L’Europe exige plus de plastiques recyclés

En France, les recycleurs plus que jamais déterminés

La stratégie européenne sur les plastiques renforce les objectifs de la commission qui demande pour 2030, le recyclage de 55 % des emballages en plastiques, et la réutilisation ou la recyclabilité de 100 % des emballages plastiques. Alors qu’en France, le recyclage des plastiques atteint péniblement 22 %, les recycleurs fourbissent leurs armes.

Sur le recyclage des matières plastiques, tout le monde est unanime. Pour les instances européennes, le soutien à l’innovation dans ce domaine sera renforcé, avec 100 millions d’euros supplémentaires. Cela servira à financer la mise au point de matières plastiques intelligentes et recyclables, à rendre les processus de recyclage plus efficaces et à assurer le traçage et l’élimination des substances dangereuses et des contaminants dans les plastiques recyclés. « Il s’agit d’une occasion magnifique pour l’industrie européenne d’assumer un rôle de premier plan au niveau mondial dans les nouvelles technologies et les nouveaux matériaux. Les consommateurs se trouvent en position de faire des choix favorables à l’environnement en toute conscience. Nous avons tous à y gagner » assure le vice-président Jyrki Katainen à la commission, chargé de l’emploi, de la croissance, de l’investissement et de la compétitivité. Dans son engagement volontaire « Plastics 2030 » dévoilé mi-janvier quelques jours après la stratégie européenne, PlasticsEurope demande aux producteurs européens de plastiques d’atteindre 60 % de réutilisation et de recyclage des emballages plastiques d’ici à 2030, et 100% en 2040. Pour ce faire, l’organisation européenne a déjà mis en place trois plateformes ECVM (European Council of Vinyl Manufacturers), PCEP ( Polyolefin Circular Economy Platform) et Styrenics Circular Solutions pour innover dans le recyclage chimique et mécanique du PVC, des polyoléfines et des polystyrènes.

Il ne faudrait pas sacrifier l’ensemble du cycle de vie d’un emballage, sous prétexte de le rendre recyclable » Hervé Millet

En France, le dispositif Orplast est un premier pas vers l’industrie de transformation pour l’inviter à utiliser plus de résines issues du recyclage. Pas question néanmoins d’imposer des quotas de matière recyclée selon PlasticsEurope France, plutôt favorable à des accords volontaires ou des mesures incitatives. L’association souligne la nécessité de développer le recyclage tout en insistant sur ses limites techniques et économiques. « Il ne faudrait pas sacrifier l’ensemble du cycle de vie du produit, comprenant sa fonctionnalité et son impact environnemental au cours de son usage, sous prétexte de le rendre recyclable » affirme Hervé Millet, directeur des affaires techniques et réglementaires Europe de l’Ouest de PlasticsEurope.

Trouver un compromis entre le devoir de recycler plus, et la priorité à l’innovation industrielle, c’est aussi l’avis d’Elipso (syndicat des emballages plastiques rigides et souples) : « la protection des produits délivrée par l’emballage est tout aussi importante que sa recyclabilité d’un point de vue environnemental. L’emballage plastique permet une protection optimale ce qui lui confère une haute valeur économique. Par exemple, la simple fonction de barrière à l’oxygène ou à l’humidité d’un emballage plastique permet d’allonger significativement la durée de vie ainsi que la qualité nutritive des aliments. » explique Francis Pascal, vice-président environnement d’Elipso.

La feuille de route Economie Circulaire lancée par le président Macron vise 100% des plastiques recyclés en 2025. Objectif ambitieux ou irréaliste ? De l’avis de PlasticsEurope France, au regard de la complexité des gisements, des investissements nécessaires pour produire de la matière régénérée de qualité, il faudrait plutôt parler de 100 % de valorisation, comme c’est déjà le cas dans certains pays européens, avec un taux de recyclage le plus important possible.

