Les cagettes en bois, trop peu recyclées

Une première filière francilienne à Stains

Sur les marchés forains, dans les hypermarchés ou sur les plateformes logistiques, la cagette en bois de peuplier emballe la plupart des produits frais alimentaires. Souvent à usage unique, cette cagette n’a pas toujours la valorisation qu’elle mérite, terminant dans la benne tout venant, ou incinérée. La qualité de son bois non traité en fait pourtant un excellent broyat de paillage ou de compost. En Ile-de-France, la ville de Stains a lancé la première filière de recyclage des cagettes de la région. A l’origine, une volonté politique forte de Plaine Commune, associant les acteurs locaux de l’ESS.

Les régies de quartier de Plaine Commune inaugurent le 21 juin 2022, le lancement de leur activité de valorisation des cagettes en bois à Stains (Seine-Saint-Denis), en présence de Corentin Duprey, vice-président de Plaine Commune en charge de la qualité du Cadre de vie, du traitement et de la collecte des déchets, et de Azzedine Taibi, maire de Stains et vice-président de Plaine Commune en charge de l’ESS. Il s’agit de la première filière de recyclage de cagettes en bois en Ile-de-France. Le chantier repose sur la collecte de cagettes en seine-saint-Denis, et son broyage sur un site de la ville de Stains. La régie de quartier Les Rayons de Stains a été mandatée pour développer cette activité en partenariat avec cinq autres régies (Aubervilliers, Pierrefitte, Saint-Denis, La Courneuve et Villetaneuse).

A l’origine de ce projet, l’agglomération Plaine Commune a initié en 2016 un marché sur la collecte de cartons et de cagettes sur son périmètre. Si les premiers ont rapidement trouvé leur voie de recyclage, la gestion des cagettes en bois a nécessité une étude préalable pour quantifier les gisements et les pistes de valorisation possibles localement. Soutenu notamment par l’Ademe et le SIEL, le projet a mis en évidence un potentiel à collecter de 80 t/an sur les marchés forains et jusqu’à 200 t/an en ajoutant les zones commerçantes. Depuis fin 2021, une machine de marque Alterval a été installée un site prêté par la ville de Stains. D’un montant de 90 000 euros, elle a été financée par l’Ademe, la région, la FAPE EDF, la Fondation Bruneau, Plaine Commune, la Seine-Saint-Denis, le CNLRQ  (Comité national de liaison des régies de quartier) et la Drieets d’Ile-de-France (Direction régionale interdépartementale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités).

Paillage et compost de biodéchets

 

Ces cagettes sont tout d’abord déferraillées puis déchiquetées pour différents usages : paillage d’espaces verts publics de l’agglomération et apport en mélange pour le compostage de bio-déchets. Le broyat sera disponible à la vente, en vrac ou en big bags, en livraison ou à retirer sur place, souligne Lucie Bruston, directrice développement et animation locale. La collecte a démarré en mai dernier sur trois marchés forains de la Courneuve, Aubervilliers et Saint-Denis. Les cinq régies de quartier de Plaine Commune proposent un service de collecte des cagettes en bois sur le territoire de la Seine-Saint-Denis, à vélo ou en camion en fonction du volume et de la situation géographique. Les structures et entreprises qui le souhaitent pourront également déposer leurs cagettes sur le site de valorisation à Stains. Lors des livraisons en vélo de plateaux repas, l’association Les Rayons pourrait aussi reprendre en contrepartie ces emballages, en fonction de leur quantité. « En tant qu’acteurs de l’ESS et de l’Insertion par l’Activité Economique (IAE), nous créons de l’emploi local, non-délocalisable pour les habitants de Seine-Saint-Denis et principalement à destination d’un public éloigné de l’emploi. Cela permet ainsi de former des salariés de notre territoire à des pratiques professionnelles écologiques et vers des métiers de l’économie circulaire. Plus d’une dizaine de salariés en insertion sera recruté àn terme pour cette activité », insiste Lucie Bruston.

Broyat de palettes à Stains

Cette action est exemplaire à double titre, se réjouit Emmanuel Naudin, responsable Valorisation des emballages bois au SIEL (Syndicat des industries des emballages légers en bois), qui a accompagné la démarche de A à Z. « Non seulement, elle donne plus de poids aux acteurs locaux de l’ESS qui gèrent la collecte et la valorisation de ce flux mais en plus, s’appuie sur une démarche unique de collecté sélective, pour favoriser le captage d’un gisement de qualité là où bien souvent, les emballages finissent en mélange et souillés ». Cela signifie que pour ces flux souvent incinérés car trop chers à trier, une piste sérieuse et pertinente est à creuser. L’initiative lancée à Stains doit inspirer d’autres agglomérations, dès lors qu’il y a une volonté politique à la base, insiste Emmanuel Naudin. Ici Plaine Commune a été moteur. Mais la Seine-Saint-Denis étant un département avec un nombre important de zones commerciales et marchés forains, la valorisation des cagettes en bois prend tout son sens. Concernées par la gestion des déchets en centre-ville chez les commerçants et sur les marchés forains, les collectivités ont tout intérêt à trouver de nouvelles solutions susceptibles d’améliorer la collecte séparée des cagettes. Emmanuel Naudin pense notamment au déploiement de la collecte des biodéchets en centre-ville dont le coût risque d’être élevé. L’idée serait peut-être de combiner le dispositif avec la collecte d’autres flux tels que les cagettes pour mutualiser les coûts.

Pas de chiffre sur le tri

 

Selon le guide du recyclage des cagettes publié par le SIEL en 2018 en partenariat avec l’Ademe, Federec (Fédération des entreprises du recyclage) et Perifem (Fédération des acteurs de la distribution), les marchés forains peuvent générer en moyenne par site entre 20 et 60 tonnes de cagettes bois par an. Cette enquête menée sur trois ans, a permis de débroussailler un peu le terrain et répondre aux détenteurs de cagettes en bois, à la recherche d’un traitement pertinent. « Il s’agissait à l’époque à partir des 300 retours d’expériences réunies de mesurer les avancées en termes de valorisation mais surtout de fournir des conseils et des outils pour renforcer recyclage de ces emballages » souligne Emmanuel Naudin.

Au total, neuf catégories d’utilisateurs de cagettes en bois (commerçants de centre ville, hypermarchés, supermarchés, marchés, restaurants, campings etc.) ont été recensées dans ce guide du SIEL : les plus importants sont les marchés de gros avec une consommation comprise entre 200 et 700 t/an, les centrales de grande distribution (entre 200 et 400 t/an) et les hypermarchés de plus de 9000 m² (entre 40 et 100 t/an). A ce jour, difficile en revanche d’en savoir plus sur le tri et les tonnages valorisés par ces entités. Selon le SIEL, aucune étude chiffrée n’existe à ce sujet, pas plus chez Perifem. « Nous ne sommes pas là pour compiler ces données mais pour accompagner les détenteurs de cagettes qui veulent agir et valoriser leurs déchets d’emballages bois plutôt que les mettre dans une benne de DIB, explique Emmanuel Naudin. Pour cela, nous facilitons également la relation avec les recycleurs-collecteurs et élaborons des diagnostics sur les flux à traiter, les moyens de transport possibles, les solutions économiques et écologiques pertinentes, en vue de diviser jusqu’à trois les coûts de gestion de ces déchets ».

Unique pays producteur européen de bois de peuplier, la France consacre 10% de cette essence plantée pour fabriquer quelques 200 millions de cagettes en bois chaque année. Le premier producteur mondial étant la Chine. Selon certaines estimations, la cagette en bois serait réutilisée à hauteur de 30 %, principalement dans le Sud-Est de la France, là où peu de peupliers sont plantés. Cette réutilisation est gérée par cinq entreprises spécialisées, situées au plus près des utilisateurs maraîchers. Mais les mentalités évoluent. Faute de données précises, le syndicat ne peut que constater sur le terrain cette prise de conscience lorsque les entreprises le sollicitent pour du conseil. Plusieurs facteurs semblent expliquer cette évolution. A commencer par la réglementation (loi AGEC) qui incite à réduire l’emploi de plastique et les emballages à usage unique. Par ailleurs, les cagettes en bois sont soumises au décret 5 flux ; elles doivent par conséquent être triées à la source par les entreprises produisant plus de 1100 litres de déchets par semaine. Le retard à l’allumage de cette mesure commence à se réduire, grâce aux contraintes économiques liées à l’augmentation des coûts d’enfouissement. Aujourd’hui, la transition passe essentiellement par la valorisation énergétique, un moindre mal selon le SIEL, tant sur le plan économique qu’environnemental. Cependant, le bois de cagette est suffisamment noble et sain pour finir dans une filière de recyclage, comme broyat pour panneaux de particules, paillage pour espace vert ou en mélange avec du compost.

Nouvelle enquête en 2022

 

Le paramètre financier pourrait faire la différence. Les entreprises ont tendance à faire un effort supplémentaire pour mieux trier, si cela permet d’économiser plusieurs euros sur le coût de gestion de leurs déchets. Avec le contexte actuel en Ukraine, les prix des matières premières augmente. Les fabricants de cagettes ne sont pas épargnés, selon Emmanuel Naudin, soumis à un cours du bois de peuplier en hausse à cause d’une plus forte demande de l’industrie du contreplaqué et à la hausse du prix de l’acier, se répercutant sur le prix de vente des agrafes.

Depuis la sortie du guide sur le recyclage des cagettes, le SIEL a identifié une centaine d’actions supplémentaires, grâce aux sollicitations d’entreprises et de collectivités. Depuis la crise Covid, le syndicat n’a plus d’écho de terrain. Faut-il croire que le guide a été utile et permet d’engager des actions de manière autonome, ou bien les entreprises ne sont plus assez investies dans la démarche. Difficile de savoir, si l’on ne va pas sur le terrain. C’est pourquoi, le syndicat a décidé de refaire un tour de table en 2022 à la rencontre de son réseau pour prendre la température des actions engagées. Objectif : rassembler un maximum de données qualitatives d’ici la fin de l’année en vue d’élaborer une nouvelle stratégie, si besoin.

Crédits : Les Rayons

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