Redéfinir sa rentabilité en fonction de ses investissements, basés sur le maintien de l’emploi et la non dégradation des ressources. Cette démarche participe à un changement de modèle économique au sein de l’entreprise. Depuis sept ans, Compta Durable accompagne les PME engagées dans la RSE et qui veulent aller plus loin dans la prise en compte de nouveaux indicateurs. Une expérimentation à l’échelle d’une région française vient d’être lancée sur un an et demi, associant une dizaine de PME volontaires.
Se reconnecter au territoire, placer sur le même plan son capital social et environnemental, c’est ce que propose Accounting Lab, le cabinet d’expertise comptable de Hervé Gbego depuis 2011. En lançant son activité traditionnelle d’expertise comptable, il décide en parallèle de s’intéresser aux PME engagées dans la Responsabilité Sociétale des Entreprises et de les accompagner dans leur démarche de développement durable à l’échelle comptable. Outre les prestations traditionnelles, comme les accompagnements à la cession et à l’acquisition d’entreprises, le cabinet se charge de conduire des audits de rapports RSE, en conformité avec l’article 225 de la loi Grenelle II. Il conseille également en reporting extra-financier et reporting intégré, évalue l’ancrage territorial des organisations et met en œuvre une série de comptabilités environnementales et sociales. A ce titre il est le premier cabinet d’expertise comptable indépendant accrédité par le Cofrac et habilité à travailler sur les audits RSE des PME-PMI.

Pour mener son activité en lien avec le développement durable, Hervé Gbego, entouré d’experts universitaires et du milieu académique, crée sa marque Compta Durable, labellisée par le pôle Finance Innovation de Paris Europlace. Ses principaux clients : les associations de l’ESS et les PME impliquées dans une démarche environnementale. Cette discipline est encore en cours de structuration. L’expérimentation et la mise en pratique des modèles issus de la recherche théorique sont au cœur de l’activité de la cellule R&D de Compta Durable. Principaux domaines d’intervention : transition écologique et sociale, reporting intégré, seuils écologiques et limites planétaires (Science Based Targets notamment), évaluation de l’ancrage territorial des organisations, biodiversité et résilience des écosystèmes. « Notre philosophie, en tant que professionnels du chiffre, est de transformer l’analyse comptable et financière pour intégrer les enjeux du développement durable, explique Clément Carn, doctorant en comptabilité durable et chargé de recherche au sein de Compta Durable. Nous aidons en d’autres termes, à révéler la vraie richesse des organisations, en dépassant les frontières de la comptabilité classique »
Ancrage territorial
Compta Durable explore les outils innovants en les mettant en pratique. Ainsi, à travers un groupe de travail pour mesurer l’ancrage territorial, Compta durable a cherché à évaluer l’empreinte économique locale par le biais de plusieurs indicateurs. L’objectif : valoriser des entreprises au sein d’un territoire en tenant compte des emplois directs créés, de la rémunération nette, et des investissements d’intérêt général. « Prenons l’exemple d’une ferme dont les exploitants décident de planter des arbres pour filtrer l’eau, explique Clément Carn. Cet investissement s’inscrit dans un cadre d’intérêt général car il bénéficie à la commune ou au territoire où la ferme est implantée ». Un autre groupe de travail mené au sein de l’association Orée, a porté sur l’analyse qualitative de cet ancrage territorial. De nouveaux indicateurs ont été relevés à partir des comptes existants des entreprises. Compta Durable a ainsi identifié 25 indicateurs dans quatre domaine clefs : la gouvernance, le social, l’économie et le sociétal, qui englobe aussi l’environnement.

Ce cheminement vers de nouveaux modèles appliqués à la comptabilité d’entreprise est le fruit d’une rencontre avec le milieu universitaire. Parmi les travaux qui ont marqué le fondateur de Compta Durable, ceux liés au modèle CARE (Comptabilité Adaptée au Renouvellement de l’Environnement) élaboré par Jacques Richard en 2012 à l’Université Paris Dauphine. Celui-ci propose la mise en application du principe d’amortissement à l’ensemble des actifs, qu’ils soient financiers, naturels, ou humains. Le modèle CARE ne fait que traduire dans un bilan et un compte de résultats classique, les contraintes environnementales et humaines de l’entreprise. Sa logique est de « maintenir pour gagner » et non de « gagner pour maintenir ». Les entités naturelles sont systématiquement conservées et traitées comme des dettes au passif du bilan et non comme des actifs (moyens) ou des charges. Légalement, le capital d’une entreprise ne doit pas baisser au-dessous de son seuil de départ. L’idée de Compta Durable est d’appliquer cette règle pour le capital humain et environnemental. Dans cette perspective, l’entreprise emprunte à la nature tout comme elle le fait pour le capital financier. Elle doit alors comptabiliser au passif la somme des coûts de maintien prévisionnels destinée à assurer le maintien des structures et des fonctions fondamentales environnementales pour la période d’emprunt. Ce montant de coûts au passif, identifié pour chaque élément naturel, figure aussi à l’actif en tant que coût d’usage de la nature. Il sera amorti comme tout actif utilisé à terme et donnera lieu à une charge annuelle d’amortissement en diminution du profit. Ce système est porteur d’une nouvelle gouvernance car la nature à protéger devra avoir ses porte-paroles et ses représentants dans les organes d’administration des entreprises. Ce modèle peut aussi s’appliquer au cas du capital humain.
Changement de paradigme
L’entreprise considère l’environnement et l’humain comme des ressources à optimiser en vue de sa rentabilité. Plus question ici de dégrader les ressources ou supprimer des emplois pour permettre le cas échéant à cette même entreprise de réaliser des profits. Ces ressources environnementales et humaines sont désormais perçues comme des capitaux qu’il faut reconstituer à chaque exercice. C’est là que s’opère le vrai changement de paradigme. Compta Durable a pour ambition d’aider les entreprises à définir ces capitaux naturels ou humains. Exemple avec une entreprise de l’industrie chimique, installée proche d’une rivière dont elle se sert pour refroidir ses process. Elle s’engage via un budget dédié à maintenir la ressource naturelle non dégradée. C’est une charge au même titre que les machines de l’usine, mais qui œuvre à la rentabilité de l’entreprise. « Là où apparaissent les charges d’exploitation dans le compte de résultat, nous faisons tout simplement apparaître une ligne comptable supplémentaire, qui aboutit à une nouvelle analyse financière de la société » déclare Clément Carn.
Quelques entreprises comme le réseau Bio Crèches et Fermes d’Avenir actives en agroécologie ont adhéré à cette démarche comptable. Une grande entreprise française de la logistique s’apprête également à franchir le pas. Un nouveau chantier pourrait par ailleurs donner à cette méthode CARE une toute autre envergure. Début mai, Compta Durable en partenariat avec l’Institut nationale de l’économie circulaire, a lancé une expérimentation à l’échelle d’un territoire : la région Paca. L’Ademe Paca soutient les entreprises à hauteur de 50 % du montant investi. Ce projet va durer 18 mois, le temps de « recruter » une dizaine de PME de différents secteurs, volontaires pour intégrer le capital humain, social et environnemental dans leur comptabilité. Compta Durable et ses partenaires espèrent à terme, étendre cette opération à d’autres régions françaises.
Crédit : Compta Durable
En savoir plus : Guide s’ancrer dans les territoires (Orée)
« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »