La région Hauts-de-France est devenue en l’espace de dix ans un important vivier d’innovations éco-technologiques, tant pour les industries de première transformation que pour celles consacrées à la valorisation des déchets. Pour accompagner ce développement, le pôle de compétitivité Team2 s’intéresse depuis un an aux équipements de recyclage. Une cartographie des constructeurs français est en cours ; des projets sont à l’étude et une labellisation pourrait voir le jour à la fin d’année.
« Nous misons depuis plusieurs années sur l’économie circulaire sans se préoccuper du volet industriel. Or on s’aperçoit dans le tri, la séparation, ou le broyage que les sites industriels traitant des déchets ou des matières résiduelles en vue de leur recyclage, investissent dans des équipements importés à plus de 80 % » rappelait Christian Traisnel, directeur général de Team2, fin 2016. Pourtant, les technologies et les procédés de recyclage « made in France » n’ont rien à envier à certains matériels européens. C’est ce que souhaite démontrer le pôle de compétitivité à travers un nouveau domaine d’activité stratégique (DAS) lancé il y a un an. Les premières actions ont permis de caractériser les flux et les marchés. Puis d’anticiper l’apparition de nouveaux procédés pour séparer les métaux stratégiques, certains alliages métalliques mais aussi des composites. Des équipements intégrant des process de pyrolyse ou de fluides supercritiques sont également dans le viseur.
Depuis 2017, constructeurs de matériels et organisateurs de Team2, travaillent main dans la main pour promouvoir le savoir-faire français. Trois réunions organisées à Bercy auprès de la DGE et au ministère de l’écologie ont posé les jalons. Les pouvoirs publics sont à l’écoute et sont prêts à soutenir la démarche, selon Christian Traisnel. « Nous avons déjà identifié une quarantaine de constructeurs en France en sélectionnant leur technologie innovante et leur degré de réactivité face aux futurs besoins ». Une vingtaine d’équipementiers aux horizons très variés ont d’ores et déjà rejoint les travaux du pôle de compétitivité. C’est le cas par exemple de Pellenc ST, MTB Recycling, Terra Nova Développement, Fives, Vauché, Neo-Eco, Green Creative, Decoval Servipack, Euragglo, Devarem Développement, Eqiom, Valoneo ou encore Ecodas et Viarep.
Quatre projets pour 23 millions d’euros
A ce jour, le DAS sur les équipements de recyclage a recensé quatre projets soutenus par une enveloppe de R&D de 23 millions d’euros. Avec Remade, le groupe Fives, concepteur d’équipements à haute valeur ajoutée pour les grandes industries mondiales, compte développer un procédé de broyage de béton à recycler avec un impact positif sur les émissions et sur la performance. Recysoil associe le groupe Marais et Devarem Développement. Ce projet collaboratif porte sur la valorisation des déblais de tranchées de voirie par un centre de production mobile. Valoneo est spécialiste du traitement et de la valorisation énergétique de déchets organiques par pyrogazéification. Sa technologie permet de transformer la matière organique sèche ou semi-sèche en un gaz propre substituable et compétitif avec le gaz naturel, pour produire localement de l’électricité et/ou de la chaleur. L’innovation de rupture de sa solution réside dans l’utilisation d’anneaux métalliques chauffés à haute température entraînant un fort rendement (réduction jusqu’à 99% de la matière organique), et une performance énergétique élevée par rapport aux autres technologies employées en pyrogazéification (billes ou lits fixes par exemple). Cet outil industriel intéresse fortement l’industrie cimentière en quête de combustibles alternatifs.
Ciroval est porté par le groupe Paul Wurth, spécialiste de l’ingénierie des haut-fourneaux sidérurgiques, en partenariat avec ArcelorMittal. L’idée est de valoriser des métaux contenus dans les boues sidérurgiques. Ces co-produits industriels résultent d’un douchage des poussières issues des gaz émis par les haut-fourneaux. Le procédé hydro-métallurgique proposé par Paul Wurth se déroule en plusieurs étapes chimiques pour extraire puis séparer le zinc et le plomb contenus dans ces boues.Celles-ci sont constituées essentiellement de fer et de carbone mais également de métaux tel que le zinc et le plomb empêchant leur recyclage en interne. « Les boues sont actuellement mises en décharge, explique Ludivine Piezanowski, ingénieure sur les technologies environnementales chez Paul Wurth. Aujourd’hui, le procédé est au point ; reste à valider sa faisabilité technique et économique. C’est pourquoi nous envisageons de passer rapidement à l’expérimentation avec ArcelorMittal ». La construction d’une usine pilote grandeur nature sur le site de Dunkerque, pourrait être lancée d’ici début 2019, pour démarrer les premiers tests fin 2019. A la clef, la valorisation de 15 000 t/an de boues sèches sur ce site industriel.
