Paprec voit grand pour La Courneuve

Le site historique entièrement remis à neuf

Sur ses sept hectares, gagnés au fil des ans par le rachat de terrains voisins, le site historique de La Courneuve (Seine-Saint-Denis) a vu naître le groupe Paprec en 1994. Il y a un an et demi, son président Jean-Luc Petithuguenin, décide de démolir une partie des anciens bâtiments pour y construire une immense halle, consacrée au tri et à la mise en balle des vieux papiers. Inaugurée ce 18 juin 2019, en présence d’élus locaux, l’architecture incarne pour le patron des lieux, la modernité d’une profession et le symbole d’intégration, au coeur d’un département multi-culturel.

« Ce site avait beaucoup vieilli et ne représentait plus les savoir-faire de l’entreprise. J’avais une alternative : le garder tel quel et le transformer en musée, pour que tout le monde se rappelle d’où vient le groupe, ou bien le moderniser, pour qu’il ressemble à ce qu’est Paprec aujourd’hui, explique Jean-Luc Petithuguenin. C’est cette deuxième option que j’ai choisie, avec un bâtiment et des annexes ultra-modernes. J’ai souhaité ainsi fournir aux soixante salariés de cette usine, les outils les plus performants, afin qu’ils puissent continuer d’être à la pointe de l’expertise en papiers recyclés »

Avec son allure de proue, le bâtiment dispose d’une hauteur sous plafond de 18 mètres et s’étend sur 4200 m2. Il est équipé d’une nouvelle presse à balle Jovisa de 220 tonnes, la plus puissante d’Europe (40t/heure), d’une coupe bobine, d’une scie à bobinots, de huit chariots, de trois pelles hydrauliques, associé à une flotte imposante de camions et remorques (ampliroll, hayon, semi-remorques Tautliner et FMA). Au total le groupe Paprec a investi sur le site de La Courneuve, huit millions d’euros, incluant également un autre bâtiment de tri pour traiter quelque 40 000 t/an d’encombrants parisiens. Depuis deux ans, le site gère en effet, des contrats Eco-mobilier et collecte les encombrants pour le Syctom Paris en particulier. Ceux-ci sont valorisés à 50/50 en énergie et en matière vers des filières spécialisées. Le site permet également de transférer 30 000 tonnes de bois, déchets ultimes et déchets verts pour Plaine Commune.

80 000 t/an de papiers traités

 

Chaque année, le site courneuvien collecte près de 80 000 tonnes de vieux papiers pour l’essentiel issus de déchets de production d’imprimeries, d’invendus et de papiers de bureau, soit environ 7000 tonnes par mois. « Ce n’est plus comme avant. Il y a dix ans, le site traitait jusqu’à 15 000 tonnes de papiers mensuellement », affirme Pascal Péguy, directeur général du groupe chargé de la réorganisation des sites. Alors, pourquoi faire si grand puisque désormais les capacités ne sont plus au rendez-vous, avec la baisse de consommation des papiers ? La Courneuve est plus qu’un site de traitement. Coeur d’activité historique du groupe, le lieu s’inscrit aussi dans une démarche humaniste et sociale : « je voulais faire de notre agence historique, un lieu de fierté pour les salariés qui travaillent ici et montrer que même dans un département difficile sur le plan social et économique, nous pouvions apporter de la modernité et de la performance technologique dans notre industrie du recyclage ».

Les papiers sont triés en une trentaine de qualité différentes et revendues ensuite à des papetiers. Si 80 % de la production part sur le marché européen, le reste est exporté encore vers l’Asie. Paprec expédie toujours vers la Chine environ 1000 tonnes par mois quand il en partait 40 000 tonnes il y a quatre ans. La Corée du Sud recherche également des qualités spécifiques pour son industrie papetière. Si La Courneuve n’a plus autant de gisements qu’autrefois, le site a pu se diversifier dans des activités papiers à plus forte valeur ajoutée. C’est le cas avec l’implantation de la Corbeille bleue qui récupère les papiers de bureau du secteur tertiaire francilien. Et cela représente notamment pour la filiale de Paprec, des contrats avec une tour de la Défense sur deux. Autre activité lucrative, celle de Confidentialys installée aussi sur le site courneuvien. Ces papiers dits confidentiels subissent un traitement spécifique en vue de leur destruction. Des documents provenant de l’ambassade des Etats-Unis, mais aussi d’entreprise de la Défense comme Thalès ou encore des billets invendus de la Française des Jeux transitent ici pour être broyés en gros confettis avant de partir à l’incinération.

Fierté départementale

 

Seule déception pour Jean-Luc Petithuguenin, la fermeture des terminaux ferroviaires des usines papetières comme UPM Chapelle Darblay et Norske Skog. « Nous avons un embranchement ferré que nous aurions aimé utiliser pour acheminer nos balles. Mais aujourd’hui, tout part en camion ». Le groupe a choisi dans ce domaine d’anticiper les mesures anti-pollution préconisées en Ile-de-France en renouvelant sa flotte de camions aux normes Euro 6. Celles-ci s’imposeront au 1er juillet prochain pour les camions circulant à Paris et au 1er janvier 2020 sur le territoire du Grand Paris.

Les flux arrivent triés et déposés dans les alvéoles avant d’être mis en balles

Maintenir ses sites à la pointe de la modernité du recyclage reste l’objectif du groupe Paprec qui a investi depuis sa création plus d’1,5 milliard d’euros en équipements industriels. L’entreprise possède aujourd’hui 220 sites industriels pour un chiffre d’affaires d’un milliard et demi d’euros en 2018. La renaissance du site historique du groupe est aussi une revanche pour Jean-Luc Petithuguenin et la démonstration qu’il avait raison : « je me souviens lors du rachat du site, qu’une élue locale avait déploré l’implantation d’une nouvelle activité de récupération des déchets sur son département. A l’époque, je lui avais prédis que cette activité n’était en rien dommageable pour l’image du territoire. Au contraire, je lui avais annoncé un grand avenir et une fierté pour le département ». Aujourd’hui, Paprec estime avoir largement rempli sa mission.

Crédits : CM

A lire aussi :

Le RGPD chamboule la gestion des papiers de bureaux

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article