Avec son paquet économie circulaire, la Commission européenne a fixé des objectifs pour les dix ans à venir afin de préserver les ressources et l’environnement. Pour y parvenir, l’innovation, les nouvelles technologies et les changements de modèles de production impliquent des investissements massifs. La banque européenne d’investissement (BEI) accompagne ces mutations et soutient des dizaines de projets d’entreprises allant dans ce sens. Les instruments financiers ne manquent pas et plus de deux milliards d’euros de prêts ont été attribués au cours des cinq dernières années.
Depuis soixante ans, la banque européenne d’investissement possède une longue tradition d’aide aux projets environnementaux sur le recyclage et la valorisation de déchets et sous-produits industriels. Dans un contexte de stratégie politique en faveur d’une économie plus circulaire en Europe, il était logique pour l’institution de s’intéresser aux travaux innovants en termes d’éco-conception, de prévention, d’allongement de la durée de vie et de recyclage en boucle fermée des matériaux. Entre 2014 et 2018, la BEI a apporté son soutien financier à hauteur de 2,3 milliards d’euros pour des projets d’économie circulaire allant de l’utilisation efficace des ressources à la gestion des déchets, en passant par les infrastructures de recyclage et de valorisation des matériaux et, plus récemment, les nouveaux business model circulaires. « Nous estimons que l’économie circulaire recèle d’énormes avantages pour les entreprises. Sa croissance est tirée par l’innovation, la prise de conscience grandissante des consommateurs et le renforcement de la demande de produits verts. On estime que 320 milliards d’euros seront nécessaires jusqu’en 2025 pour réaliser des projets qui mettront l’économie européenne sur la voie de l’économie circulaire, et la BEI s’est engagée à soutenir ces investissements » insiste Liesbet Goovaerts, ingénieure environnement à la BEI.
Qu’il s’agisse de PME ou d’ETI, de micro-entreprises ou de groupes internationaux, les projets liés à l’économie circulaire et la préservation des ressources ont toutes les chances d’être retenus et financés selon leur pertinence, leur innovation et leur niveau de durabilité. La BEI dispose actuellement de plusieurs produits financiers et outils adaptés pour soutenir la transition. Les investissements varient en fonction de l’échelle du projet, de sa maturité et de son positionnement dans la chaîne de valeur. Pour des projets plus traditionnels et de grande dimension, la BEI propose des prêts sur long et moyen terme, à taux fixes ou variables. Pour les opérations plus petites, la BEI propose de financer indirectement via des crédits portés par des banques locales ou autres établissements intermédiaires. La banque européenne est surtout le bon interlocuteur pour des projets industriels individuels dont le coût d’investissement total excède 25 millions d’euros. Après étude des dossiers par des experts, ingénieurs pour la plupart venant de plusieurs secteurs d’activité, la BEI valide et finance les projets à 50 % sous forme de prêts directs remboursables avec des garanties.
Un guide réactualisé sur l’économie circulaire
Dans certains cas, elle peut également octroyer des prêts directs à des entreprises de taille intermédiaire (ETI), employant jusqu’à 3 000 salariés, pour lesquelles le volume de prêt requis est compris entre 7,5 et 25 millions d’euros. Sur la liste de ces entreprises admissibles, figurent aussi des PME qui ont des besoins en capital pour financer le développement de leur activité. En fonction du degré de risque et d’autres spécificités, ce produit peut bénéficier d’un appui au titre du Fonds européen pour les investissements stratégiques. La banque finance par ailleurs des programmes d’investissement pluriannuels à composantes multiples au moyen d’un seul « prêt-cadre ». Celui-ci permet de soutenir toute une série de projets, généralement réalisés par des organismes publics locaux ou nationaux et concerne le plus souvent les secteurs des infrastructures, des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, des transports et de la rénovation urbaine. Les remboursements des prêts s’effectuent sous la forme de versements semestriels ou annuels.

