Vicat Eco-Valorisation s’intéresse à la déconstruction

Le cimentier Vicat présent sur toute la chaîne de valeur

Affichant 2,6 milliards d’euros de CA et présent dans 11 pays, le groupe Vicat peut dire qu’il est aujourd’hui l’unique cimentier français, après le départ de Lafarge dans le giron du Suisse Holcim. Un tiers environ de ses activités est réalisé en France, où il gère cinq cimenteries, 150 centrales à béton et 40 carrières de granulats. Il y a un an, le groupe a créé Vicat Eco-Valorisation, une offre de service allant de la déconstruction à la reconstruction. Ce projet lui a valu une récente récompense. Place désormais à sa mise en oeuvre.

Remplacer les combustibles fossiles par des déchets, recycler les bétons de déconstruction dans les granulats, valoriser les terres polluées dans le processus de fabrication du clinker ; tels sont les grands chantiers environnementaux du cimentier Vicat initiés depuis une petite dizaine d’années. En d’autres termes, le groupe français porté par ses quelques 2,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires a choisi de faire évoluer son modèle pour garantir sa pérennité. Le cimentier Vicat a pris le taureau par les cornes lors de la crise économique de 2008. « La baisse d’activité dans le secteur du bâtiment qui a perduré quelques années, nous a conduit à lancer un groupe de travail en 2014 ayant comme objectif de chercher de nouveaux relais de croissance, explique Stéphane Rutkowski, responsable économie circulaire, en charge de coordonner cette mutation au sein du groupe Vicat et directeur de la marque Vicat Eco-Valorisation. Notre première approche vers une économie moins linéaire s’est d’abord orientée vers une substitution progressive de nos combustibles fossiles ». En France, le groupe est passé ainsi de 34 % de substitution en 2012 à plus de 50 % en 2017. Soit l’équivalent de plus de 300 000 tonnes de combustibles par an sur l’ensemble de ses cimenteries françaises. Autant dire que depuis le 1er janvier 2018, l’énergie fossile est devenue une secondaire pour le cimentier.

100 000 tonnes de terres polluées valorisées dès 2019

L’approvisionnement en déchets divers et variés, transformés en CSR (combustibles solides de récupération) ou livrés en l’état est devenu habituel dans la plupart des cimenteries du monde. Double avantage pour cette industrie : elle réduit son impact carbone et réalise d’importantes économies financières lui permettant de renforcer sa compétitivité. Chez Vicat, le taux d’utilisation est élevé et de surcroît, il est sans doute l’un des seuls en France à valoriser les terres non inertes en grandes quantités. Les métaux lourds sont intégrés dans le clinker tandis que les hydrocarbures sont traités dans les fours. Il y a trois ans, Vicat consommait environ 15 000 tonnes de terres, contre 25 000 tonnes il y a deux ans et 50 000 tonnes en 2016. Pour 2018, le cimentier français principalement implanté en région Auvergne Rhône-Alpes vise la valorisation de 65 000 tonnes de terres . « Les projets urbains se développent aujourd’hui sur des friches industrielles. Les terres polluées ne manquent pas et plutôt que de finir en centre de stockage de classe 1 ou 2, nous souhaitons les utiliser en substitution de nos matières minérales », souligne Stéphane Rutkowski. Le gisement de terres non inertes à traiter en France est estimé à cinq millions de tonnes chaque année.

Berges du Rhône à Lyon

Dans cette logique, Vicat a choisi en partenariat avec Serpol, filiale du groupe Serfim, de créer fin 2017, la première plateforme française de valorisation de terres non inertes, Terenvie. Le développement et la mise en exploitation de cette plateforme, prévus pour fin 2018, se feront sur un terrain loué par la Métropole de Lyon et accolé à la raffinerie de Feyzin. Cela permettra de réceptionner ces flux, de les stocker, de les analyser chimiquement et de baisser les seuils en hydrocarbures par un procédé de phyto-remédiation. En amont, Serpol collectera et acheminera des terres polluées sur la plateforme Terenvie et en aval, Vicat valorisera cette nouvelle matière première en substitution partielle aux ressources naturelles pour la fabrication des ciments. « L’incorporation de matières issues de la valorisation n’est pas anodine dans nos produits. Il faudra s’assurer de la compatibilité des matériaux entre eux et de la qualité du produit fini ». La mise en oeuvre de plateformes favorisant le traitement de matériaux de déconstruction est en route et privilégie la proximité avec les cinq cimenteries françaises du groupe (Créchy, Montalieu, Xeuilley, Saint-Egrève, La-Grave-de-Peille). Ailleurs, et en particulier dans les pays émergents où il est implanté, Vicat poursuit également cette démarche environnementale. « Les ressources ne sont pas les mêmes, mais nous souhaitons dupliquer ce modèle vertueux qui s’appuie essentiellement sur la réduction des énergies fossiles et l’emploi de matières résiduelles locales ».

