Tout randonneur, parapentiste, trailer ou trekkeur digne de ce nom, est censé respecter les espaces dans lesquels il évolue. Les actions de protection de l’environnement ne manquent pas au sein des associations sportives. Le réseau Outdoor Sports Valley, basé à Annecy, va plus loin. Il invite les fabricants d’équipements sportifs de montagne, à s’aventurer sur un nouveau terrain, celui de l’économie circulaire. Au programme, des groupes de travail autour de l’éco-conception, de l’ACV, de la réparation et du recyclage. Mais le parcours est encore semé d’embûches.
Comment inciter des entreprises TPE ou PME, aux côtés de grandes marques comme Patagonia, Millet, Salomon ou Lafuma à prendre plus naturellement le chemin de l’économie circulaire sur l’ensemble de leur chaîne de valeur ? Il y a dix ans, l’association Outdoor Sports Valley (OSV) a été créée pour accompagner les entreprises de la filière sport outdoor dans leur développement technique et commercial. Aujourd’hui, elle regroupe près de 450 entreprises adhérentes, de toutes tailles, provenant de la région Auvergne Rhône-Alpes et spécialisées dans les sports de montagne, eaux vives et parapente. Rapidement, les ambitions ont dépassé le cadre purement économique. Pour favoriser le partage d’expériences, la recherche d’innovations et la mutualisation de procédés, le réseau OSV s’est fixé quatre grandes missions : l’innovation, l’export, l’événementiel et le développement durable. Sur ce volet, deux pistes d’actions ont été mises en œuvre : la préservation de la nature et l’économie circulaire. « La première action met en valeur l’image de l’entreprise. Les programmes de préservation d’un habitat d’une espèce protégée ou de démantèlement d’équipements obsolètes, engagent une marque avec des retombées commerciales positives, souligne Boris Fournier, responsable développement durable chez Outdoor Sports Valley. La seconde démarche sur l’économie circulaire consiste en un travail de fond qui peut toutefois bousculer les habitudes et l’organisation interne d’une PME ».
L’éco-conception stratégique
On franchit là une étape importante car l’entreprise se met un peu en danger. Boris Fournier l’a appris très concrètement en abordant l’éco-conception avec des entreprises adhérentes : « nous sommes face à des responsables produits travaillant pour des marques potentiellement concurrentes. Nous proposons en partenariat avec le Pôle Eco-conception de Saint-Etienne, un accompagnement vers des outils de réflexion, mais nous nous sommes vite heurté à des freins. Les entreprises ne souhaitent pas trop communiquer sur la conception de leurs produits, susceptibles de devenir un réel enjeu commercial et stratégique. C’est pourquoi, nous avons décidé d’organiser des réunions de travail sur l’éco-conception de produits hors activité de plein air ».

Dans un autre domaine, celui de l’analyse de cycle de vie, le réseau réunit ses adhérents autour de la production « made in Europe ». Là aussi, cela peut vite basculer vers des discussions à caractère concurrentiel, selon le responsable développement durable. Difficile pour une entreprise qui fait fabriquer ses textiles techniques à l’autre bout du monde, d’expliquer ouvertement pourquoi, elle préfère sous-traiter dans tel pays et à quelles conditions. D’où l’idée de créer en relation avec la filière marketing des achats de l’université de Grenoble, une base de données des marques européennes et des fournisseurs textiles en Europe. « A terme, chaque entreprise pourra ainsi puiser les informations qu’elle veut et de façon anonyme » espère Boris Fournier.
Green Wolf, réparateur à temps plein
Tout au long du cycle de vie, la marque outdoor de vêtements techniques, de sacs à dos ou de toiles de tente peut agir sur la réduction de son impact environnemental. Après l’analyse du cycle de vie et l’éco-conception, une tendance se fait jour, et ce n’est pas juste un effet de mode. La réparation de produits sous garantie, a du sens pour le consommateur et pour le fabricant. Plutôt que le simple échange standard, et la mise au rebut, les marques ont souhaité s’engager dans la réparation des textiles quand cela était possible. Il y a quatre ans, plusieurs grandes marques dont Patagonia, réunies en comité de pilotage au sein d’OSV, ont eu l’idée de créer un centre mutualisé de réparation. Si certaines entreprises peuvent dégager un poste pour réparer leurs produits, d’autres n’en ont pas les moyens ni le temps.

Un appel à projet a tout d’abord retenu une entreprise d’insertion locale, Mont-Blanc Insertion, spécialisée entre autres dans le décolletage. Après quelques mois d’expérience, son directeur Fabrice Pairot de Fontenay choisit de se consacrer uniquement à la réparation des équipements textiles sportifs et crée en 2017, l’entreprise Green Wolf. Installée à Servoz, elle emploie aujourd’hui trois couturières formées et polyvalentes à plein temps. En relation directe avec les marques qui lui envoient leur marchandise, Green Wolf répare environ 3000 pièces par an. Recoudre un bouton ou des trous, remplacer une fermeture zip, thermo-coller un textile font partie des travaux quotidiens sur des produits parfois complexes et mal connus. « Nous travaillons en majorité avec les fabricants mais aussi de plus en plus avec des particuliers lorsque les produits ne sont plus sous garantie », souligne Fabrice Pairot.

L’expérience de Green Wolf a permis de franchir une nouvelle étape. Des discussions sont actuellement menées avec les fabricants et les vendeurs en boutique pour anticiper l’arrivée des nouveaux produits et nouvelles matières sur le marché. En bout de chaîne, Green Wolf doit être capable de s’adapter rapidement aux nouveaux textiles qu’on lui envoie. « A l’inverse, nous expliquons aux fabricants que leurs produits sont réparables ou pourraient l’être davantage si certaines pièces étaient assemblées différemment », insiste Fabrice Pairot. Le moment où un fabricant demandera conseil sur la conception d’un vêtement en vue de sa réparation n’est pas encore venu, quoique. Le fondateur de Green Wolf n’a pas dit son dernier mot : « nous réfléchissons à terme à proposer à nos clients fabricants une prestation plus complète, englobant des solutions de réparation, de conseil, mais aussi de revente en seconde main, de vêtements non réparables ou invendus ».
« La REP Sport & Loisirs est une opportunité à saisir »
Des projets qui tombent à pic, alors qu’une loi anti-gaspillage est attendue d’ici à 2020, qui intégrera vraisemblablement de nouvelles mesures sur le réemploi, la réparation, et la valorisation des invendus non alimentaires. Concernant le recyclage, OSV s’intéresse également aux innovations régionales. Dans le cadre d’une coopération avec Techtera (Pôle de compétitivité de l’industrie des textiles), la société japonaise Jeplan imagine d’installer en région lyonnaise un pilote industriel de 2000 t/an pour recycler par glycolyse, bouteilles PET et mélange de textiles techniques. « Actuellement, le projet est en phase de test de faisabilité et nous apportons notre contribution en collectant des textiles en magasin pour servir d’échantillons au Japon » ajoute Boris Fournier.
En attendant, les industriels expriment clairement une volonté d’aller plus loin dans leur réflexion et leur empreinte carbone. Pour autant, franchir le pas de la relocalisation n’est pas simple, surtout lorsque toute l’organisation entre fournisseurs de matières premières et ateliers de fabrication a été pensée à un seul endroit, à l’autre bout du monde. « Mais l’évolution est perceptible, avance Boris Fournier. Des initiatives émergent sur la location de chaussures de sport ou de l’up-cycling. Cela nous prépare à sortir de notre zone de confort avec l’arrivée d’une nouvelle filière REP Sport & Loisirs ». Formidable opportunité pour les industriels du sport outdoor de toutes tailles, à condition de ne pas subir le dispositif mais d’être force de propositions. L’enjeu face à la diversité des équipements, des textiles et des produits techniques est si vaste. Selon le responsable environnemental d’OSV, ce sera peut-être l’occasion pour ses adhérents de miser sur la relocalisation au moins en Europe, et l’innovation sur des produits à forte valeur ajoutée, mieux éco-conçus, durables, réparables et recyclables.
Crédit : Nathalie Ecuer, OSV
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