France urbaine guide les collectivités dans leur politique circulaire

Bonnes pratiques, conseils juridiques et témoignages

France urbaine et l’Ecole urbaine de Sciences Po ont publié cet été un guide méthodologique pour accompagner les grandes villes, les agglomérations et les métropoles dans leur démarche territoriale d’économie circulaire. Riche d’informations pratiques, cette publication foisonne également d’une vingtaine de retours d’expériences et de projets innovants dans plusieurs villes d’Europe.

Dans le Quartier des Deux Rives, Paris

A quelques jours de la rentrée, l’économie circulaire ne devrait plus avoir de secret pour les responsables et représentants des villes françaises. Le nouveau guide pratique, publié en juillet dernier par France urbaine et l’Ecole urbaine de Sciences Po remplit sa mission. Au programme : recherches documentaires, entretiens réalisés avec 23 collectivités territoriales, membres de France urbaine, ainsi que des visites de terrain sur des projets d’économie circulaire. Les collectivités jouent un rôle crucial dans cette transition, car elles sont les moteurs à l’échelle locale des solutions à intégrer dès maintenant dans les logiques de développement économiques et de responsabilisation des citoyens et des consommateurs, souligne France urbaine dans son introduction : « en soutenant les initiatives d’économie circulaire au sein de leur territoire, dont elles connaissent les spécificités, en se positionnant comme facilitateurs de projets, les collectivités complètent grâce à leurs actions, de manière concrète, les directives nationales, jusqu’à parfois les devancer ». Alors que la notion d’économie circulaire commence à devenir un peu plus précise pour les acteurs publics, à travers les plans régionaux de prévention et de gestion des déchets, ce nouveau guide démontre que les collectivités sont parties prenantes et bien souvent moteurs à travers des démarches innovantes et audacieuses.

Grenoble mise sur la réduction des déchets

Détourner 5000 tonnes de déchets encombrants par an pour des activités de réemploi et de réparation, c’est l’ambition de Grenoble Alpes Métropole qui souhaite structurer cette filière sur son territoire. La Métropole a acquis un site dédié de 8000 m² de bâtiments, qui regroupera une plateforme de sur-tri et de réparation/réemploi, un tiers lieu dédié à l’anti gaspillage alimentaire ou encore un laboratoire de solutions innovantes pour le réemploi et l’upcycling. Par ailleurs, la Métropole et neuf acteurs de l’ESS se sont associés pour créer en 2020 une Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) nommée Fabricanova. Celle-ci compte développer de façon collaborative des activités d’économie circulaire et de nouveaux métiers non délocalisables, comme la vente de produits réemployés/réutilisés. A terme, l’objectif recherché est d’installer plusieurs boutiques sur ce territoire, proposant des produits issus du réemploi. Autre action menée en août 2020, l’installation de préaux de matériaux, réalisés dans des conteneurs maritimes, dans trois déchèteries de la Métropole. Ici, pièces de chantier, quincailleries ou objets de bricolage sont déposés et repris gratuitement par les habitants. Résultat prometteur puisqu’en moyenne, une tonne de matériaux a été déposée par mois et 800 kilos de matériaux en sont ressortis. Ce nouveau service devrait être désormais déployé sur les nouvelles déchèteries.

Pédagogique et didactique, l’ouvrage se divise en quatre rubriques. La première partie aborde le concept de l’économie circulaire par le biais de définitions, des rappels historiques et des sept piliers ou leviers qui portent ce modèle. Dans une seconde partie, le guide mentionne le cadre juridique, financier et administratif de l’économie circulaire. Ce chapitre passe rapidement en revue les évolutions législatives, administratives et financières de l’économie circulaire en France et en Europe, en énonçant les directives déchets et emballages, le paquet économie circulaire, le Pacte Vert pour l’Europe, la loi AGEC, ou encore la loi Climat et Résilience. Et renvoie à plusieurs sites d’information et d’aides financières comme celui de l’Ademe (Fonds économie circulaire, Plan France Relance, AMI, Appels à Projets), de la BPI, du programme Life et des fonds Feder. Rien de très technique ici, puisque tout représentant de collectivité est censé connaître cette information de base. Il s’agit davantage d’une synthèse de données incontournables, à garder en mémoire.

Villes pionnières

 

Dans sa troisième partie, le guide entre dans le vif du sujet, où sont recensées les bonnes pratiques et les procédures à suivre : diagnostic de territoire, identifier les filières locales, prioriser les actions, formaliser une feuille de route. Les leviers d’actions pour les collectivités comme la commande publique ou les synergies inter-entreprises (démarche d’écologie industrielle et territoriale) sont mis en lumière. Les citoyens ne sont pas oubliés ; et des conseils d’information et de sensibilisation sont évoqués. Pour clore ce chapitre détaillé et riche d’exemples, le guide partage quelques retours d’expérience au travers de thématiques comme le recyclage, l’éco-conception, l’EIT ou l’économie de la fonctionnalité. Un document annexe rassemble d’ailleurs les fiches projets de 23 collectivités (14 métropoles, une communauté urbaine, trois communautés d’agglomération, trois grandes villes et deux établissements publics territoriaux)*, engagées dans ces démarches.