Vers un métier de services

 

Dans le sillage d’une démarche plus vertueuse pour l’environnement, Vicat souhaite également tendre vers un métier de services. Autrement dit, proposer une solution globale, et plus seulement du béton pour construire des bâtiments ou des ouvrages publics. Lancée il y a un an, son offre Vicat Eco-Valorisation a pour ambition de valoriser les déchets issus de la déconstruction, dans la formulation de produits industriels tels que le ciment, ou le béton. « Concrètement, cela peut se traduire par l’enlèvement et le traitement de terres polluées sur une friche industrielle à rebâtir, et en contrepartie, par la vente de notre béton pour le futur chantier, dans lequel nous aurons intégré des matières recyclées » indique Stéphane Rutkowski, conscient que cette démarche doit faire l’objet d’une action pédagogique significative aussi bien vis-à-vis des maîtres d’ouvrage, surtout au sein de marchés publics, qu’en interne : « cette solution implique une réorganisation de nos services, en créant des passerelles entre les offres de granulats, de ciment ou de béton. D’autre part, pour répondre à de futurs appels d’offres, il sera nécessaire d’intégrer dans la boucle tous les acteurs de la filière, tels que les dépollueurs, les déconstructeurs et les terrassiers ». Vicat Eco-Valorisation proposera aux maîtres d’ouvrage d’utiliser en partie les économies réalisées sur la dépollution sous la forme d’un éco-bonus. Celui-ci pourra ensuite être employé comme bon de réduction dans l’offre béton destiné à la reconstruction.

La stratégie environnementale de Vicat a été récompensée fin mai dans le cadre des 4e trophées de l’économie circulaire, remis par la secrétaire d’État au ministère de l’Ecologie, Brune Poirson. Consacrée dans la catégorie « entreprise en transition », Vicat espère ainsi se démarquer de la concurrence et apporter plus de crédibilité à cette nouvelle activité. Des projets sont d’ores et déjà dans les tuyaux ; reste pour Vicat à finaliser sa politique de communication auprès de ses clients et de ses services internes. Le prochain salon Pollutec à Lyon fin novembre, sera l’occasion de peaufiner sa promotion et de donner un coup d’envoi national à cette nouvelle prestation.

Crédits : Vicat, Dominique Grandemange, Brice Robert

En plus :

Selon les dernières statistiques d’Infociments, base documentaire du Sfic (syndicat français de l’industrie cimentière), le taux d’utilisation de CSR dans les cimenteries en France est passé de 30 % en 2013 à 40 % en 2016, tandis que le coke de pétrole a chuté de 49 % à 39 % sur ces mêmes périodes. La production de ciment dans le monde place la France en avant-dernière position dans le tableau des statistiques d’Infociments, avec 15 millions de tonnes en 2016, contre le double en Allemagne, 83 millions de tonnes aux Etats-Unis et 2,3 milliards de tonnes en Chine. En début d’année, le Sfic a signé un engagement volontaire pour valoriser les déchets de bois issus du bâtiment. Cette démarche est soutenue par le Sned (syndicat de la démolition), le SRBTP (syndicat des recycleurs du BTP) et Federec (fédération des entreprises du recyclage), en quête de débouchés pour ces gisements non recyclables en l’état. L’objectif d’ici à 2020 est d’augmenter la quantité de déchets de bois valorisés en cimenteries de 90 % par rapport à 2015.

Pour aller plus loin :

Projet Recybéton

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article