La BEI est en mesure de lever des fonds sur les marchés financiers à des conditions avantageuses, qu’elle répercute ensuite sur ses clients sous la forme de longues durées, de différés de remboursement, de profils de remboursement sur mesure, etc. Elle a également la possibilité de combiner ses financements avec des dons de la Commission européenne, ce qui permet de surmonter des entraves spécifiques au financement, telles que les profils de risque élevé associés aux projets circulaires. Sa participation à un projet exerce ainsi un effet de signal positif en direction d’autres investisseurs. La BEI propose également des services de conseil et de partage des meilleures pratiques, mettant en relation les décideurs et facilitant l’accès à une finance plus verte. Dans cette perspective, elle a édité un guide pour promouvoir une compréhension commune de l’économie circulaire, et pour éveiller les consciences sur des solutions plus circulaires. Ce guide sera réactualisé régulièrement pour anticiper les besoins et les opportunités. En réalité, le financement des projets liés à l’économie circulaire n’est pas une question anecdotique pour les investisseurs, déclare Liesbet Goovaerts : « les entreprises et le secteur financier perçoivent certains obstacles difficiles à franchir et se reprochent mutuellement de ne pas jouer le rôle qui devrait leur revenir. La principale incrimination des entreprises à l’égard du secteur financier consiste à dire qu’il ne serait pas en mesure d’évaluer les avantages des approches circulaires et les risques associés au maintien de modèles économiques linéaires. Le secteur financier soutient que les nouveaux projets relatifs à l’économie circulaire sont trop risqués et donc souvent non bancables ».
Tremplin pour le recyclage

Parmi les projets d’économie circulaire récents les plus emblématiques, figurent l’unité industrielle EcoTitanium en France, inaugurée en septembre 2017. Fruit d’un développement du groupe Eramet de sa filiale Aubert et Duval, le site produit des lingots de titane pour l’aéronautique par voie de recyclage. Si l’industrie du recyclage n’attire pas massivement banquiers ou investisseurs privés, la BEI peut être une passerelle et garantir la viabilité d’un projet. C’est ainsi que le groupe Derichebourg a sollicité le soutien de la banque pour financer un programme d’investissement pluriannuel. L’entreprise souhaite engager sur la table quelque 270 millions d’euros pour développer la récupération des matières secondaires afin d’atteindre un meilleur rendement du taux de recyclage conformément aux directives européennes et à la législation nationale. Les secteurs concernés sont les déchets solides, la production et la distribution d’eau, l’assainissement, la gestion des déchets et la dépollution. La BEI interviendrait à hauteur d’environ 130 millions d’euros. A ce jour, les deux parties sont à un stade de négociation. Dans le secteur du recyclage et en droite ligne avec la stratégie plastiques, la BEI a financé une nouvelle installation de recyclage de bouteilles PET ainsi que la modernisation d’une unité de recyclage de DEEE en Roumanie, dans le cadre d’un projet réalisé avec Green Group.
Les « petits » projets ne sont pas oubliés mais le niveau de risque est étudié de près. La BEI propose des prêts à des banques locales et à d’autres intermédiaires qui « rétrocèdent » ensuite les fonds à des bénéficiaires finaux : cela concerne des PME, des ETI, des collectivités locales ou des organismes publics. Tous les prêts intermédiés doivent contribuer à la réalisation d’au moins un des objectifs de politique publique de la banque : l’innovation ; le soutien aux PME ; les infrastructures ; la cohésion économique et sociale (réduction des déséquilibres) ; la protection de l’environnement et l’action climatique. Les modalités de prêt (taille, durée, structure, etc.) peuvent être ajustées et la décision d’octroi d’un financement est du ressort des institutions intermédiaires, qui assument également le risque financier inhérent à la rétrocession des fonds. Dans le cas des prêts intermédiés, la BEI n’a aucune relation contractuelle avec les bénéficiaires finaux, même si ces derniers doivent être informés de la participation de la BEI. Parmi les derniers projets sélectionnés, l’accord de financement signé avec la DLL, filiale à 100 % du groupe Rabobank pour appuyer les PME et les ETI en Belgique et aux Pays-Bas. Grâce à ce prêt, un montant total de 100 millions d’euros sera mis à la disposition de quelque 200 entreprises belges et néerlandaises qui mettent en œuvre des modèles économiques circulaires et durables. Dans ce modèle circulaire, la DLL accorde des prêts à de petites entreprises actives dans les systèmes produits-services. Ainsi, des solutions de financement sur mesure sont proposées, pour des équipements de seconde ou troisième main par exemple. Cette démarche soutient des acteurs dans leur transition vente d’un actif vers celui d’un service et encourage les industriels à revoir la conception de leurs produits pour envisager la réparation, le reconditionnement et la remise en état.
