portes de la Chine.
Les PCR s’envolent
L’augmentation des prix touche également les papiers et cartons à recycler (PCR). Copacel mentionne des hausses jusqu’à 300 % sur une dizaine de mois pour certaines catégories. C’est le reflet d’une demande soutenue en Europe des producteurs de papiers et cartons pour emballages. Ce secteur représente une bouffée d’oxygène, marqué par l’essor du e-commerce en particulier. La production de cartons pour emballages bénéficie non seulement aux cartons pour ondulé (1.05) mais également aux papiers graphiques récupérés, intégrés dans les flux en mélange.

La consommation par l’industrie papetière française des « vieux papiers » a représenté un tonnage de 4,9 millions de tonnes en 2020, en baisse de 5,3 % par rapport à l’année précédente. Ce recul est la conséquence directe du repli de la production pendant quelques mois. La collecte par les opérateurs en charge de la récupération et du tri des déchets de produits fibreux (emballages usagés, journaux et magazines, papiers bureautiques…) s’est élevée à 6,3 millions de tonnes, soit une baisse de 6,2 % par rapport à 2019. Ce recul traduit l’arrêt soudain et presque général des collectes en de nombreux points du territoire durant le premier confinement. Selon Copacel, l’analyse de l’année 2020, si atypique et inédite, n’empêche pas une analyse par secteur et par période. Ainsi, les deux premiers mois de l’année ont commencé dans la continuité de 2019, avec des excédents de PCR tant pour les emballages que pour les papiers graphiques (et en particulier pour les sortes d’origines municipales et assimilées). Cette situation s’explique par la fermeture, en 2018, des frontières chinoises aux déchets de papier-carton et, par l’arrêt progressif de la production de papier journal sur le site de UPM Chapelle Darblay.
Mais le premier confinement et l’arrêt de l’activité économique et des collectes ont résorbé rapidement les excédents dans les centres de tri, dès lors que les entreprises du papetières ont poursuivi leur activité. La suite de l’année a été moins « chahutée », avec une demande plus forte fin 2020, grâce à une hausse de production sur les sites existants et au démarrage d’unités de production de PPO en Europe. La consommation croissante des sortes utilisées dans l’emballage a orienté les cours à la hausse, notamment pour les qualités 1.02, 1.04 et 1.05, se rapprochant des records de 2017. A l’inverse, avec le recul de la demande de papiers graphiques (1.11), les prix moyens ont diminué de plus de 50 % tandis que les sortes supérieures ont vu leur prix décliner de 5 à 6 %.
Recyclage oui, mais pas à 100 %
Les perspectives 2021 devraient dépendre de l’évolution de la situation sanitaire et économique. La fin des restrictions (réouverture de tous les commerces, retour à une plus forte mobilité), peut-être envisagée à partir du mois de mai selon la dernière annonce du président Macron, et la volonté des consommateurs de « tourner la page », devraient se traduire par une hausse de la consommation pour différents segments de produits – articles d’hygiène « away from home », utilisation de papiers bureautiques liée au retour plus large des salariés sur leur lieu de travail, augmentation de la publicité « print ». Le commerce en ligne et le « drive » sont des pratiques de consommation qui ont connu un regain ces derniers mois, et qui perdureront durant les années à venir, affirme Copacel.
Le goût des consommateurs pour les biens manufacturés issus de ressources renouvelables et facilement recyclables entraîne de la sympathie pour les produits fibreux. L’année 2021 a déjà démarré avec des prix de PCR élevés, répondant à une demande soutenue dans l’emballage. La réglementation sur la réduction des plastiques joue aussi en faveur du papier-carton. Les PCR peuvent par ailleurs bénéficier des incitations données à la commande publique d’intégrer plus de matière recyclée. Copacel reconnaît que l’initiative doit être encouragée mais que le choix de papiers 100 % recyclés reste un non sens pour au moins deux raisons, explique Philippe d’Adhémar : « les produits papiers auront toujours besoin de fibres vierges pour conserver leurs propriétés et leur résistance. Par ailleurs, il ne faut pas négliger d’autres sources d’approvisionnement comme la fibre vierge issue des forêts. Notre industrie représente un client important pour le parc forestier français. Un déséquilibre des usages pourrait avoir de fâcheuses conséquences économiques pour ce secteur ».
Quelques freins
Ce retour à une activité normale ne doit pas faire oublier quelques freins comme le déclin inexorable des papiers de presse au profit des technologies numériques, et la fin progressive des dispositifs publics de soutien de l’économie. Si l’industrie papetière n’a pas véritablement bénéficié des aides de l’État depuis la crise sanitaire, certaines activités économiques soutenues pourraient être ralenties, et impacter la production de papiers et cartons. Enfin, la volonté de relancer l’industrie en France et d’inciter à la relocalisation ne doit pas être contrecarrée par un afflux de taxes et autres dispositifs législatifs contraignants pour l’industrie, indique Copacel. Ainsi, la loi « Climat et résilience » contient des articles défavorables à l’activité économique. Il en va ainsi de la restriction de la diffusion des imprimés publicitaires (« oui-pub »), de la baisse de la réduction de TICPE sur le gazole professionnel, ou encore de la mise en place de nouvelles taxes sur les poids lourds. En d’autres termes, l’industrie papetière accepte de jouer le jeu et d’investir, à condition d’obtenir de l’État, des garanties de soutien et de sécurité.
Chapelle Darblay en sursis
Le maintien du site Chapelle Darblay a suscité plusieurs mouvements d’élus et d’associations et syndicats en France depuis le mois de mars 2021. Le calendrier se resserre sur une issue que les salariés souhaiteraient optimiste. Jusqu’à présent, le propriétaire du site papetier UPM n’en donne pas trop les signes. D’où l’interpellation du chef de l’Etat de la part de collectivités et d’organisations syndicales et non gouvernementales. Objectif : inciter l’Etat à jouer son rôle pour sauvegarder un fleuron industriel qui s’inscrit dans une démarche 100% circulaire. Mi-mars, 70 maires et parlementaires de tous horizons politiques et géographiques ont adressé un courrier au président Macron, lui demandant d’intervenir personnellement pour sauver la papeterie, menacée de démantèlement. Le 1er avril 2021, une réunion s’est tenue entre les représentants syndicaux du site et les membres des cabinets de la Délégation Interministérielle à la Réindustrialisation et du ministère de l’Industrie. Cette réunion intervenait au lendemain du dépôt de trois offres industrielles non engageantes auprès du groupe UPM. Selon Arnaud Dauxerre, l’un des représentants du personnel « cette première étape fructueuse démontre l’intérêt de nos actions depuis la fermeture de l’usine et que nous continuerons à porter jusqu’à la relance du site à travers les projets industriels de recyclage papetier ».
Crédit : CM, Copacel
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