Metz favorise l’économie de partage

Depuis septembre 2020, Metz Métropole a noué un partenariat avec BaterLink, une entreprise de mise en réseau d’entreprises autour du partage de ressources. En d’autres termes, elle promeut l’économie d’usage. Via sa plateforme, Barterlink permet à l’ensemble des entreprises et associations de la métropole d’accéder gratuitement à ce « réseau de ressources ». Le principe de ce réseau est de mettre en lien tous types de structures et d’acteurs économiques afin que ceux-ci puissent partager avec d’autres des éléments qui peuvent leur servir tels que le surplus de production ou le reste de matériaux, valorisant des ressources sous-employées. L’échange sur BarterLink se fait via une monnaie dédiée : le Link, dont le cours est égal à celui de l’euro. L’engagement de la métropole dans ce projet vise à favoriser les échanges locaux tout en permettant aux entreprises du territoire de préserver leur trésorerie.

Couvent des Clarisses transformé en maison de l’économie circulaire à Roubaix

Parmi elles, citons quelques pionnières (ndlr. déjà présentées sur notre site) comme la ville de Roubaix avec sa maison de l’économie circulaire et son programme Upcycle Your Waste, la ville de Paris avec son quartier des deux rives et la maison des canaux, la communauté urbaine de Dunkerque et son association Ecopal sur l’écologie industrielle, en action depuis vingt ans, ou bien l’EPT Est Ensemble qui œuvre notamment pour le réemploi des matériaux du BTP. Enfin, le quatrième volet de la publication met en exergue des projets innovants menés l’étranger, sur lesquels villes et métropoles françaises pourraient s’appuyer. Comme par exemple, le programme de symbiose industrielle mis en place à Cape Town (Afrique du Sud) pour combattre le fort taux de chômage ; la production de toute l’énergie à partir de biomasse pour la ville de Pecs en Hongrie ; ou bien la création d’une bibliothèque de choses (Librairy of Things) à Londres où les habitants peuvent emprunter des outils de jardinage, de bricolage, des équipements électriques et autres équipements de camping contre une modeste participation financière.

Montpellier incube des entreprises circulaires

Alors que Montpellier Méditerranée Métropole a noué des partenariats avec le monde de l’enseignement, de la recherche et avec les entreprises du territoire, la collectivité s’attelle maintenant à la structuration d’un écosystème public-privé durable, soutenu par son propre incubateur d’entreprises, le BIC (Business & Innovation Centre), créé il y a plus de trente ans. Considérée comme l’un des meilleurs incubateurs mondiaux, cette structure permet à la Métropole d’accélérer le processus de création d’entreprises innovantes et durables. Récemment, le BIC a ainsi accompagné Magic Pallet (plateforme d’échange de palettes en Europe) dans sa création, sa levée de fonds et son développement. L’incubateur a également aidé à la construction de My Sport Market, une plateforme de vente en ligne d’articles de sport invendus.

Autant d’exemples qui peuvent inspirer les villes françaises et mesurent l’ampleur de la tâche à accomplir. Les défis restent nombreux, conclue le guide, tant sur l’offre des organismes financeurs, que dans l’engagement des collectivités. De nombreux dispositifs d’aides existent mais ne sont pas tous adaptés aux besoins des collectivités ; la logique d’appels à projets ayant tendance à mettre en concurrence les territoires, ce qui semble encore rédhibitoire. Bien souvent, constate France urbaine, les collectivités se restreignent souvent à un simple rôle d’accompagnateur de porteurs de projets extérieurs. Pour sortir de ce schéma, les villes doivent mieux s’armer pour réussir leur démarche, par le biais de plusieurs étapes comme connaître les flux de son territoire, construire des indicateurs de progression, passer du démonstrateur à la généralisation, renforcer la coopération et la coordination avec les autres acteurs du territoire et les autres collectivités.

* Métropole Aix-Marseille Provence, Dijon Métropole, Grenoble-Alpes Métropole, Métropole Européenne de Lille, Métropole de Lyon, Metz Métropole, Montpellier Méditerranée Métropole, Nantes Métropole, Métropole du Grand Paris, Rennes Métropole, Métropole Rouen Normandie, Eurométropole de Strasbourg, Métropole Toulon Provence Méditerranée, Communauté urbaine de Dunkerque, Amiens Métropole, Communauté Intercommunale du Nord de la Réunion, Communauté

 

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

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