Dans le même domaine, en France, la plateforme de financement RGreen Invest et la Banque européenne d’investissement (BEI) participeront à hauteur de cinq millions d’euros dans le capital de la société française Méthajoule, spécialisée dans la méthanisation agricole. Le site, en cours de construction, est situé dans le Cantal et produira de l’électricité qui sera vendue à EDF. Cet investissement s’inscrit dans le cadre du fonds Infragreen III, géré par RGreen Invest et co-financé à hauteur de 50 millions d’euros par la BEI. L’objectif de ce fonds consiste à investir, pour un montant total de 307 millions d’euros, dans des projets d’EnR en France et dans l’Union européenne.
Projets hors Union européenne
La banque européenne d’investissement soutient la transition écologique et l’économie circulaire au sein de l’Union européenne mais aussi dans d’autres parties du monde. Elle consacre 10 % de son budget à des projets hors UE. Dernier exemple en date à Maurice avec un projet de valorisation énergétique porté par un producteur de canne à sucre. Celui-ci utilise de la bagasse et du charbon selon les saisons pour alimenter sa centrale de cogénération. Celle-ci fonctionne en continu pour approvisionner le réseau électrique de Maurice. En 2015, la BEI a signé un prêt de huit millions d’euros pour financer une installation qui convertit des cendres de chaudière en additifs pour ciment Portland. Ce projet vise à réduire l’enfouissement de ces résidus et de fait le risque de contamination des milieux naturels. « Nous avons lancé l’initiative Clean Oceans en octobre 2018 avec la banque de développement allemande KfW et l’Agence française de développement (AFD). Dans le cadre de cette initiative, jusqu’à 2 milliards d’euros de prêts seront octroyés au cours des cinq prochaines années pour soutenir la mise en œuvre de projets durables et à faibles émissions de carbone, qui permettront de réduire la pollution des océans. Une attention toute particulière sera également accordée aux petits projets d’économie circulaire situés sur les côtes et les fleuves d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine » souligne Liesbet Goovaerts.
Alors que les élections européennes du 26 mai ont mis en lumière plusieurs partis politiques Verts et ont fait de l’écologie une thématique prioritaire, l’idée d’une banque européenne du climat fait son chemin. Si cette perspective semble devenir de plus en plus nette, le budget et le rôle de la BEI pourraient ainsi être renforcés. L’institution qui a fêté ses 60 ans en 2018, aura le mérite d’être plus visible, et reconnue comme un outil financier incontournable pour servir les engagements climatiques et environnementaux au cours des dix prochaines années.
Savoir :
- Financements européens en France
La France se situe au 3e rang des pays bénéficiaires de financements de la BEI, avec 7,2 milliards d’euros attribués tous secteurs confondus en 2018. L’an dernier, deux projets sur trois financés intégraient un paramètre climat (rénovation thermique dans le bâtiment, transport durable). Pour la première fois, la BEI a favorisé l’émergence d’un financement au plus près des économies locales en investissant dans Normandie Participations, le fonds d’investissement de la région Normandie. Ce fonds est destiné à financer les projets de PME et d’ETI d’un territoire. Parmi les projets récemment soutenus dans ce cadre, figure la start-up Green Big, concepteur et fabricant d’une machine de collecte des emballages PET en vue de leur recyclage.
- La BEI en mode com
A l’occasion du Forum mondial sur l’économie circulaire (WCEF), du 3 au 5 juin 2019 à Helsinki (Finlande), la BEI présentera ses outils d’investissement et de financement possibles destinés aux projets européens d’économie circulaire.
Guide économie circulaire (anglais)
Pour toute demande : circulareconomy@eib.org
Crédit : BEI
« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »