Bien trier ses emballages ménagers ne demande pas d’effort surhumain. Il suffit de suivre les consignes. Et pourtant, cette démarche ne paraît pas si simple au regard du taux de collecte stagnant à 68 % en France. Parmi les pistes de réflexion : étendre le geste de tri à l’ensemble des emballages et impliquer davantage le citoyen. Le fabricant n’est pas oublié. Citeo compte beaucoup sur sa démarche d’éco-conception et sa prise de conscience du recyclage, pour faire évoluer la filière dans le bon sens.
La manipulation du déchet et sa vue créent une forme de répulsion pour des personnes qui suivent des normes d’hygiène très élevées, c’est ce qui ressort d’une étude du cabinet de conseil en innovation unknowns, publiée il y a six mois, construite à partir d’un échantillon d’une vingtaine de personnes récalcitrantes au tri. Mais pour justifier leur non tri, elles utilisent plusieurs stratagèmes : la saleté, et les incertitudes du recyclage « on trie mais au final, on ne sait pas si c’est recyclé, et en plus, il existe différentes couleurs et consignes de tri selon la région ». Autres points en leur faveur : leur geste de tri est peu valorisé ou reconnu et bien souvent il n’y a aucun retour sur les effets du geste de tri (tonnage recyclé dans la commune, débouchés…). De façon plus générale, cette catégorie de personnes reflète l’état d’esprit d’une société de surconsommation où l’on jette l’objet-déchet qui n’a plus de valeur à un moment donné (emballage, obsolescence, démodé, en panne…). Les enquêteurs émettent l’hypothèse, qu’en France, on a fait du geste de tri une question environnementale et collective qui du coup devient abstraite pour le consommateur non militant et éloigné de ses préoccupations. Question : les Français auraient-il du mal à s’approprier le geste de tri, à l’intérioriser, faute d’une communication efficace ?
Une enquête sur les Français et leurs gestes de tri, menée il y a un an par Ipsos pour le compte de Citeo, éco-organisme en charge des emballages ménagers et des papiers, pourrait servir à lever plusieurs freins. Premier enseignement, si 3/4 des consommateurs font en général le bon geste de tri, des disparités existent selon les emballages. Dans le top 10 des emballages les mieux triés, on retrouve les bouteilles en verre et en plastique, ainsi que les packs en carton des bouteilles de bière. Mais seulement 48 % savent trier les paquets de biscuits composés de plusieurs éléments d’emballages (boîte en carton et alvéoles en plastique). L’étude met aussi en exergue quatre causes de non-tri ou de tri non systématique : emballage souillé (boîte de sardine) ou ayant contenu des produits nocifs (flacon d’eau de javel ou détergent), apport volontaire obligatoire pour certains emballages (bouteilles d’huile en verre), consommation hors foyer (petite bouteille d’eau, canettes). Au regard de ces résultats, la simplification du geste de tri s’impose. Cela passe par plusieurs solutions, selon Citeo : l’extension des consignes de tri, une harmonisation des couleurs des bacs et une généralisation de la redevance incitative.
Et si le fabricant contribuait au geste de tri ?
Pour Antoine Robichon, directeur Clients chez Citeo, l’amélioration du geste de tri doit passer aussi par une implication plus forte des industriels, fabricants d’emballages. Tout d’abord, le développement de l’éco-conception au sein des grandes marques semble inéluctable. La prise en compte de l’ACV (analyse de cycle de vie) ne suffit pas, il faut surtout penser d’emblée à la fin de vie de l’emballage. De quelle manière ? En créant un réflexe chez les ingénieurs et marketeurs, sans opposer la protection du produit à la recyclabilité de l’emballage. Citeo reconnaît que cette équation n’est pas simple, mais pas d’autre choix. Pour cela, la commercialisation de produits plastiques par exemple doit associer très en amont, le monde du recyclage et les producteurs de matières plastiques par exemple. « Je suis optimiste, lorsque je suis avec un directeur marketing d’une grande marque de boisson qui m’explique qu’ils ont le projet de changer une gamme de produits en pensant à l’emballage en fin de vie » souligne Antoine Robichon.
Surmonter la recyclabilité des plastiques
Le plastique, on ne peut le cacher, reste la bête noire de la filière. Sur cinq millions de tonnes d’emballages ménagers mis en marché, un million de tonnes sont en plastique. La part recyclée représente 26 %. Les défis techniques et économiques sont énormes. Comment rendre un PET opaque recyclable s’il n’y a pas de débouchés. La réflexion doit être menée en amont avant la mise sur le marché : R&D, process de recyclage à utiliser, possibilité de créer un flux de PET opaque à part en vue de débouchés spécifiques. Au sein des procédures mises en place pour vérifier la recyclabilité du produit, le Cotrep (Comité technique pour le recyclage des emballages en plastiques) devrait gagner en visibilité et en pouvoir. Si une alerte est émise sur un matériau perturbateur, le fabricant aurait par exemple deux ou trois ans pour changer son produit et le rendre recyclable. « C’est par exemple le cas d’une bouteille en plastique sur laquelle le fabricant a choisi une colle pour étiquette, inadaptée au recyclage » rappelle Citeo.
L’éco-organisme a pris conscience de son rôle et de sa responsabilité dans la prévention et l’anticipation vis-à-vis des nouvelles mises en marché. « On entre dans une nouvelle ère où l’on va prendre le temps d’anticiper, insiste Antoine Robichon. Notre politique n’est pas d’imposer un malus pour les perturbateurs de tri sans prévenir l’industriel et sans lui laisser le temps de trouver des solutions. Il faut une progressivité dans la démarche vis-à-vis des industriels ». Seul un malus peut être appliqué sur les emballages contenant encore du PVC, ennemi numéro un du PET dans la filière de recyclage. « On doit aussi rassurer les industriels qui se retrouvent du jour au lendemain épinglés, parce que leurs produits commercialisés depuis des dizaines d’années, ne sont pas recyclés ». C’est le cas des flux de PS issus des pots de yaourts, et qui sont aujourd’hui intégrés dans l’extension des consignes de tri.
Matériaux innovants et recyclables
Pour accompagner les entreprises clientes, fabricants et metteurs en marché, Citeo a lancé un nouveau programme sur l’innovation des matériaux. Citeo Prospective porte ainsi sur l’ensemble des projets R&D lancés dès 2012. Début avril, l’éco-organisme a réuni ses clients, fabricants d’emballages et acteurs du recyclage pour présenter les projets menés entre 2015 et 2018. Huit projets de R&D ont d’ores et déjà démarré, en lien avec la recyclabilité des emballages en plastique. Parmi eux, la société Somapro, fabricant de produits culinaires déshydratés et le groupe agroalimentaire Materne ont travaillé sur le passage d’emballages multi-matériaux à mono-matériau pour une meilleure intégration dans les filières de recyclage.

Le développement de barquettes mono-résine est également au coeur des enjeux. Il concerne tout particulièrement le secteur de la charcuterie. En 2014, les premiers travaux de R&D menés par Herta, Kermené et Elivia ont fait évoluer la barquette complexe PVC/PE vers une composition 100% PE. La FICT (Fédération Française des Industriels Charcutiers Traiteurs) et son projet Picarec a poursuivi ces recherches pour aboutir à un opercule totalement compatible au recyclage, tout en conservant les fonctions de scellabilité et de barrière à l’oxygène. Le groupe DIC spécialisé dans le packaging souple se penche actuellement sur le sujet. Enfin, Faerchplast, Fleury-Michon et Ligépack envisagent plusieurs pistes pour rendre les emballages sombres détectables en centre de tri et lever le frein au recyclage des barquettes.
Crédit : DR, Citeo
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