La filière emballages mise sur le recyclage du flux hors foyer

Collecter plus et trier mieux en entreprise et dans les lieux publics

Jetés dans les poubelles de bureau, de restauration rapide, de cinéma, de jardins publics ou de rue, les déchets d’emballages générés hors foyer sont dans le viseur des pouvoirs publics. Inscrits dans la nouvelle loi AGEC, ils devraient contribuer à l’atteinte des 75 % de recyclage des emballages d’ici à 2022. Disséminés sur des espaces multiples et variés, leur collecte et leur tri s’avèrent néanmoins compliqués. Eco-organismes, prestataires de collecte, gestionnaires de lieux publics et privés redoublent d’efforts pour améliorer leur traitement.

Ils sont estimés à 310 000 tonnes par an en France. Les emballages hors foyer ne représentent que 10 % du gisement des emballages ménagers collectés, mais pourraient faire pencher la balance du bon côté. Plafonnant à 68 % de recyclage, la filière emballages compte en effet beaucoup sur ce « petit » flux pour atteindre les 75 % de recyclage d’ici 2022 avec les emballages industriels et commerciaux. Pour autant, la partie n’est pas gagnée d’avance, tant la dispersion de ces emballages et la mauvaise qualité du tri sont importantes. Produits en entreprises, en restauration rapide, et sur l’ensemble des espaces recevant du public, ces emballages hors foyer sont collectés en mélange, conduisant le plus souvent à une valorisation énergétique. Pourtant, leur composition permet un recyclage élevé, constitués à 50 % de papier-cartons, de 17 % de plastique et d’un quart de verre selon Citeo. Aujourd’hui, ce gisement est au coeur d’une mesure de la loi économie circulaire, relative à la responsabilité des producteurs. Le décret cinq flux avait ouvert le bal pour les emballages générés en entreprise en 2017, mais jusqu’alors peu suivi d’effets. En témoigne, le retard ou l’absence de gestion en particulier au sein des établissements de restauration rapide.

Depuis quelques années, la consommation nomade présente sur les événementiels culturels ou sportifs fait l’objet d’une gestion plus rigoureuse, organisée par Citeo mais aussi des organismes professionnels périphériques comme La Boîte Boisson pour les canettes métalliques ou l’association Gestes Propres. L’objectif est d’informer le citoyen sur le recyclage de ses emballages et éviter de voir les déchets joncher la voie publique ou les espaces naturels. Au-delà de ces campagnes de sensibilisation à la pollution et au respect de la nature, le curseur s’est déplacé vers la qualité du geste de tri. Il ne s’agit plus seulement de jeter dans les poubelles mises à disposition sur les aires d’autoroutes, dans les parcs et jardins publics ou dans les gares, mais de conduire le consommateur à faire le bon geste en vue d’un tri et d’un recyclage de qualité en aval.

Un guide de bonnes pratiques

En 2018, l’association Orée a publié le premier guide « Comment mieux collecter et gérer les déchets dans les ERP ». Avec le soutien de Citeo, Optae, DS Avocats et la SNCF, il recense l’ensemble des établissements concernés, la nature des gisements et des témoignages de lieux mettant en lumière des actions de gestion exemplaire. Ce guide est le fruit d’un travail mené depuis 2015 par Orée au sein de son club Métiers « gestion des déchets au sein des Etablissement recevant du public ». Toujours actif, ce Club Métiers continue de se réunir plusieurs fois par an. Il y a quelques semaines, les partenaires ont intégré l’implication de la loi AGEC pour le hors foyer mais à ce stade, aucune actualisation du guide n’est prévue, souligne Clotilde Champetier, cheffe de projet Economie Circulaire chez Orée. Malgré les connaissances recueillies sur les leviers comme la signalétique, le mobilier de collecte, les comportements psycho-sociaux ou le développement de solutions technologiques innovantes, les avancées restent modestes et inégales d’un secteur à l’autre.

Les fast-food dans le collimateur

 

Emblématique de la restauration rapide, McDonald’s possède 1200 établissements dans l’Hexagone. Les ventes concernent pour moitié de la consommation sur place, le reste à emporter. La chaîne se retrouve aujourd’hui sur une double gestion, celle du tri cinq flux inhérent à la consommation sur place et celle de la REP pour laquelle elle contribue à hauteur de 5 millions d’euros par an en moyenne. Pour la fraction de déchets générée par la restauration en salle, McDonald’s ne paie donc pas d’éco-contribution, mais a l’obligation d’organiser leur gestion en vue de leur valorisation.
Selon la chaîne de restauration, plusieurs dizaines de millions d’euros par an seraient alloués à la mise en place du tri sélectif, la collecte des déchets et la stratégie emballage en remplaçant le plastique par des matériaux bois carton ou fibre moulée. Concernant les performances de recyclage, McDonald’s reste évasif, arguant que les performances varient d’un établissement à l’autre.