On aborde à travers le recyclage, un vrai changement de paradigme qui touche à la culture de l’entreprise
L’ambition du pôle Team2 est de prouver que l’équipement français peut gagner sur deux terrains : la réduction de son impact environnemental grâce à une consommation énergétique moindre et une amélioration de la performance du procédé de recyclage. Démontrer que le procédé offre de bons résultats, c’est une chose, l’intégrer dans une solution globale de service, c’en est une autre. Le pôle Team2 souhaite dépasser la simple performance technologique, en invitant l’entreprise à proposer un usage, une prestation qui va intégrer du conseil et une exigence de qualité constante. Certains fabricants ont déjà pris en compte ce paramètre, portés par leur expérience à l’international. En rejoignant le pôle de compétitivité, ils peuvent de fait, partager et susciter des échanges constructifs entre équipementiers. Christian Traisnel reste néanmoins lucide sur la capacité à emmener tout le monde rapidement sur cette voie : « Il est toujours très difficile de convaincre des PME qui ont le nez dans le guidon, même si elles peuvent devenir très réactives dans leur prise de décision. Ici, on aborde à travers le recyclage, un vrai changement de paradigme qui touche à la culture de l’entreprise ».
Un label de reconnaissance
Et d’ajouter : « nous partons du principe que les PME françaises détiennent un savoir-faire pointu mais ne le mettent pas suffisamment en avant. Et pour se démarquer des grands constructeurs allemands ou d’Europe du Nord qui ont construit leur réputation sur la qualité et la robustesse, nous souhaiterions qu’en France, un industriel privilégie une entreprise française, en raison de la performance garantie sur ses produits en sortie de process et non plus seulement sur la seule technicité d’une machine » insiste le directeur de Team2. D’où la volonté de créer un label, marque de reconnaissance pour identifier une compétence ou une technologie innovante et performante pour le recyclage. Selon Christian Traisnel, il pourrait être présenté à l’occasion du prochain salon Pollutec à Lyon en novembre prochain.

A ce jour, les Hauts-de-France comptent 7 ou 8 équipementiers engagés dans ce développement. Une cartographie précise est attendue à l’automne prochain, pour identifier les constructeurs par région, avec comme critères principaux retenus : un siège social en France, une fabrication en France et des solutions techniques innovantes, répondant à des problématiques de tri, de recyclage, de pyrolyse et en particulier des procédés connectés. Au sein du pôle, le numérique et les objets connectés présentent un rôle central pour les travaux à venir. Comment les équipementiers pour le recyclage seront-ils capables d’intégrer ce volet robotique dans l’usine du futur dont on imagine une commande et des contrôles à distance ? De nombreux exemples existent déjà, tant sur la maintenance de matériel que sur le fonctionnement interne de certaines installations de traitement. L’objectif est ici de renforcer cette spécificité pour intégrer l’intelligence artificielle à l’industrie du recyclage.
Améliorer l’existant
Team2 joue également un rôle dans les outils d’aide aux PME. « On pourrait imaginer une plateforme permettant au futur client d’obtenir toutes les réponses à ses questions avant d’investir dans une installation de recyclage » envisage Christian Traisnel. Un outil de conseil en quelque sorte, susceptible de faciliter la tâche des équipementiers. Un projet de d’élaboration serait envisagé d’ici à la fin de l’année. L’essentiel pour l’instant est de consolider l’ossature, en misant sur l’amélioration des procédés existants et d’appuyer la création d’une filière à part entière dans les orientations du PIA (Programme d’investissements d’avenir). Dans un second temps, le pôle pourrait soutenir le déploiement de nouvelles technologies et attirer des secteurs non concernés a priori par le recyclage, mais susceptibles d’apporter grâce à leur savoir-faire, des procédés utiles au recyclage des déchets. La construction mécanique en partenariat avec le Cetim, l’ingénierie du BTP ou encore le machinisme agricole sont des illustrations possibles à ce développement.
En plus :
Labellisé « pôle de compétitivité » en 2010 sur le cycle de vie des matières et matériaux, et le recyclage des déchets, Team2 (Technologies de l’Environnement Appliquées aux Matières et Matériaux) recense au total plus de 60 projets à ce jour, répartis dans quatre domaines d’activité stratégique (DAS) : le recyclage et la valorisation des métaux stratégiques et terres rares regroupe 21 projets pour un montant de R&D de 163 millions d’euros ; le recyclage et la valorisation des plastiques en mélanges et composites compte 22 projets pour un budget de 45 millions d’euros ; le recyclage et la valorisation des minéraux (15 projets d’un montant de R&D de 38 millions d’euros) ; le développement des équipements pour le recyclage. Lancé en 2017, ce domaine représente déjà quatre projets pour un montant de R&D attribué de 23 millions d’euros.
Crédit : CM, MTB, Pellenc ST
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