Les recycleurs français avancent leurs pions

 

L’engagement volontaire reste à géométrie variable, insiste Olivier François chez Galloo Plastics, entreprise de recyclage de VHU et de DEEE basée à Halluin dans les Hauts-de-France. « On le voit avec l’automobile qui intègre déjà du plastique recyclé dans de nombreuses pièces. Mais cela reste insuffisant. Tant qu’il n’y a pas d’obligation pour les fabricants, on ne va pas avancer ». Il y aura toujours des prétextes à freiner l’utilisation de plastique recyclé à cause de la qualité, de l’approvisionnement ou du prix de la matière régénérée. Surtout si le cours de la résine vierge devient bon marché. De son côté l’association européenne des transformateurs de plastiques EUPC insiste sur le critère qualitatif, comme principal levier à l’incorporation de matières recyclées. D’après une enquête réalisée entre mai et septembre 2017 auprès de 485 transformateurs européens, 60 % des entreprises considèrent qu’il est encore difficile de trouver un recyclat de qualité acceptable dans la durée. Par ailleurs, les clients des transformateurs ne semblent pas assez soutenir cette pratique. Seuls 27 % d’entre eux sont conscients de l’intérêt économique et environnemental. Enfin près de 60 % des entreprises pensent que le cadre réglementaire n’est pas adapté à l’emploi de plastique recyclée. La stratégie européenne pourra-t-elle changer la donne ?

En France, les recycleurs de plastiques par le biais de leur syndicat SRP (Syndicat des recycleurs de plastiques) ont mis en place en 2017, deux outils pour inciter à augmenter l’emploi de matière régénérée : les éco-profils des principales MPR – matières plastiques recyclées – produites en France (granulés r-PEBD et granulés r-PEBD Agri, granulés r-PEHD et paillettes r-PEHD, granulés r-PET et paillettes r-PET, r-PP et r-PVC) et des certificats d’économie carbone délivrés aux clients transformateurs. « Nous sommes convaincus d’avoir contribué à garnir la boîte des outils indispensables au développement de cette jeune économie, explique son président François Aublé et DG de Veka Recyclage. Pour passer à la vitesse supérieure et rendre ces certificats plus pertinents aux yeux des transformateurs, il suffirait de leur attribuer une valeur financière, par exemple, entre 30 et 40 euros la tonne de CO2eq économisée, tel que proposé par le gouvernement français lors de la COP23 ».

Le certificat sur la bonne voie

 

Depuis le printemps dernier, les régénérateurs français ont remis à leurs clients près de 10 000 certificats représentant une économie potentielle de plus de 300 000 tonnes de CO2eq. Ce serait l’équivalent économique d’environ 12 millions d’euros. En 2018, le SRPt espère que ces efforts se traduiront dans les faits et que la publication de la feuille de route pour l’économie circulaire, prévue fin mars, s’appuiera sur ces outils-supports pour accroître l’utilisation des MPR. « Orplast a été un test réussi pour l’Ademe et 2ACR. Il faut maintenant que le régénérateur soit partie prenante dans cette histoire, insiste François Aublé. Est-il normal et logique qu’un industriel impose à un régénérateur un cahier des charges aussi pointu pour une matière recyclée qu’une résine vierge et qu’au final, il souhaite pourtant payer le granulé recyclé moins cher ? »

Dans le même registre, Federec, la fédération des entreprises du recyclage, propose un mécanisme d’aide qui s’appuie sur le certificat d’économie d’énergie, transposé à la matière. Enfin, 2ACR (Association Alliance Chimie Recyclage) prône à l’échelle européenne, l’émission de certificats de régénération par les recycleurs européens à leurs clients transformateurs industriels. Ces certificats indiqueraient les volumes de matières plastiques régénérées vendues à l’utilisateur et les bénéfices environnementaux liés à ce recyclage (émissions de CO2 et de GES évitées). Ce dispositif serait soutenu par un fonds européen qui pourrait rétribuer l’utilisateur et le régénérateur, en fonction des tonnes de matières et de CO2 économisées.

En plus :

La France se trouve en 15e position au classement européen pour la valorisation des déchets plastiques avec 65,7 % et à la 25e place dans le recyclage avec un taux de 21,4 %. Les points faibles ont été identifiés en particulier dans l’emballage (ménager et industriel). Ce secteur génère les 2/3 des déchets plastiques en France, mais ne sont recyclés qu’à hauteur de 26,2 % contre une moyenne de 40,9 % en Europe. Depuis plusieurs mois, le gouvernement français aiguise ses armes pour rattraper son retard. Il compte notamment sur la mise en œuvre de nouveaux modes de collecte (dont la consigne sur certains emballages), l’extension des consignes de tri à tout le territoire et l’application du décret cinq flux concernant le tri et la collecte des emballages industriels et commerciaux.

Crédit : Paprec

 

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

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