La restauration rapide s’engage avec retard sur le tri cinq flux

Trois démarches parallèles sont menées actuellement pour optimiser la collecte et le tri des déchets. Le tri en salle, la prévention en misant sur des emballages 100 % recyclables et le zéro plastique en 2021. Ainsi, McDonald’s envisage d’équiper l’ensemble de ses restaurants de bornes de tri sélectif trois flux (emballages papier-carton à 96 % depuis 2019, déchets organiques résiduels et glaçons/liquides) d’ici l’an prochain. La signalétique des conteneurs est testée progressivement depuis trois ans. En partenariat avec Citeo, la chaîne de fast-food a mis en place un travail de sensibilisation du public mais aussi des opérations de sur-tri effectuées par des collaborateurs sur place. Concernant les ventes à emporter, deux possibilités : le client rapporte chez lui et jette ses emballages selon le dispositif de tri en vigueur, ou bien il consomme en extérieur et jette ses déchets dans les poubelles de rues, gérées par les services propreté de la ville. A ce titre, McDonald’s a décidé de communiquer sur les sites touristiques dans un rayon de 300 mètres autour de ses restaurants et sur les parkings Drive, et de financer en partenariat avec 300 communes, des conteneurs supplémentaires installés dans les espaces verts.

ADP veut des résultats sur le hors foyer

 

A l’instar de McDonald’s, pour les bars et autres restaurants installés en centre commercial ou dans les espaces de transit comme les gares ou les aéroports, la démarche est la même : un opérateur prestataire prend en charge les déchets de la collecte au traitement. C’est par exemple le cas de Paprec qui en Ile-de-France gère depuis quatre ans, les déchets générés par ADP (Roissy, Orly et Le Bourget) dans le cadre d’une expérimentation, avec le soutien de Citeo. Cela a fait l’objet d’une convention tripartite en 2017 pour collecter les poubelles en bi-flux et améliorer le tri sur plusieurs terminaux de Roissy Charles-de-Gaulle. Première nouveauté, la mise en œuvre de poubelles en deux flux dotées d’une signalétique en français, en anglais et en chinois. Pour optimiser cette réorganisation sur quatre à cinq niveaux, Paprec a édité un guide de bonnes pratiques en direction des sociétés de ménage.

850 points de tri sont installés sur le site de l’aéroport Roissy CDG

Quelques formations ont également été organisées pour les agents de nettoyage. « Avant, tout partait en incinération. En 2019, nous avons pu collecter et traiter 600 tonnes de déchets, mais à ce jour, les résultats obtenus sont en demi-teinte car nous ne recyclons ces déchets qu’à 50 % » déplore Lionel Leopoldes, directeur de Paprec Gestions Déléguées Ile-de-France. Sans la crise du Covid19 et l’arrêt du transport aérien, l’entreprise misait sur la collecte de 850 tonnes de déchets pour 2020. A ce jour, tous les emballages collectés par Paprec sont dirigés vers son centre de tri du Blanc-Mesnil, proche de l’aéroport CDG. Tous les flux sont traités y compris les biodéchets (900 tonnes en 2019) des bars, restaurants, hôtels et salles d’embarquement, grâce à l’installation de poubelles tri-flux. Celles-ci devraient à terme se généraliser dans les aérogares. Les déchets organiques sont méthanisés par Saria Industries, filiale de Paprec. Seuls les flacons contenant encore des jus terminent en refus de tri. « L’idée est de capter un maximum d’emballages recyclables pour augmenter les performances insiste Lionel Leopoldes. Il est donc envisagé de mettre en place sur le site d’ADP, un dispositif de déconditionnement de bouteilles afin d’éliminer les jus sans abîmer le matériau ».

Quitri généralisé d’ici à fin 2020

 

Malgré l’obligation du cinq flux, des freins psychologiques et matériels subsistent chez les gestionnaires de lieux, souligne Sophie Fabre. Dans le cadre d’une expérimentation de bacs de tri près des plages de Marseille, Citeo et la cité phocéenne ont surmonté préjugés et inquiétudes. Des abri-bacs ont été installés près des plages pour favoriser le tri, tout en supprimant peu à peu les corbeilles sur les plages. Une campagne d’information du public a été organisée avec la présence d’ambassadeurs du tri et d’une signalétique spécifique. Résultat : des tonnages collectés satisfaisants, une qualité de tri au rendez-vous, et contre tout attente, l’absence d’une augmentation des dépôts sauvages. Aujourd’hui, ces abri-bacs ont été testés et éprouvés sur plusieurs lieux denses accueillant du public comme les abords du Stade de France et dans les parcs et jardins de la Ville de Paris. Autre levier fort et de bon sens, la simplicité des consignes de tri proches de celles utilisées pour le bac jaune, conduit à une qualité de tri plus satisfaisante, reconnaît Anne-Sophie Louvel, directrice de la collecte sélective chez Citeo.

Abri-bacs aux abords des plages de Marseille

Gérer les déchets nomades, c’est prendre en compte les spécificités de chaque lieu et chaque gestionnaire, privé ou public. L’an dernier, Citeo a finalement franchi le pas avec le lancement de sa plateforme Quitri en novembre 2019. « Nous avons développé une plateforme pour mettre en relation prestataires de collecte et générateurs de déchets hors foyer comme les organisateurs d’événements, les collectivités, les gestionnaires de salles de spectacle, bureaux ou administrations. Son élargissement sera progressif et complet d’ici à la fin de cette année » affirme Sophie Fabre, directrice des nouveaux services de collecte chez Citeo. L’objectif de l’éco-organisme est clair : collecter plus d’emballages (bouteilles en plastique, canettes, barquettes) pour les recycler, en assurant la continuité du geste de tri hors du domicile. D’ores et déjà, 113 opérateurs, 7 prestataires et 46 collectivités et 7 associations sont adhérents de la démarche à l’échelle nationale. Les organisateurs d’événements ayant fait appel à un opérateur privé par le biais de la plateforme Quitri perçoivent 30 euros par tonne recyclée tracée, après remise des certificats de recyclage des emballages collectés lors des événements. Cette somme est déduite de la facture de prestation qu’ils payent directement à l’opérateur.

« Un outil qui manque d’envergure »

Ces efforts récompensés ne sont pas suffisants, selon le CNR, association de collectivités locales pour le recyclage : « la plateforme Quitri a le mérite d’être là, mais elle manque d’envergure tant sur les moyens matériels que financiers mis en place à l’échelle du pays » regrette Bertrand Bohain délégué général du CNR qui s’interroge par ailleurs sur la pertinence de recycler des emballages hors foyer surtout si cela occasionne des coûts supplémentaires pour les collectivités. Alors que les textes d’application de la loi AGEC sont à l’étude, les pouvoirs publics ont d’ores et déjà demandé aux acteurs de la filière d’intégrer les coûts de la collecte des déchets des poubelles publiques dans leur nouveau cahier des charges. « Pour atteindre 75 % de recyclage, la collecte doit avant tout s’inspirer du bac jaune pour simplifier le geste de tri, notamment auprès des gestionnaires privés. Mais pour les collectivités, l’objectif est déjà quasi atteint. Pourquoi dans ce cas, demander aux élus de fournir de nouveaux efforts. Et à quel prix ? » souligne Bertrand Bohain.

Fost Plus : un cran au-dessus

Si la France court péniblement après ses objectifs de recyclage, certains pays ont réussi à les devancer. En Belgique, le recyclage global des emballages a atteint 93 % en 2018, marqué notamment par une performance de 42 % de recyclage pour les plastiques. Fort de ce résultat, le pays en veut encore et par le biais de son organisme en charge de la gestion des emballages ménagers, Fost Plus, a mis en œuvre l’extension des consignes de tri pour d’autres emballages en plastiques via le sac bleu de collecte des PMC (bouteilles plastiques, emballages en métal, cartons à boissons). Alors que l’objectif européen a été fixé à 50 % pour les plastiques en 2025, la Belgique vise déjà les 65 % en 2023 et 70 % en 2030. Parmi ses leviers, elle compte sur la collecte des emballages hors foyer, moins bien triés par les citoyens. Fost Plus se donne l’objectif de doubler cette collecte d’ici à 2023. Selon l’organisme belge, 25 000 tonnes de PMC non triés seraient générées en entreprises. L’amélioration de la collecte et du tri de ces déchets d’emballages passera par la réalisation de nouveaux partenariats, la sensibilisation des consommateurs et des producteurs d’emballages et le développement de l’éco-conception. Après avoir franchi rapidement et avec succès l’étape de l’extension des consignes de tri, la Belgique s’attaque désormais au tri « hors domicile » et « on-the-go », en entreprise, dans l’ événementiel et la consommation nomade. Entre cinq et six centres de tri vont venir compléter le parc actuel afin de traiter ces nouveaux gisements en vue de leur recyclage. Fost Plus estime à 300 000 euros, la valeur issue de la vente de ces PMC hors foyer.

Crédit : Citeo

Savoir :

Guide Orée/Citeo (2018)

Loi AGEC – Titre 4 Responsabilité des producteurs

« IV.-Les producteurs relevant du 1° de l’article L. 541-10-1 et leur éco-organisme prennent en charge, dans les conditions prévues au III du présent article, les coûts afférents à la généralisation d’ici au 1er janvier 2025 de la collecte séparée pour recyclage des déchets d’emballages pour les produits consommés hors foyer, notamment par l’installation de corbeilles de tri permettant cette collecte séparée…»

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