Pour la première fois, l’Assemblée nationale a ouvert ses portes aux professionnels du recyclage pour décerner les premiers Trophées Innovation Recyclage le 2 avril 2019. A l’initiative du député LREM du Vaucluse, Jean-François Cesarini, et du président de Federec, Jean-Philippe Carpentier, cet événement a mis à l’honneur les savoir-faire numérique, technologique et académique dans le traitement des déchets et l’emploi des matières recyclées.
Les belles histoires commencent souvent par des rencontres. C’est celle de Jean-Philippe Carpentier, président de la fédération des entreprises du recyclage (Federec) et du député Jean-François Cesarini, sensible aux arguments d’une profession et d’une industrie en quête de reconnaissance. Conscients que l’activité du recyclage est au coeur des enjeux futurs de la société pour préserver les ressources et limiter les pollutions, les deux acteurs de la sphère économique et publique ont décidé de créer un événement autour de cette industrie. Les premiers Trophées Innovation Recyclage ont été officiellement présentés sur le salon de Pollutec en décembre 2018 avec le lancement simultané d’un appel à projets. L’idée est de récompenser et de rendre plus visible les savoir-faire d’entreprises françaises, PME, start-up ou grands groupes qui contribuent au recyclage et à l’économie circulaire.
Ces premiers trophées spécifiquement ciblés sur le recyclage, se déclinent en trois catégories : numérique, technique et académique. Ils visent avant tout, à faire émerger des projets pour améliorer la collecte, le tri ou encore le traitement des déchets. Pour Jean-Philippe Carpentier, c’est le signe que ces métiers du recyclage, bien que très anciens, parviennent à évoluer avec leur temps : « si au sein de Federec, nos entreprises investissent plus de 500 millions d’euros chaque année dans l’innovation, c’est aussi pour accéder à plus de technologies et de performance. Ces trophées démontrent qu’on peut toujours recycler mieux dès lors que la volonté politique soutient cet effort ». Courant mars, un comité d’experts composé d’industriels, de scientifiques, de représentants académiques a été créé à cet effet pour examiner les 28 dossiers de candidature reçus. Huit finalistes ont été présélectionnés.
Recycler en s’amusant
Dans la catégorie numérique, une nouvelle application signée Paprec permet à ses clients de déclencher le moment venu, l’enlèvement des bennes de déchets, et faciliter les prestations par analyse des données. Autre projet, celui de #Touscollecteurs promeut le nudge au service de la collecte. Il s’agit de faire adopter les bons comportements de collecte et de tri aux particuliers sur les bornes d’apport volontaire, mais aussi au sein de l’entreprise en récompensant les efforts ds salariés dans leur geste de tri. Découvrir le fonctionnement d’un centre de tri dans un jeu d’immersion virtuelle, c’est ce que propose RecyclageVR par le biais d’un casque HTC VIVE. Destiné aux élèves de collège, de lycées, mais aussi dans le cadre de formations professionnelles, cet équipement aide les jeunes citoyens à mieux comprendre comment sont traités les déchets et aux nouveaux salariés d’une entreprise de recyclage, à approcher de manière virtuelle, les différentes opérations à réaliser sur site.

Dans la catégorie technique, le comité avait retenu trois entreprises, dont le point commun est de traiter les déchets organiques : le projet Recyfish porté par Veolia permet de valoriser en engrais, des sous-produits de poisson dans l’une de ses filiales, Angibaud, basée dans le sud de la France. Grâce à la reverse logistique, les déchets frais de poisson sont récupérés en même temps que les livraisons de produits frais dans les hypermarchés et poissonneries du pourtour méditerranéen. Les caisses en PSE sont également reprises pour être broyées et compactées en vue de leur recyclage. L’innovation n’est pas tant sur le procédé de transformation et la reverse logistique préexistants que sur le développement d’un fertilisant naturel et à forte valeur ajoutée. En Haute-Loire, le procédé 3Wayste permet de traiter les ordures ménagères résiduelles en mélange dans l’usine Altriom depuis 2014. Le procédé principal repose sur une ouverture des sacs de déchets pour séparer le gisement en trois flux distincts : la matière organique, les petits recyclables, les gros recyclables. Les flux non recyclables et non organiques sont transformés en CSR. Le centre de traitement affiche selon son exploitant, plus de 92 % de valorisation – bien que l’Ademe n’ait jamais pu vérifier ni valider cette performance. Enfin, la collecte et le traitement des biodéchets des gros producteurs et des collectivités sont au coeur de la technologie d’Axibio. Celle-ci fait l’objet de trois brevets européens. Trois innovations à la clef : des bacs fermés et connectés pour la collecte des sacs de biodéchets, une plateforme informatique pour assurer la traçabilité et l’optimisation des collectes, et l’aménagement d’infrastructures pour la récupération, la lacération des sacs plastiques et la séparation des inertes. Une expérimentation est en cours dans des établissements scolaires et des communes du Morbihan.
Procédés de rupture
La catégorie académique a révélé deux projets, ceux du Liten (Laboratoire d’Innovation pour les Technologies des Energies nouvelles et les Nanomatériaux) CEA à Grenoble et de Neutramiante. Pour le premier, il s’agit de développer à l’échelle industrielle un procédé de dissolution d’oxydes métalliques en présence d’un métal réducteur. Ces travaux permettent aujourd’hui d’envisager un meilleur recyclage des batteries électriques et de ses métaux stratégiques comme le lithium et le cobalt. A la clef, plusieurs gains sur la production des effluents, la réduction du nombre d’étapes réalisées dans le process et la diminution de la consommation de réactifs. A travers ses travaux de recherche, le laboratoire de Grenoble a pu ainsi comprendre les processus mis en jeu pour la récupération de métaux critiques constituant les batteries Li-ion.
A part l’enfouissement ou la vitrification, les déchets d’amiante ne sont pas valorisés à leur juste valeur. La technologie mise en œuvre par Neutramiante et son projet Nevada (Neutralisation & valorisation des déchets d’amiante) consiste à dissoudre les fibres d’amiante et extraire des déchets, des matières valorisables, quelle que soit leur composition. Le principe : l’emploi d’un acide fort concentré associé aux déchets amiantés (flocages, plaques fibrociment…) permet de dissoudre les fibres d’amiante et de produire des inertes tels que la silice et l’anhydrite sous forme solide, ainsi que du magnésium en phase liquide. Les premiers servent à la fabrication de zéolithes, utilisés dans l’industrie, tandis que les seconds sont transformés en sels ou oxydes de magnésium. Plus léger que l’aluminium, le magnésium peut intégrer plusieurs applications dans l’industrie de la mobilité par exemple. C’est sur la valeur de cette matière première notamment que Neutramiante envisage sa rentabilité.

Au final, quatre lauréats sont sortis du lot : #Touscollecteurs dans la catégorie numérique ; 3wayste dans la catégorie technologique ; Liten dans la catégorie académique. Neutramiante reçoit de son côté, le coup de coeur du jury. Pour le président de Federec, ce n’est sans doute que le début d’une nouvelle aventure : « après le numérique et la digitalisation, la R&D et la chimie sont littéralement entrées dans notre profession. Les thématiques de travail ne manquent pas pour les années à venir. L’éco-conception, la filière des CSR ou encore l’intégration de matières recyclées font partie des prochains défis à relever tous ensemble ». A peine distribués, les Trophées Innovation Recyclage sont déjà très attendus pour leur seconde édition. Dans un an ou deux, sans doute. Porté par l’économie circulaire et l’innovation, le recyclage est résolument passé de l’ombre à la lumière.
Crédit : CM
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